Analyse socio-économique de la réhabilitation

La réhabilitation de l'étang de Berre est fortement dépendante des apports d'eau douce du canal usinier EDF dans l'étang. La dérivation totale des rejets, en raison de son caractère jugé "pharaonique" a souvent été opposée ou comparée au maintien ou à la réduction des apports mais pour une grande partie des acteurs locaux, le coût important de ce projet n'est cependant pas jugé excessif et a même été souvent considéré intuitivement comme un investissement rentable. Après les études de dérivation qui ont permis d'évaluer la faisabilité de plusieurs solutions de dérivation, une évaluation socio-économique s'est donc imposée aux partenaires au sein du GIPREB afin d'aider aux décisions futures.
Dans cette perspective, l’étude « analyse socio-économique de la réhabilitation de l’étang de Berre » a eu pour objectif général de comparer différentes options de réhabilitation de l’étang au regard des avantages et coûts qui leurs sont attachés. Trois dimensions de changement par rapport à la situation tendancielle sont ainsi analysées :
• Les avantages de la réhabilitation de l’écosystème du plan d’eau, à l’origine d’un projet territorial autour de l’étang avec des implications potentielles sur les activités humaines bénéficiant de ce milieu restauré.
• les avantages et inconvénients d’une dérivation, à proprement parler la construction d’un ouvrage de dérivation afin de conduire les eaux du canal usinier de la Durance jusqu’au Rhône, à proximité de son embouchure, tout en permettant la production électrique. Plusieurs variantes sont envisagées : un canal de surface de Saint Chamas à Port Saint Louis du Rhône, en bordure du territoire de la Crau, un tunnel — siphon — rejetant les eaux à l’embouchure du Rhône et enfin une option mixte avec un tunnel suivi d’un canal au sud de la Crau.
• Les avantages et inconvénients de la restitution des eaux dans la Durance à Mallemort avec l’arrêt des usines hydroélectriques de Salon-de-Provence et de Saint-Chamas et un rejet résiduel dans l’étang de Berre limité à 300 Mm3 par an. Cette option impacte donc aussi le territoire de la basse Durance qui reçoit ces nouveaux débits.
L'une des originalité de l'étude est la co-construction d'un cadrage méthodologique en première phase pour définir ensemble les comptes à analyser. Ce cadrage a permis d’identifier, sous la forme d’un plan comptable, les différents postes à prendre en compte dans l’analyse en précisant pour chacun d’entre eux, la nature des gains, des pertes et le type d’acteurs impactés.
Le temps fort de cette première phase fut la conduite d’un exercice de prospective territoriale participative avec les acteurs locaux qui portent une ou des visions d’un étang réhabilité, afin de préciser le projet de territoire, le potentiel de développement local sous-jacent à la réhabilitation. Ce travail est ainsi à l’origine de l’identification des avantages socio-économiques attendus d’une réhabilitation de l’étang de Berre.
Les débats de cette première phase ont également conduit notre bureau d'études à répondre à la question posée en produisant non pas un niveau d'analyse mais deux, conçus selon deux logiques complémentaires :
• Une analyse coûts avantages qui permet de juger de l’efficacité relative des dépenses publiques et comptabilise, à côté des coûts nets, les productions nettes de richesse à l’échelle nationale. Ne sont pas considérées dans ce calcul les conséquences économiques qui s’avèrent n’être que des transferts de richesse d’une région à l’autre.
• Une analyse des retombées socio-économiques locales dans la perspective de promouvoir un développement durable du pourtour de l’étang de Berre. Cette analyse intègre par exemple le développement d’un tourisme de proximité autour de l’étang.
Les calculs sont en cours de finalisation mais on peut déjà souligner que les résultats dépendent d’hypothèses contrastées concernant notamment les aménités environnementales et leur évolution ainsi que les variations à venir des prix de l’énergie électrique et de la tonne de carbone.
Ces estimations ont bénéficié d’un enrichissement important par la participation des acteurs qui fait de ce travail une étude particulière et originale.
Christophe Bouni
ASCA
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