Quelles sont les opportunités de substituer un moyen de production
qui pose un problème
environnemental par des
sources d’énergie renouvelables alternatives ?
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De fait, cette
question en recouvre une autre : peut-on supprimer, en tout ou
partie, un moyen de production comme la chaîne Durance-Verdon en
remplaçant l’hydroélectricité produite par d’autres sources d’énergie
renouvelable ?
Si on étudie la suppression des rejets dans l’étang de Berre, il faut
examiner quelles seraient les conséquences d’un arrêt des usines de
Salon et de Saint-Chamas avec une restitution des eaux du canal en Durance
à Mallemort.
La demande d’une
reconversion de l’énergie nous amène donc à éclairer trois points :
1) les nouvelles atteintes environnementales qui seraient générées par
l’arrêt des usines de Salon et Saint Chamas,
2) les objectifs de production d’énergie renouvelable en France, et
l’importance de la production d’énergie hydraulique pour atteindre ces
objectifs,
3) les spécificités de la chaîne hydroélectrique Durance – Verdon qui
font qu’elle ne serait pas substituable par d’autres moyens de
production. Y compris partiellement car l’arrêt de tout rejet dans
l’étang, sans son remplacement par un autre exutoire, disqualifierait
l’ensemble de la chaîne.
1) La restitution de
tout ou partie de l’eau en Durance au niveau de Mallemort, qui permettrait
d’arrêter ou de réduire les rejets dans l’étang de Berre paraît
séduisante, c’est-à-dire facile à mettre en œuvre. L’analyse de cette
solution met en évidence son impossibilité pour des raisons
environnementale, technique, énergétique et de sécurité. Outre
l’inefficacité d’une simple diminution des rejets vis-à-vis de la
réhabilitation de l’étang, la Durance n’est en effet pas aujourd’hui
physiquement en mesure d’accepter les eaux du canal à Mallemort. La
Basse Durance souffre aujourd’hui d’un important déséquilibre
morphologique, avec deux processus concomitants mais touchant des
zones distinctes : un déficit en matériaux grossiers et des accumulations
de limons. Pour des raisons complexes d’évolution du lit liées
essentiellement à l’aménagement hydroélectrique (faiblesse des débits
morphogènes ; interruption du charriage ; végétalisation du lit) la
Durance ne transporte plus les graviers nécessaires à l’auto-entretien du
lit. Les conséquences sont dans les 35 premiers kilomètres situés en aval
de la restitution de Mallemort, une tendance lourde à l’enfoncement du
lit, à l’érosion des berges et à l’abaissement de la nappe phréatique,
tandis qu’à l’inverse sur les 15 derniers kilomètres avant la confluence
avec le Rhône, l’effet prépondérant est celui de l’accumulation de limons
engendrant une forte tendance à l’exhaussement du lit aggravant les
risques d’inondation dans la partie la plus peuplée de toute la vallée.
L’augmentation des volumes restitués à Mallemort, et à fortiori la
restitution en Durance de la totalité des eaux et les limons transitant
par le canal industriel ne pourraient qu’accentuer les dysfonctionnements
déjà constatés avec très probablement des conséquences irréversibles en
terme d’aggravation des risques d’inondation et de rupture des grands
équilibres écologiques.
2) D’autre part, dans le cadre de ses engagements internationaux, la
France a pour objectif d’atteindre 21% de la consommation française
d'ici 2010 en énergies renouvelables. Or l’atteinte de cet objectif va
nécessiter des efforts importants puisque la part de l’énergie
renouvelable n’est actuellement que de 12 %, pour l’essentiel hydraulique.
Ainsi, l’arrêt de l’exploitation des usines de Salon et Saint-Chamas
pénaliserait la France vis-à-vis des objectifs fixés.
Il faut également noter que l’hydroélectricité est une source d’énergie
renouvelable stockable, ce qui permet d’adapter la production en fonction
de la demande. Cette caractéristique ne se retrouve pas pour les autres
moyens de production comme le solaire ou l’éolien.
3) Enfin, la chaîne hydroélectrique Durance – Verdon remplit deux
fonctions essentielles :
- la production énergétique de masse, particulièrement importante
dans notre région à l’équilibre énergétique fragile (50% au moins de
l’électricité consommée en PACA doit y être produite).
L’ensemble de la chaîne produit en année moyenne 6,5 milliards de KWh pour
une puissance installée de 2000 MW. Les seules usines de Salon et
Saint-Chamas produisent près de 1 milliard de KWh, ces usines représentant
une puissance de 250 MW. Le remplacement d’une telle production
hydraulique par d’autres sources d’énergie renouvelable apparaît
aujourd’hui peu réaliste. A titre d’exemple, en terme de puissance
d’équipement, les éoliennes les plus performantes sont à 3-4 MW,
produisant en moyenne 7 à 10 millions de KWh par an. Il faudrait donc
installer entre 100 et 150 éoliennes pour remplacer les seules usines de
Salon et Saint Chamas, sans toutefois garantir le même niveau de
production. Dans le même ordre d’idée, on peut estimer qu’il serait
nécessaire d’installer entre 500 et 600 hectares de panneaux solaires pour
produire l’équivalent des usines de Salon et Saint-Chamas.
- la capacité de mobilisation rapide de la chaîne que l’exutoire
dans l’étang de Berre lui confère. En effet, la puissance de 2000 MW est
mobilisable en quelques minutes, ce qui représente un intérêt majeur de
cet équipement. L’hypothèse la plus extrême de substituer l’ensemble de la
chaîne par d’autres sources d’énergie renouvelable conduirait à perdre
cette capacité de mobilisation rapide.
Dans l’hypothèse plus raisonnablement envisageable de l’arrêt des seules
usines de Salon et Saint-Chamas, cette souplesse d’exploitation pourrait
être maintenue pour la partie de la chaîne à l’amont de Mallemort mais à
la stricte condition de maintenir un certain niveau de rejets dans l’étang
de Berre (une modulation des débits restitués en Durance est un impératif
de sécurité). L’arrêt de tout rejet dans l’étang disqualifierait
l’ensemble de la chaîne.
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