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« L’enfant du désaccord » |
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Le conte du GIPREB
ou le mythe de ses origines Il était une fois…. C’est d’une histoire d’amour qu’il s’agit, passionnelle, conflictuelle, improbable, un peu immature aussi disent les vieux, à la fraîche, sous les platanes de la place, mais d’une histoire d’amour quand même… Il était une fois, sur les rives de la Méditerranée, comme si souvent dans ces contrées, une belle femme, vibrante comme une sieste ensoleillée, fougueuse comme le mistral à ses heures, un tempérament de feu donc mais déjà fort meurtrie par des aventures destructrices. Une femme encore jeune, désireuse de changer son destin, attendrissante comme toutes les éclopées de la vie qui veulent croire, encore, malgré tout, en l’avenir… Il était une fois, face à elle, un homme de fière allure, fils de grande famille, maniant le verbe et le savoir, certes souvent imbu de lui mais désireux malgré tout de réparer les dommages historiques des siens, car il se sait l’héritier de tous les abus de pouvoir. Il était superbe, tout auréolé de sa prestance de jeune bien né, de reconnaissances multiples, de pouvoir et d’argent. Il était la puissance, il se voulait sauveur. Elle se fit plaindre, le convainc, le fit rêver, et, fille de métissage, le charma de toute la richesse de la mémoire locale, souvenirs de terriens, contes de pêcheurs, rêves de migrants. Bref, elle le séduisit. Il la prit mais se sentit aussitôt écrasé par sa demande pressante. Elle se donna mais se vécut aussitôt méprisée et manipulée. Elle usa même de menaces, à l’occasion, quand elle le vit soudain trop fuyant, lui aussi, hélas, comme les autres… Elle voulait croire dans les promesses faites, elle voulait construire avec lui ses projets exaltants de renouveau ; elle s’accrocha comme à une bouée… Ils se confrontèrent… De rage, de lassitude aussi, de faiblesse peut-être, il lui dit un jour « Faisons un enfant ; nous l’appellerons GIPREB ; tu seras rassurée car nous aurons ainsi fort à faire, ensemble ; dés lors, je ne te quitterai pas. » Ainsi naquit GIPREB… et les deux familles au grand complet se mirent à y croire. Tout le monde était là. Toute sa famille à lui, même les nouveaux riches, parents par alliance, même les cousins éloignés désargentés, même les anciens patriarches, les notables locaux aussi. Toute sa famille à elle, nombreuse et bruyante, un peu perdue dans ce beau monde et ses manières codées. Seul fut refusé le petit neveu extrémiste… Tous se réunirent souvent au dessus du berceau et voulurent mettre la main à la pâte pour son éducation. Comme de bien entendu, la dispute des parents continua, nourrie de rancœurs tenaces et de frustrations nouvelles. « Elle ne voulait pas l’écouter ! Elle gâchait tout avec son impatience ! », « Il prétendait tout savoir ! Il ne voulait rien ‘faire’ ! »… Mais tout de même, ils aimaient GIPREB, sans se l’avouer mutuellement et surtout sans le lui dire… Et GIPREB grandit, tiraillé entre toutes ces volontés contradictoires, rejeté par les autres enfants – il est si différent ! – un vrai galopin, du vif argent, tête de mule selon ses maîtres… Vous savez comment c’est, un enfant : une éponge aux douleurs des parents, surtout quand elles sont tues. Et il en fait des tonnes, l’enfant blessé, pour répondre à la consigne tacite : « Tu vis pour nous réconcilier ! ». Il ne sait plus comment gérer tout ça, la douleur aiguë de maman, la fierté blessée de papa, leur incapacité à se reconnaître et surtout, surtout, le désastre de leur amour. Il se cogne sans cesse à l’impossible défi, il y pleure, il y crie, il y vieillit trop vite… Mais, par chance, il est tenace. Ah ça, il aime la vie, ce minot ! et les rivages où il est né… Il a pris le plus fort de ses parents, l’exigence d’excellence et l’autorité de papa, la générosité et l’espérance de maman… Alors, il cherche. Il cherche dans tous les nouveaux savoirs du monde, dans les sciences toujours inexactes et dans les écoles à penser ; il écoute les sages, ceux que son père a regroupés autour de son berceau et tous les autres, même les indésirables, les sociologues du lien, les artistes visionnaires, les guérisseurs de l’âme, les penseurs iconoclastes et les papys poètes, peut-être même des alter-machin-truc et des femmes aussi ! Et tous lui disent que c’est possible ! Et il trouve et il apprend à écouter les vérités derrière des vérités et des mensonges, et il comprend enfin qu’il n’y a pas de Vie sans désir, pas de vie sans amour, et que la sienne, bien chevillée au corps relativise toutes les haines… Qu’ils se débrouillent avec leurs brouilles dérisoires !… Il sait désormais qu’il est là. Puis, il revendique haut et fort qu’on cesse un peu de parler de lui, de sa santé fragile et de son caractère difficile, pour s’accorder sur le Projet, sur l’avenir, sur le désir. Finalement, contre-vents et marées, il va son chemin. » Elyane GALAN Juin 2004 Nota : dans le rôle du Père, l’État ; dans le rôle de la Mère, « la demande locale », les élus, les Collectivités Locales dans le rôle du Projet : la Réhabilitation de l’Etang de Berre et tous les autres dès lors reconnaissables… |