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Restriction
des rejets d'eau douce dans l'étang
Question
à François Loos, ministre de l'Industrie
Le gouvernement est déterminé à réduire la pollution de l'étang de Berre. Tous les secteurs ont fait des efforts : les collectivités, l'industrie, l'agriculture. EDF aussi. Depuis septembre 2005, l'entreprise a encore réduit ses rejets de 40% pour les rejets annuels de limons et de 50 % pour les rejets hebdomadaires d'eau douce. Il faut souligner que ces réductions s'ajoutent à celles déjà réalisées depuis 1993. Par ailleurs, une expérimentation scientifique suit la situation de l'étang et contrôle strictement son évolution. Ces mesures font l'objet de discussions techniques avec les autorités européennes et seront ensuite rendues obligatoires par un décret. Cette action sur les rejets d'eau douce de la centrale contribuera à l'amélioration de l'état de l'étang, tout en préservant l'approvisionnement électrique de la région et le développement des énergies renouvelables, non émettrice de gaz à effet de serre." Un
compromis écologique difficile à trouver avec la Commission
européenne
Durance
: ces rejets d'eau qui inquiètent
Sommé par Bruxelles de respecter les engagements environnementaux pris à Barcelone et Athènes, l'Etat va obliger EDF à réduire sensiblement ses rejets d'eau douce dans l'étang de Berre. Rien ne garantit que cette mesure suffise à réhabiliter le plus grand étang marin d'Europe mais la solution est, dans l'immédiat, la seule qui puisse éviter à la France de se voir infliger une très lourde amende. Le hic, c'est que la réduction des rejets suppose de diminuer le turbinage des centrales hydroélectriques de Salon et de Saint-Chamas et donc, mécaniquement, de rediriger d'importantes masses d'eau vers la Durance, à hauteur de Mallemort. Une perspective qui est loin de faire l'unanimité. Les mises en garde du Gipreb ne sont certes pas exemptes d'arrière-pensées. Le groupement a justement été créé pour étudier une solution alternative, la très coûteuse dérivation vers le Rhône. Mais le syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance émet également les plus grandes réserves. "Phénomènes inquiétants" Le SMAVD se base sur les observations réalisées depuis 1994 à la suite du plafonnement à 2,1 milliards de m3 le volume moyen annuel d'eau douce rejeté dans l'étang de Berre. "après un peu plus de 10 ans de ce nouveau régime, plusieurs phénomènes inquiétants se sont faits jour sur la Basse Durance", peut-on lire dans la contribution du syndicat à la récente enquête publique sur le projet d'avenant à la concession de Salon-Saint-Chamas. Entre Mallemort et Cavaillon, ce nouveau régime a provoqué un abaissement du lit de la rivière, les restitutions se faisant sans apport de galets. Conséquences sur le moyen et le long terme : l'érosion des berges, la fragilisation des ouvrages d'art et la "baisse de la nappe d'accompagnement de la Durance dont on connaît l'importance pour l'alimentation en eau potable de centaines de milliers d'habitants de la région" précise le syndicat. Plus loin, entre Bonpas et le Rhône, c'est un phénomène inverse qu'on observe. "La rivière y est moins pentue et on constate un enlimonement du lit, assure Henri Pignoly, directeur du SMAVD. Entre Avignon et Châteaurenard, il y avait en 1994 des souilles d'extraction de 12 mètres qui sont aujourd'hui proches du comblement ! en plusieurs points, les dépôts sont affleurants et commencent à se végétaliser. En l'état, un exhaussement (élévation) du lit de l'ordre de deux mètres est à peu près certain. Et, en fonction des décisions qui seront prises, les perspectives d'évolution sont assez alarmantes." En cas de crues exceptionnelles, les risques d'inondations seraient en effet, dans cette hypothèse, plus important en Basse Durance. Et le syndicat de rappeler que la mission interministérielle sur la Durance a souligné, dans le rapport Balland, remis en août 2002, les dangers des phénomènes d'ores et déjà observables. Les
enjeux de la réhabilitation
Le 7 octobre 2004, l'Etat français a été condamné par la Cour européenne de Justice pour ne pas avoir adopté des mesures appropriées pour lutter contre "la pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", violant ainsi deux accords internationaux (Convention de Barcelone de 1976 et protocole d'Athènes de 1980) que la France a pourtant signés. Cette condamnation faisait suite à une plainte de la Coordination des pêcheurs, dénonçant la dégradation de ce milieu aquatique, du fait des rejets d'eau douce effectués par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, exploitée par EDF. Mise en demeure de réagir et de remédier à cette situation, la France a proposé en février 2005 une solution de"lissage", c'est-à-dire de limitation et de régulation dans le temps, des rejets d'eau douce. Le 19 décembre 2005, nouveau rebondissement : l'Europe, jugeant ce scénario de sauvetage insuffisant, rejette le plan proposé par l'Etat français et lui demande de revoir sa copie. Un véritable camouflet pour le gouvernement français. Celui-ci doit formuler de nouvelles propositions d'ici le 4 mars prochain. A ce jour, cependant, tout laisse à penser que le nouveau plan de la France sera dans la lignée du précédent. Donc, sans grande innovation. Et surtout, a priori, aucune allusion à des travaux de dérivation des eaux douces ne devrait y figurer. Elle est pourtant jugée par les défenseurs de l'étang comme la seule solution. Si cette deuxième réponse de l'Etat français ne satisfait toujours pas la Commission Européenne, celle-ci pourra alors saisir la Cour de justice pour qu'elle fixe le montant des pénalités financières dissuasives. Elles pourraient s'élever à quelques centaines de milliers d'euros par jour. Autrement dit, l'addition atteindrait rapidement le montant du coût des travaux de dérivation (estimé à 1,2 milliards d'euros), que le gouvernement français cherche visiblement à éviter... L'enjeu pour l'Etat français est donc aujourd'hui d'échapper à une nouvelle condamnation par l'Europe. Un équilibre bouleversé L'étang de Berre, plus grande lagune d'Europe (15 000 hectares de superficie) est depuis de nombreuses années sérieusement malade. Car l'injection massive d'eau douce en provenance de la Durance, pour les besoins de la production d'électricité, y asphyxie toute vie. A chaque mise en fonctionnement de ses turbines, la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas rejette artificiellement de l'eau douce, bouleversant l'équilibre salin de l'étang. Dans les années 90, le ministre de l'Environnement de l'époque, Michel Barnier, propose un plan de sauvegarde pour l'étang, reposant sur une limitation des quotas de limons et d'eau douce rejetés dans l'étang. Seuls la ville de Martigues et le mouvement national de lutte pour l'environnement émettent des réserves. Car ce plan, outre qu'il engendre un manque à gagner en limitant la capacité de production hydroélectrique, accroît les risques de crues en Durance et Basse Durance. Il se révèlera être un échec. L'indispensable énergie "propre" Peut-on se priver aujourd'hui d'un outil de production d'énergie hydroélectrique, énergie dite "propre" ? Au moment où s'affirme la nécessité de lutter contre les gaz à effet de serre et où la France, pour respecter le protocole de Kyoto, s'est engagée à faire passer de 15 à 21 % sa production d'énergie renouvelable, cela paraît pour le moins insensé. Qui plus est lorsque le coût du pétrole et des énergies fossiles, du fait de leur raréfaction, va inévitablement s'accroître. La chaîne de production hydroélectrique Durance-Verdon est, de plus, un équipement très moderne et constitue à ce titre une vitrine technologique pour la France. Elle fournit une électricité de pointe et est capable de répondre aux variations de manière très souple. Malgré tout, la région doit importer les trois quarts de sa consommation électrique. Sachant que le transport de l'électricité génère des problèmes environnementaux. Sécuriser les approvisionnements La réhabilitation de l'étang de Berre constitue également un enjeu en terme de sécurité. La Durance constitue la principale ressource en eau de la région pour satisfaire les besoins de l'agriculture, de l'industrie et des populations. Elle approvisionne ainsi la quasi totalité de la région PACA en fournissant de l'eau potable pour une vaste zone urbaine. Il s'agit donc de gérer ces équilibres et ces usages. Sachant que modifier l'une de ces utilisations n'est pas sans répercussion sur les autres. Ainsi, la solution d'un "lissage" plus important des rejets d'eau douce dans l'étang de Berre aggravera les phénomènes qui conduisent aux risques d'inondation dans la Basse Durance. Il y a au contraire urgence à trouver une gestion de ces masses d'eau qui puissent permettre au lit de la Durance de revenir à son état antérieur. Le Syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance a fait des propositions en ce sens. La question de fond La sauvegarde de l'étang de Berre porte le débat sur le plan politique et idéologique en appelant une interrogation de fond : la protection d'un milieu naturel doit-elle se faire au détriment de l'activité humaine ou l'action des hommes peut-elle protéger la nature ? Répondre que nature et activité humaine ne sont pas en opposition ni en contradiction implique alors que des mesures soient prises pour protéger l'environnement. En ce qui concerne l'étang de Berre, plusieurs axes se dégagent : pour ce qui est du problème de la salinité, le financement de l'expérimentation de la réouverture du tunnel du Rove à la courantologie, pour réinjecter de l'eau de mer dans l'étang, est aujourd'hui acquis. Mais ses effets sur la santé de l'étang seront cependant très limités (de l'ordre de 5 %). Restent les travaux de dérivation étudiés par le Gipreb. A ce jour, seules deux alternatives ont été retenues : une évacuation des eaux douces après l'usine de Saint-Chamas en souterrain vers le Rhône ; ou un canal de dérivation après l'usine de Salon rejoignant le Rhône. Coût des travaux : 1,2 milliard d'euros. Autrement dit rien de déraisonnable (cela équivaut à un équipement hydroélectrique de moyenne importance). Mais plus exactement une question de volonté politique. "Il serait illogique que l'Europe n'aide pas au financement" Questions à Jean-Claude Cheinet, adjoint délégué à l'environnement de la ville de Martigues. .-Quel est l'intérêt d'une dérivation des eaux douces de la Durance ? .- Les travaux de dérivation permettraient d'utiliser au maximum le potentiel de la chaîne hydroélectrique Durance-Verdon tout en ayant une souplesse dans la gestion des flux des eaux pour sécuriser la Basse-Durance. Bref, c'est la solution de l'avenir. .-Quel rôle ont joué les communistes dans le débat sur l'avenir de l'étang ? .-Ils ont joué tout leur rôle en tant que parti politique d'une part, avec leurs élus d'autre part, ou encore comme militants au sein d'associations et syndicats. Ils ont largement contribué à ce que la solution d'aménagement à réaliser devienne localement majoritaire. Il faut se souvenir dans les années 80 et 90, il était plus facile d'évoquer la fermeture de la centrale de Saint-Chamas que d'envisager un plan de réhabilitation d'ensemble. maintenant, c'est devenu l'idée dominante, mais ce ne fut toujours pas le cas. .-Se pose aussi la question de la rentabilité ? .-Le coût des travaux de dérivation s'élève à 1,2 milliard d'euros. Mais d'ores et déjà, le manque à gagner pour EDF, lié au plan Barnier et aux mesures de lissage est de 20 millions d'euros par an. Sachant que les concessions des centrales sont de l'ordre de 60 ans, 20 M€ multiplié par 60 équivaut à 1,2 milliard, cela nous ramène donc au coût des travaux de dérivation. .-C'est donc un projet rentable ? .-Tout à fait. A condition que l'on se place dans une logique de satisfaction des besoins des populations locales. Mais il y a aussi une autre logique, d'entreprise, celle d'EDF, société en cours de privatisation, et pour laquelle le taux de retour sur investissement doit être beaucoup plus court. Faire la clarté sur ces deux logiques qui relèvent d'un choix de société : c'est ce à quoi les communistes ont travaillé. Sachant que les concessions des centrales de la vallée de la Durance arrivent à échéance, il y a là une occasion historique d'échanger l'engagement d'EDF pour des travaux contre un renouvellement de la concession. La ville de Martigues demande à ce que le financement des travaux de dérivation soit d'ores et déjà préparé, en sollicitant notamment l'Europe. Car il serait illogique qu'elle condamne mais n'aide pas à financer la solution pour la reconquête de l'étang de Berre Bientôt
le bout du tunnel
Faisant suite à une plainte déposée par la Coordination des pêcheurs et soutenue par le Gipreb, la Commission européenne, au terme d'un long parcours administratif et juridique, a condamné l'Etat français dans le dossier de l'étang de berre. La première réponse à cette injonction de mettre fin à la pollution massive et répétée a été récusée par Bruxelles. Le lissage, c'est-à-dire l'étalement régulier toute l'année des rejets d'eau douce et de limons, ne règle en rien ce problème de pollution. Par conséquent, la France doit revoir sa copie sous peine de se voir infliger une amende pouvant aller jusqu'à 230 000 € par jour. La solution des grands travaux de dérivation vers la méditerranée du côté de Port Saint-Louis, par un canal en surface ou par un système de galeries souterraines, apparaît aujourd'hui comme tout à fait plausible en regard des pénalités financières à payer en cas de condamnation définitive. Le 1er février, le Gipreb s'est réuni à Berre l'étang en présence du préfet de région pour évoquer cette question et définir les contours de ce que sera cette nouvelle et ultime proposition. L'occasion de rappeler avec détermination l'idée forte qui sous-tend l'action des élus depuis la mise en place du Gipreb : "zéro contrainte pour EDF (c'est-à-dire la possibilité de turbiner à volonté pour répondre aux besoins de production) et zéro rejet dans l'étang (à savoir, la dérivation des eaux turbinées vers la mer et non plus vers l'étang)". Dans le même temps, la réouverture du tunnel du Rove va, enfin, entrer dans sa phase concrète. A l'issue de ce chantier qui verra le busage de la partie effondrée pour rétablir la circulation de l'eau, une première bouteille d'oxygène viendra au secours de l'étang. Le préfet Frémont a rappelé au Port autonome de Marseille, propriétaire du tunnel, l'obligation de se mettre à l'ouvrage. Une première phase qui laisse entrevoir le bout du tunnel dans le dossier de la réhabilitation de l'étang de Berre. La
France épinglée
La Commission européenne durcit le ton avec la France. Elle l'a mise en demeure de faire cesser la pollution de l'étang de Berre et de respecter un arrêt de la Cour européenne de justice. Le 7 octobre 2004 en effet, la France avait été condamnée pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour "prévenir, réduire et combattre la pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", et ce en violation de la Convention de Barcelone (1976) visant à la protection du milieu marin en Méditerranée. Tout est parti d'un recours des pêcheurs de l'étang, lesquels s'insurgent contre la disparition progressive de la faune et de la flore et contre la faillite de leur secteur. comble du paradoxe, c'est l'eau douce rejetée par la centrale EDF de Saint-Chamas qui est accusée de polluer l'étang et non les usines et les raffineries qui le bordent. Depuis 40 ans, l'aménagement hydroélectrique de la Durance et du Verdon par EDF, qui y a construit 19 centrales, engendre des rejets massifs d'eau douce dans l'étang, qui est aussi la plus grande lagune salée d'Europe. Située au bout de la chaîne assurant le quart de l'électricité consommée dans la région PACA, la centrale de Saint-Chamas y déverse chaque année 2,1 milliards de mètres cubes d'eau douce. Les effets sont dramatiques : réduction massive de la ressource en poissons, interdiction de la conchyliculture, prolifération d'algues néfastes, etc. Depuis la condamnation de la France, EDF a commencé à lisser ses rejets d'eau pour éviter les à-coups -beaucoup plus néfastes à l'environnement que la baisse générale de la salinité-, mais ne les a pas réduits globalement. Elle s'est en outre engagée à réduire de 40 % ses rejets de limons. "La Commission estime que les mesures proposées par la France sont insuffisantes pour permettre dans les délais les plus brefs une amélioration nette de l'état écologique de l'étang", explique Blandine Pellistrandi, chef de la représentation de la Commission à Marseille. "La Commission obéit à une logique de poursuite de contentieux, mais un des griefs va être éteint puisque les nouvelles dispositions d'exploitation vont faire l'objet d'une modification du cahier des charges de la concession d'ici à la fin du premier semestre 2006", commente-t-on au ministère de l'Ecologie, où l'on souligne le fait que des mesures complémentaires vont être étudiées, même si "beaucoup a déjà été fait". Ce n'est pas de l'avis de Serge Andréoni, président du Gipreb : "Nous avons toujours estimé que la réponse de la France n'était pas satisfaisante. La solution, c'est la dérivation des rejets de la centrale de Saint-Chamas par un canal se jetant dans le Rhône." Une solution qui n'a pas été proposée en raison de son coût, lequel dépasse un milliard d'euros. Bruxelles souhaitant une solution rapide, la France prend donc le risque de se voir infliger de grosses amendes... Deux
ministres à Bruxelles pour négocier le plan de sauvetage de l'étang
de Berre
La france a à peu près tenu les délais réglementaires. deux mois après avoir vu -c'était le 19 décembre- son plan de sauvetage de l'étang de Berre refusé par la commission européenne, le gouvernement a envoyé des émissaires à Bruxelles. Nelly Olin, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable et son homologue délégué à l'Industrie, François Loos, ont rencontré, le 21 février, le commissaire chargé de l'environnement, Stavros Dimas. Ce deuxième plan ne prévoit pas de nouvelles suppressions de limons : dans une interview à la Provence, François Loos explique qu'EDF pense pouvoir ne rejeter dans l'étang que 60 000 tonnes de limons par an. En revanche, il prévoit une nouvelle réduction des rejets d'eau douce dans cette étendue d'eau salée. C'est la quantité et la brutalité de ces rejets qui met à mal l'écosystème et la France a été condamnée pour cela par la cour européenne de justice. Reste que le ministre ne s'engage pas sur le volume de cette réduction. Il conteste l'indiscrétion recueillie par la Provence selon laquelle EDF proposerait de ne rejeter que 1,4 ou 1,5 milliard de m3 par an. Cette réduction doit sans doute faire l'objet d'âpres discussions entre les services français et européens. Au-delà, François Loos reconnaît que la solution retenue par la France préconise des rejets en basse Durance à partir du canal de Mallemort. Une manière de pouvoir faire tourner les 17 usines hydroélectriques en amont en isolant celles de Salon et de Saint-Chamas, qui borde l'étang. Mais cette solution a aussi ses détracteurs en Provence et rien ne dit que si Bruxelles l'acceptait, les associations feraient de même. François Loos privilégie les rejets d'eau douce dans la basse Durance "Que vous a demandé le commissaire européen à l'environnement, Stavros Dimas ? "Avec la ministre de l' Ecologie et du Développement Durable, Nelly Olin, nous voulions d'abord montrer la volonté politique de la France de respecter ses engagements internationaux et de garantir à l'étang de Berre la salinité nécessaire à l'écosystème. Le commissaire nous a demandé les moyens techniques et juridiques que nous comptions mettre en oeuvre." Quels sont ces moyens techniques ? "Grâce à une gestion fine par EDF, il est possible de réduire les rejets de limon à 60 000 tonnes -40 % de moins de ce qui était rejeté auparavant. Et en utilisant la dérivation de Mallemort, qui permet de rejeter de l'eau soit dans la Durance, soit dans le canal, il est possible de limiter aux quantités strictement nécessaires les rejets d'eau douce dans l'étang. Quelles sont ces quantités nécessaires ? EDF s'est autolimitée depuis septembre à 2,1 milliards, mais des indiscrétions laissent à penser que vous avez proposé une limitation comprise entre 1,4 et 1,5 milliard ? "J'ai entendu de telles rumeurs, inexactes, avant même que nous nous déplacions. Les chiffres sont actuellement en cours de discussion entre nos services et ceux de Bruxelles. Vous comprendrez que je ne puisse en dire plus. En outre, il faut veiller à ce que l'eau dirigée vers la basse vallée de la Durance n'y crée pas de dommage." La piste d'un canal d'eau douce sous la Crau entre Saint-Chamas et le Rhône est abandonnée ? "L'objectif de qualité des eaux de l'étang de Berre que l'on poursuit peut-être atteint par des moyens beaucoup moins coûteux." Stavros Dimas vous a aussi demandé des garanties juridiques. "En effet. Le commissaire nous a demandé si notre plan était uniquement valable pour les quatre prochaines années. Nous lui avons montré que la procédure lancée -avec l'enquête publique qui vient de s'achever- peut aboutir dans quelques semaines en cas d'accord avec la Commission à un décret en Conseil d'Etat. La quantité maximale de rejets deviendrait alors une obligation permanente pour EDF." Vous êtes ressortis optimistes de cet entretien ? "Oui, en poursuivant un compromis qui conciliera la sécurité d'approvisionnement énergétique de la Pac ; la production d'hydroélectricité qui permet de ne pas produire des milliers de tonnes de gaz à effet de serre et la protection des milieux aquatiques de l'étang, je pense que nous avons travaillé avec la commission européenne et surtout bien travaillé pour l'étang de Berre.
Une
solution française limitée
EPINGLEE par l'Europe, la France devra faire une nouvelle proposition pour remédier à la pollution de l'étang de Berre sous peine de sanctions financières. En décembre dernier, la première réponse de "lissage" des apports en eau douce par la centrale de Saint-Chamas, en clair des rejets plus réguliers et moins importants pour perturber le moins possible l'écosystème, n'a pas satisfait la Commission européenne. L'Etat français avait deux mois pour revoir sa copie et semble aujourd'hui s'orienter vers une nouvelle réduction des rejets. Si rien n'a été précisément fixé, Nelly Olin, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, et François Loos, ministre délégué à l'Industrie, ont rencontré le 21 février dernier le commissaire européen à l'environnement, Stavros Dimas. Réunion au cours de laquelle, ils ont présenté "la procédure en cours pour réviser le décret d'autorisation de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas et imposer à l'industriel EDF une réduction des rejets d'eau douce dans l'étang." La dérivation comme solution pérenne Des discussions "constructives", assure le ministère de l'Ecologie... Mais inquiètent les riverains de l'étang. Une délégation composée du président du Gipreb, de représentants du Conseil général, régional, des communes du pourtour de l'étang et des pêcheurs, a d'ailleurs jugé utile de rappeler à Bruxelles quelques élements cruciaux du dossier, lors d'une rencontre le 17 février dernier. Comme la nécessité de trouver une solution pérenne à un problème qui dure depuis des décennies... "Nous exigeons que le problème de l'étang soit comptabilisé dans la gestion globale de l'eau, tout nous démontre que Berre et Durance sont liés et indissociables" explique Serge Andréoni, maire de Berre et président du Gipreb. Pour ce dernier, la réduction des apports d'eau douce ne peut être qu'une possibilité transitoire. "L'Etat proposera sans nul doute de passer de 2,1 milliards de mètres cubes d'eau douce par an à 1,4 ou 1,6, ce qui soit dit en passant permettra d'atteindre les 60 000 tonnes de limons promis mais cela reste insuffisant" analyse l'élu. Maintenir la production d'énergie propre Forte des nombreuses études financées par l'Etat lui-même au sein du Gipreb; la délégation a demandé à ce que soit pris en compte le projet de dérivation des eaux vers le Rhône avec entre autres la création d'un syphon sous l'étang. Le tout pour un coût estimé de un à un milliard et demi d'euros... "Ce qui n'est pas si cher au regard des 100 000 à 200 000 euros par jour d'astreinte financière" estime Serge Andréoni qui voit là le moyen de maintenir une source d'énergie propre "dans le respect des directives européennes", pour le bien être de l'étang et "de ses 350 000 riverains". Mieux, "si on sauve l'étang, entre la pêche, l'agro-alimentaire, l'aquaculture et la réparation navale, on peut créer de 3 à 4 000 emplois" espère ce dernier. Les études concernant le projet de dérivation devraient être bouclées fin 2006. D'ici là, "nous suivrons le dossier de près et nous saurons prendre nos responsabilités" prévient le président du Gipreb. La
France obtient le sursis
Au terme de la réunion d'hier, la France semble avoir obtenu un sursis. Selon des sources internes à la Commission, cette dernière doit désormais "prendre en considération les nouvelles propositions" qui représentent "un bon pas pour trouver une solution", et ce "sans calendrier précis". Du côté des ministères, qui soulignent que "les négociations sont toujours en cours, seule la possibilité d'une nouvelle réduction des rejets semble actée. Egalement reçus la semaine dernière à Bruxelles, les élus et les associations de l'étang de Berre craignent que "le gouvernement cherche à gagner du temps d'ici à l'élection présidentielle de 2007". Réunis au sein du GIPREB, ils défendent une dérivation des rejets sur le delta du Rhône. Un scénario qui prévoit la création d'un siphon sous l'étang, pour un coût estimé entre un milliard et un milliard et demi d'euros... deux à trois fois le prix du viaduc de Millau. La
France prête à réduire encore l'eau douce rejetée dans l'étang de
Berre
L'Etat
doit revoir sa copie d'ici un mois
Bruxelles
met la France en demeure
Le 7 octobre 2004, la France avait déjà été condamnée par la Cour européenne de justice pour ne pas avoir adopté des mesures appropriées pour lutter contre "la pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", en violation de la convention de Barcelone (1976) sur la protection du milieu marin en Méditerranée. La Cour avait été saisie par la Commission à la suite d'une plainte dénonçant la dégradation du milieu aquatique de cet étang d'eau salée, du fait des rejets d'eau douce effectués par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (13), exploitée par EDF. A chaque mise en fonctionnement de ses turbines, la centrale située au bord de l'étang rejette artificiellement de l'eau douce qu'elle prélève dans la Durance. Diverses associations de défense de l'environnement et des élus locaux dénoncent ces rejets, observant qu'ils font varier très fortement la salinité de l'eau et déstabilise l'écosystème. La Cour avait relevé "l'influence néfaste de ses déversements pour l'équilibre écologique de l'étang de Berre". A la suite de sa condamnation, Paris a proposé notamment de "lisser" les rejets d'eau douce, c'est-à-dire de maintenir les rejets annuels actuels à 2,1 milliards de mètres cube par an mais d'éviter les déversements brutaux d'EDF.
L'Europe rejette
les mesures de sauvegarde de l’étang de Berre
L'Europe
demande à la France de revoir sa copie
Nouvel épisode du combat des pêcheurs de l'étang de Berre et des environnementalistes pour sauver leur plan d'eau : la Commission européenne a rejeté le plan proposé par la France. Le 7 octobre 2004, la Cour européenne de justice avait en effet condamné l'Etat français pour non respect des accords internationaux sur la protection des milieux marins, à cause notamment d'EDF, exploitant de huit centrales hydroélectrique sur la Durance. Une condamnation consécutive à la plainte de la Coordination des pêcheurs de l'étang de Berre. Ceux-ci ont, au fil des ans, vu mourir leur zone de pêche, pour une cause parfaitement connue : chaque année, les centrales hydroélectriques déversent 2,1 milliards de m3 d'eau douce dans l'étang par le canal de dérivation de Saint-Chamas, entraînant des centaines de milliers de tonnes de limons. Cette arrivée massive d'eau douce tue toute vie animale. En réponse à la condamnation de l'Europe, la France avait proposé un lissage des rejets; c'est-à-dire qu'au lieu de faire arriver l'eau douce brusquement, les déversements auraient été étalés dans le temps. Le tout assorti d'études et d'une période transitoire de quatre ans. Le lissage des rejets ne passe pas la rampe Les fonctionnaires européens ne s'en contentent pas et la France va devoir corriger sa copie d'ici deux mois (pouvant être prolongé à cinq mois). Au delà, le risque encouru est une astreinte de 200 000 euros par jour. Les services de l'Etat ont donc intérêt à agir vite. "La préfecture a traité cela à la légère, sans respecter ses engagements, explique Bernard Niccolini, le président de la coordination Etang marin. On nous riait au nez ; maintenant ils doivent nous écouter." Pêcheurs, environnementalistes... Tous se réjouissent de cet avatar. "Depuis le début, nous répétons qu'il n'y a qu'une solution, celle d'un canal de dérivation vers le Rhône ou la Crau, poursuit Bernard Niccolini. Cela paraît cher mais c'est la seule solution satisfaisante à long terme." Pour autant, ils ne réclament pas la fermeture des centrales électriques. "Elles produisent une énergie propre dont la région a besoin. Pas question non plus de renvoyer les eaux dans la Durance, dont le lit a été urbanisé". A l'origine de la condamnation, Jean-Claude Bourgault, créateur de la Coordination des pêcheurs, se dit "persuadé de tenir le bon bout". Et le coût estimatif des travaux (plus d'un milliard d'euros) pour réaliser le canal ne l'effraye pas. "Avec la réhabilitation de l'étang, c'est toute une économie qui va redémarrer. Pas seulement la pêche, mais aussi pour l'attractivité d'un département". EDF, avare de commentaires, se contente d'affirmer que les centrales (construites en 1965) ne sont pas encore amorties et que les solutions proposées sont techniquement délicates à mettre en oeuvre.
La France
condamnée à sauver l’étang de Berre
La semaine dernière, plusieurs tonnes de sardines flottaient sur l'étang de Berre. Comme le symbole d'une urgence à agir : ces poissons n'étaient pas victimes de la pollution industrielle mais bien d'un trop plein de limon dans le fond de l'étang. Enième conséquence du rejet des eaux froides et limoneuses de la Durance par l'usine hydroélectrique de Saint-Chamas. hasard du calendrier, on apprenait la même semaine le rejet des propositions de la France et d'EDF. En effet, en octobre 2004, la France était condamnée à apporter une solution durable à la pollution de l'étang de Berre. Cette condamnation pour non respect des traités internationaux faisait suite à une plainte de la coordination des pêcheurs, dirigée à l'époque par Jean-Claude Bourgault (L'hebdo du 7 mars 2005). début 2005, EDF avait alors proposé de "lisser" les rejets d'eau douce tout au long de l'année pour éviter les arrivées d'eau trop brutales. L'Europe a estimé que cette réponse était insuffisante pour sauver l'étang et renvoyé EDF et la France à leurs chères études. Justement, cette décision européenne relance considérablement les différents scénarios de sauvetage étudiés par le Gipreb depuis de longues années. "Nous finalisons les études d'une dérivation qui partirait en aval de Saint-Chamas et rejoindrait le delta du Rhône. Ce scénario sauverait à la fois l'étang qui redeviendrait marin et la Camargue qui manque de limons, explique Serge Andréoni, le maire PS de Berre et président du Gipreb. Les travaux devraient durer entre six et sept ans à moins de grosses surprises géologiques découvertes dans le sous-sol de la Crau pour une enveloppe globale d'un milliard à 1,5 milliards d'euros". Cher ? Moins que les amendes européennes de 100 000 euros par jour de pollution.
Des
solutions pour sauver l'étang de Berre
Résumé du problème : le canal de la Durance alimente 19 usines hydroélectriques qui représentent 50 % de la production électrique de Paca et 25 % de sa consommation. L'eau douce reversée dans l'eau salée de l'étang de Berre (à Saint-Chamas), en fonction des pics de consommation, nuit à la faune et la flore marine. Alors qu'EDF pourrait turbiner plus de sept milliards de m3 d'eau par an, la commission européenne a jugé insuffisant sa décision de limiter ses rejets -en même quantité chaque semaine- à 2,1 milliards de m3 et de ramener les limons de 100 000 à 60 000 tonnes par an. > EDF a perdu une (nouvelle) bataille, mais pas la guerre La procédure lancée par la commission, qui peut aboutir à une amende pour la France de plus de 70 millions d'euros par an, est encore longue. EDF demandera sans doute des contre-expertises. > Faut-il fermer Saint-Chamas ? Elus, utilisateurs de l'étang et EDF rejettent cette solution. ce serait condamner aussi l'usine de Salon. Or, elles fournissent l'équivalent de la consommation énergétique d'Aix et participent à l'équilibre économique des aménagements Verdon-Durance. tous soulignent que l'hydraulique est "propre" -sa production ne génère pas de gaz à effet de serre. Or si l'électricité de Saint-Chamas et Salon était produite par une usine thermique, elle rejetterait 450 000 tonnes de CO2 par an dans l'atmosphère. Et pour respecter le protocole de Kyoto, la France s'est engagée à faire passer de 15 à 21 % sa production d'énergie renouvelable. Ce n'est donc pas le moment de fermer deux barrages. > Faut-il rendre à la Durance ce qui lui appartient ? Une dérivation existe à Mallemort. Mais ce remède serait pire que le mal. Depuis la construction du barrage de Serre-Ponçon, la Durance n'a plus de fortes crues et ne charrie plus de gros galets. Elle creuse son lit - menaçant la nappe phréatique profonde- en arrachant des graviers qui vont former des bancs plus loin. De brusques lâchers d'eau (250 m3/s) accentueraient le phénomène et seraient dangereux pour les riverains et les promeneurs. > Est-il possible de construire un canal à ciel ouvert à travers la Crau ? La solution a été étudiée. Il a été proposé à EDF d'installer de nouvelles usines. L'électricien semble sceptique sur la faisabilité. Ce canal est pour l'instant refusé par des associations et des élus locaux, qui rappellent que la Crau est classée "Natura 2000". > Un siphon de Saint-Chamas à Port Saint-Louis ? C'est la solution proposée par les associations et les élus. En aval de Saint-Chamas, ils souhaitent creuser à 60 mètres de profondeur un tunnel de 25 km de long débouchant à Port Saint-Louis. L'eau apporterait les limons qui font défaut au delta. Mais dans ce sous-sol karstique, d'éventuelles cavités empêcheraient la circulation de l'eau. Et le coût de l'ouvrage est estimé à 1 ou 1,2 milliards d'euros. EDF n'a pas fait connaître sa position. Les élus et usagers de l'étang qui siègent au Gipreb ont demandé hier à l'Etat une table ronde pour étudier le contenu de la mise en demeure de la commission européenne et ils "n'envisagent pas" que le gouvernement rédige une réponse sans les consulter. Elus
et associations veulent un canal pour l'étang
Bruxelles
met la France en demeure de réhabiliter l'étang de Berre
Tout est parti d'un recours des pêcheurs qui se plaignaient de la disparition progressive de la faune et de la flore. Ils auraient cru que les complexes pétrochimiques installés sur ses rives en étaient les responsables. Or le problème est dû à l'eau douce rejetée par la centrale EDF de Saint-Chamas. Depuis 40 ans, l'aménagement de la Durance et du Verdon par EDF, qui y a construit 19 centrales, engendre des écoulements massifs d'eau douce dans l'étang de Berre (2,1 milliards de mètres cubes par an), la plus grande lagune salée d'Europe. Avec des effets dramatiques : les poissons disparaissent, on ne peut plus s'adonner à la conchyliculture et les algues parasites prolifèrent... Mesures complémentaires Depuis la condamnation de la France par la Cour Européenne, EDF a commencé à réguler ses rejets d'eau pour éviter les à-coups, beaucoup plus néfastes que la baisse générale de la salinité. Mais elle ne les a pas réduits globalement. L'entreprise publique s'est en outre engagée à réduire de 40 % ses rejets de limon. "La Commission estime que les mesures proposées par la France sont insuffisants pour permettre dans les délais les plus brefs une amélioration nette de l'état écologique de l'étang", explique Blandine Pellistrandi, qui dirige la représentation de la Commission européenne à Marseille. "Un des griefs de la Commission devrait disparaître puisque les nouvelles dispositions d'exploitation (le lissage des rejets de la centrale) vont faire l'objet d'une modification du cahier des charges imposé à EDF, commente-t-on au ministère de l'Ecologie où l'on souligne que des mesures complémentaires vont être étudiées même si "beaucoup a déjà été fait". Ce n'est pas de l'avis de Serge Andréoni, président du Gipreb. "Nous avons toujours estimé que la réponse de la France ne réglait rien. La solution passe par la dérivation des rejets de la centrale de Saint-Chamas par un canal qui rejoindrait le Rhône." Une piste qui n'a pas été explorée tant son coût est élevé : plus d'un milliard d'euros. En attendant, la France a deux mois pour donner une réponse à la Commission. Faute de quoi, Bruxelles imposerait de lourdes pénalités. L'Europe
épingle la France
La commission européenne a mis en demeure la France de faire cesser la pollution de l'étang de Berre par des rejets d'EDF et de se mettre en conformité avec un arrêt de la Cour européenne de justice qui avit condamné Paris a indiqué hier la représentante de Bruxelles à Marseille. "la commission estime que les mesures proposées par la France sont insuffisantes pour permettre dans les délais les plus brefs une amélioration nette de l'état écologique de l'étang" a indiqué Mme Blandine Pellistrandi. La lettre de mise en demeure a été adressée lundi et la France a deux mois pour y répondre avant d'autres procédures qui pourraient, à terme, déboucher sur des astreintes financières, a-t-elle précisée. Le 7 octobre 2004, la France a été condamnée par la Cour européenne de justice pour ne pas avoir adopté des mesures appropriées pour lutter contre la "pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", en violation de la Convention de Barcelone (1976) sur la protection du milieu marin en Méditerranée. La Cour avait été saisie par la commission à la suite d'une plainte dénonçant la dégradation du milieu aquatique de cet étang d'eau salée, du fait des rejets d'eau douce effectués par la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône), exploitée par EDF. A chaque mise en fonctionnement de ses turbines, la centrale située au bord de l'étang rejette artificiellement de l'eau douce qu'elle prélève dans la Durance. diverses associations de défense de l'environnement et des élus locaux ont dénoncé ces rejets. La Cour avit relevé "l'influence néfaste de tels déversements pour l'équilibre écologique de l'étang de Berre". A la suite de sa condamnation, Paris a proposé notamment de "lisser" les rejets d'eau douce, c'est-à-dire de maintenir les rejets annuels actuels à 2,1 milliards de mètres cube par an mais d'éviter les déversements brutaux. Peut
mieux faire
Le président du Gipreb, Serge Andréoni se déclarait hier "très heureux" jugeant que l'avis de la Commission européenne confirme "ce dont nous étions persuadés : le fait de "lisser" n'est pas une solution en soi mais une mesure transitoire. La solution définitive, c'est la dérivation des eaux vers le Rhône à partir de l'aval de Saint-Chamas". Il s'agit à ses yeux de la seule façon de "réhabiliter l'étang sans impacter la Basse Durance, cela permettrait aussi de sauver le delta de la Camargue et le They de la Gracieuse". Le président du Gipreb évoque d'ailleurs volontiers une action menée "en parfait accord" avec le syndicat mixte d'aménagement de la Vallée de la Durance qui regroupe les départements des Alpes de Haute Provence, du Vaucluse et des Bouches du Rhône. "Revoir la copie" Déjà condamnée en octobre 2004 par la Cour européenne de justice pour non protection des milieux marins, la France "a deux mois pour revoir sa copie" poursuit Serge Andréoni, "sinon il y aura des astreintes financières et si astreintes il y a, j'espère qu'elles seront suffisamment importantes pour dépasser le montant des annuités d'emprunt correspondant à la construction d'un canal. L'Etat n'aurait plus la possibilité de dire "c'est trop cher". Le coût d'un canal de fuite évalué à un million d'euros "peut paraître lourd mais il faut le mettre en parallèle avec le chômage endémique sur le pourtour de l'étang de Berre qui représente 20 à 22 %". Pour Serge Andréoni, un étang de Berre réhabilité pourrait permettre le développement de loisirs de proximité et la création de "3 000 à 4 000 emplois". Et le président du Gipreb de souligner : "tous les espoirs sont permis à condition de rester vigilants". Vigilance de mise également pour Jean-Claude Cheinet, adjoint à l'environnement à la ville de Martigues : "C'est une réponse qui nous conforte" juge-t-il "mais ce qu'il faut craindre c'est que certains se servent d'une diminution du potentiel hydraulique pour faire passer en force d'autres projets comme ceux d'une centrale au gaz à Fos-sur-mer ou de l'incinérateur". Si l'avis de la Commission européenne "confirme le fait que le lissage des rejets d'eau douce ne devait pas être quelque chose de définitif", l'enjeu est à ses yeux "une vision plus globale du problème de l'énergie : comment aménager Provence-Alpes-Côte d'Azur en gardant ce potentiel hydraulique considérable ?". Un nouveau feuilleton "Etang de Berre" va-t-il s'écrire ?
L'Europe ordonne
de sauver l’étang de Berre
Le 19 décembre, Bruxelles a solennellement demandé à la France de mettre fin dans les plus brefs délais à la pollution de l'étang de Berre. Cette "mise en demeure" est une nouvelle étape dans un dossier déjà ancien : le 7 octobre 2004, la cour européenne de justice avait condamné notre pays pour non respect des accords d'Athènes et de Barcelone sur la protection des milieux marins. EDF, via le canal de la Durance qui permet le fonctionnement d'usines hydrauliques rejette 2,1 milliards de m3 d'eau douce par an dans cette étendue d'eau salée. Cette condamnation formelle n'entraînait pas de sanctions financières. Mais Paris était obligé de proposer un plan pour faire cesser cette pollution. Ce plan, déposé en février dernier et mis en oeuvre par EDF depuis septembre, prévoyait le lissage régulier des apports d'eau douce et la réduction de 40 % des 100 000 tonnes de limons déversés annuellement. Selon EDF, ces mesures garantissent une salinité constante de 15 grammes par litre dans l'étang. c'est ce plan qui vient d'être jugé insuffisant par Bruxelles. La balle est dans le camp de Paris. La France a deux mois pour répondre à cette injonction. Si la réponse n'était toujours^pas satisfaisante, la commission fera paraître un "avis motivé" laissant à l'hexagone un nouveau délai de grâce de deux ou trois mois. Ensuite, la Cour européenne de justice se prononcera sur le montant de l'amende infligée à la France sur proposition de la commission. Une amende qu'on peut supposer, sans mauvais jeu de mots, assez salée... "Un combat de David contre Goliath" "C'est formidable !" Chacun de leur côté, Jean-Claude Bourgault, l'ancien président de la Coordination des pêcheurs de l'étang de Berre et Serge Andréoni, président du Gipreb, n'ont pas caché leur joie en apprenant la nouvelle. Il faut dire que la plainte que le premier avait déposée en 1998 au nom de son association est à l'origine de la première condamnation de la France par l'Europe. Jean-Claude Bourgault est content mais pas étonné : "Je m'attendais à cette décision de la Commission, qui est logique. La proposition de la France de lisser les rejets d'EDF a été faite pour noyer le poisson ! Le fonctionnement de l'usine de Saint-Chamas ne permet pas de réguler les rejets car c'est une centrale d'appoint". Ce pêcheur berrois vit cette "victoire historique" comme le combat de "David contre goliath". "C'est l'aboutissement d'un feuilleton juridique long et épuisant. Cela prouve que notre combat était légitime, même si les politiques nous ont laché". Qu'attend-il de la suite des évènements ? "Il faut que la centrale EDF ferme et arrête ses rejets d'eau douce et de limons immédiatement." Dans une autre procédure devant la justice française, il affirme qu'EDF n'a pas les autorisations pour exploiter Saint-Chamas. Après une décision de la Cour de Cassation, la Cour d'appel de Lyon se prononcera en janvier. Même satisfecit pour Serge Andréoni : "Je serai désolé que la France soit condamnée à une amende, mais il faut bien faire quelque chose pour sauver l'étang" gronde-t-il. "Nous avons toujours dit que le lissage était une mesure transitoire et non pas une solution définitive" ajoute le maire de Berre qui se dit favorable à un canal jusqu'au Rhône. "On nous parle d'un coût d'un milliard d'euros. Mais ce serait un milliard injecté dans une économie locale à 22 % de chômage. Ce serait la création de 2 ou 3 000 emplois pour un étang réhabilité. Nous pensons, contrairement à EDF, qu'une dérivation après Saint-Chamas est possible. Elle amènerait en outre les limons qui manquent à Port Saint-Louis. Nous accepterions des impossibilités techniques -s'il y a des cavités dans le sous-sol- mais pas des arguments financiers". Camouflet
Le
prix à payer des erreurs du passé
La France tenue de protéger l’étang de Berre
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