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paroles d'expert





















 

deux questions à 

Georges Stora, Directeur de recherche CNRS

LMGEM, Centre océanologie de Marseille

Qu'avez vous perçu de l'évolution des fonds de l'étang ces dernières années, pour lesquelles sécheresse et faibles apports d'eau douce ont généré des salinités particulièrement élevées (jusqu'à 30 en surface en juillet 2005) ?

Les faibles apports d’eau douce ces dernières années ont essentiellement permis une relative stabilisation du peuplement lagunaire euryhalin et eurytherme[1] de la bordure côtière ainsi que le maintien en période estivale d’un mélange d’espèces lagunaires et marines  dans la partie sud est, la plus profonde de l’étang de Berre. La survie de ces organismes, dans ce secteur, est favorisée par les courants de marées permettant une bonne oxygénation des eaux. Alors que jusqu’à présent, à l’exception du coin salé au débouché de Caronte, aucune espèce macrobenthique[2] n’avait été récoltée dans des fonds supérieurs à 7 mètres, la dernière campagne réalisée en décembre 2006 à permis de montrer la présence d’un ver marin dans l’ensemble des sédiments profonds de l’étang. Si l’espèce récoltée, caractéristique de biotopes[3] très perturbés est particulièrement résistante, son installation traduit une meilleure oxygénation des eaux profondes compatible avec la vie des organismes macrobenthiques. Il est probable qu’à la reprise des rejets d’eaux douces dans l’étang, le processus de colonisation observé sera interrompu.

Qu'imaginez vous du développement de la faune des fonds de l'étang à la suite du lissage des rejets d'eau douce par le canal EDF (les contraintes réglementaires limitant l'apport total à 1.2 milliards de m3, avec un quota hebdomadaire de rejets et des contraintes en terme de salinité du milieu : > 20 pour 75% du temps, et >15 pour 90% du temps) ?

 

Le lissage des rejets d’eau douce aura certainement un impact très favorable sur le peuplement LEE de la bordure côtière entre 0 et 7 mètres de profondeur. En effet si les organismes sont par définition capables de vivre dans des gammes de salinité variables, ils supportent difficilement les variations brutales générées par les rejets erratiques de la centrale. Ces variations rapides se traduisent le plus souvent par une mortalité importante des organismes en place. Cependant, il n’est pas du tout certain que ce lissage puisse permettre une extension de la macrofaune dans l’ensemble des fonds  de l’étang. En effet, même si les rejets sont régulés, il est probable qu’en fonction des volumes d’eau douce déversés, la stratification[4] des masses d’eaux se maintiendra. Cette stratification limite l’oxygénation des eaux profondes et empêche toute colonisation permanente par le macrobenthos des sédiments meubles de la partie centrale de l’étang. Par ailleurs même si ce lissage est favorable à un peuplement lagunaire adapté à la dessalure, les limites inférieures de salinité exigées ne sont pas compatibles avec une installation significative d’espèces marines dans l’étang.



[1] Le peuplement lagunaire euryhalin et eurytherme regroupe des espèces qui supportent des variations de salinité et de température importantes, les espèces sont peu nombreuses mais très résistantes aux conditions du milieu.

[2] La macrofaune benthique correspond à l’ensemble des animaux vivant sur et dans les sédiments et ayant une taille supérieure à un millimètre.

[3] Biotope : espace caractérisé par des facteurs climatiques, géographiques, chimiques, physiques, morphologiques, géologiques…où vivent les biocénoses, association d’animaux et de végétaux qui vivent en équilibre dans un milieu donné. C’est la composante non vivante (abiotique) de l’écosystème.

[4] La stratification haline résulte d’une différence de salinité fortement marquée entre les eaux de surface et les eaux de fond