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Condamnation européenne

Bruxelles met la France en demeure de réhabiliter l'étang de Berre

Le Figaro - 23/12/05

Les rejets massifs d'eau douce d'une centrale EDF riveraine ont bouleversé le système écologique de la plus grande lagune européenne.

 

La Commission européenne vient de mettre la France en demeure. Elle exige que cesse la pollution de l'étang de Berre due aux rejets d'EDF en se mettant ainsi en conformité avec un arrêt de la Cour européenne de justice. Le 7 octobre 2004, la France avait été condamnée pour ne pas avoir pris les mesures pour "prévenir, réduire et combattre la pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", en violation de la convention de Barcelone sur la protection du milieu marin en Méditerranée.

Tout est parti d'un recours des pêcheurs qui se plaignaient de la disparition progressive de la faune et de la flore. Ils auraient cru que les complexes pétrochimiques installés sur ses rives en étaient les responsables. Or le problème est dû à l'eau douce rejetée par la centrale EDF de Saint-Chamas.

Depuis 40 ans, l'aménagement de la Durance et du Verdon par EDF, qui y a construit 19 centrales, engendre des écoulements massifs d'eau douce dans l'étang de Berre (2,1 milliards de mètres cubes par an), la plus grande lagune salée d'Europe. Avec des effets dramatiques : les poissons disparaissent, on ne peut plus s'adonner à la conchyliculture et les algues parasites prolifèrent...

Mesures complémentaires

Depuis la condamnation de la France par la Cour Européenne, EDF a commencé à réguler ses rejets d'eau pour éviter les à-coups, beaucoup plus néfastes que la baisse générale de la salinité. Mais elle ne les a pas réduits globalement. L'entreprise publique s'est en outre engagée à réduire de 40 % ses rejets de limon.

"La Commission estime que les mesures proposées par la France sont insuffisants pour permettre dans les délais les plus brefs une amélioration nette de l'état écologique de l'étang", explique Blandine Pellistrandi, qui dirige la représentation de la Commission européenne à Marseille. "Un des griefs de la Commission devrait disparaître puisque les nouvelles dispositions d'exploitation (le lissage des rejets de la centrale) vont faire l'objet d'une modification du cahier des charges imposé à EDF, commente-t-on au ministère de l'Ecologie où l'on souligne que des mesures complémentaires vont être étudiées même si "beaucoup a déjà été fait".

Ce n'est pas de l'avis de Serge Andréoni, président du Gipreb. "Nous avons toujours estimé que la réponse de la France ne réglait rien. La solution passe par la dérivation des rejets de la centrale de Saint-Chamas par un canal qui rejoindrait le Rhône." Une piste qui n'a pas été explorée tant son coût est élevé : plus d'un milliard d'euros. En attendant, la France a deux mois pour donner une réponse à la Commission. Faute de quoi, Bruxelles imposerait de lourdes pénalités.