Deux ministres à Bruxelles pour négocier le plan de sauvetage de l'étang de Berre
La Provence - 23/02/06
Nelly Olin (Ecologie) et François Loos ont rencontré, mardi, le commissaire européen chargé de l'écologie. Ils tentent de faire avaliser un nouveau plan garantissant la salinité du plan d'eau.
 La france a à peu près tenu les délais réglementaires. deux mois après avoir vu -c'était le 19 décembre- son plan de sauvetage de l'étang de Berre refusé par la commission européenne, le gouvernement a envoyé des émissaires à Bruxelles. Nelly Olin, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable et son homologue délégué à l'Industrie, François Loos, ont rencontré, le 21 février, le commissaire chargé de l'environnement, Stavros Dimas. Ce deuxième plan ne prévoit pas de nouvelles suppressions de limons : dans une interview à la Provence, François Loos explique qu'EDF pense pouvoir ne rejeter dans l'étang que 60 000 tonnes de limons par an. En revanche, il prévoit une nouvelle réduction des rejets d'eau douce dans cette étendue d'eau salée. C'est la quantité et la brutalité de ces rejets qui met à mal l'écosystème et la France a été condamnée pour cela par la cour européenne de justice. Reste que le ministre ne s'engage pas sur le volume de cette réduction. Il conteste l'indiscrétion recueillie par la Provence selon laquelle EDF proposerait de ne rejeter que 1,4 ou 1,5 milliard de m3 par an. Cette réduction doit sans doute faire l'objet d'âpres discussions entre les services français et européens.
Au-delà, François Loos reconnaît que la solution retenue par la France préconise des rejets en basse Durance à partir du canal de Mallemort. Une manière de pouvoir faire tourner les 17 usines hydroélectriques en amont en isolant celles de Salon et de Saint-Chamas, qui borde l'étang. Mais cette solution a aussi ses détracteurs en Provence et rien ne dit que si Bruxelles l'acceptait, les associations feraient de même.
François Loos privilégie les rejets d'eau douce dans la basse Durance
"Que vous a demandé le commissaire européen à l'environnement, Stavros Dimas ?
"Avec la ministre de l' Ecologie et du Développement Durable, Nelly Olin, nous voulions d'abord montrer la volonté politique de la France de respecter ses engagements internationaux et de garantir à l'étang de Berre la salinité nécessaire à l'écosystème. Le commissaire nous a demandé les moyens techniques et juridiques que nous comptions mettre en oeuvre."
Quels sont ces moyens techniques ?
"Grâce à une gestion fine par EDF, il est possible de réduire les rejets de limon à 60 000 tonnes -40 % de moins de ce qui était rejeté auparavant. Et en utilisant la dérivation de Mallemort, qui permet de rejeter de l'eau soit dans la Durance, soit dans le canal, il est possible de limiter aux quantités strictement nécessaires les rejets d'eau douce dans l'étang.
Quelles sont ces quantités nécessaires ? EDF s'est autolimitée depuis septembre à 2,1 milliards, mais des indiscrétions laissent à penser que vous avez proposé une limitation comprise entre 1,4 et 1,5 milliard ?
"J'ai entendu de telles rumeurs, inexactes, avant même que nous nous déplacions. Les chiffres sont actuellement en cours de discussion entre nos services et ceux de Bruxelles. Vous comprendrez que je ne puisse en dire plus. En outre, il faut veiller à ce que l'eau dirigée vers la basse vallée de la Durance n'y crée pas de dommage."
La piste d'un canal d'eau douce sous la Crau entre Saint-Chamas et le Rhône est abandonnée ?
"L'objectif de qualité des eaux de l'étang de Berre que l'on poursuit peut-être atteint par des moyens beaucoup moins coûteux."
Stavros Dimas vous a aussi demandé des garanties juridiques.
"En effet. Le commissaire nous a demandé si notre plan était uniquement valable pour les quatre prochaines années. Nous lui avons montré que la procédure lancée -avec l'enquête publique qui vient de s'achever- peut aboutir dans quelques semaines en cas d'accord avec la Commission à un décret en Conseil d'Etat. La quantité maximale de rejets deviendrait alors une obligation permanente pour EDF."
Vous êtes ressortis optimistes de cet entretien ?
"Oui, en poursuivant un compromis qui conciliera la sécurité d'approvisionnement énergétique de la Pac ; la production d'hydroélectricité qui permet de ne pas produire des milliers de tonnes de gaz à effet de serre et la protection des milieux aquatiques de l'étang, je pense que nous avons travaillé avec la commission européenne et surtout bien travaillé pour l'étang de Berre.