Durance : ces rejets d'eau qui inquiètent
La Provence - 07/03/06
Rediriger de l'eau douce dans la rivière pour sauver l'étang de Berre, est-ce sans risque ? Ce n'est pas l'avis du syndicat d'aménagement de la vallée de la Durance
 Sommé par Bruxelles de respecter les engagements environnementaux pris à Barcelone et Athènes, l'Etat va obliger EDF à réduire sensiblement ses rejets d'eau douce dans l'étang de Berre. Rien ne garantit que cette mesure suffise à réhabiliter le plus grand étang marin d'Europe mais la solution est, dans l'immédiat, la seule qui puisse éviter à la France de se voir infliger une très lourde amende. Le hic, c'est que la réduction des rejets suppose de diminuer le turbinage des centrales hydroélectriques de Salon et de Saint-Chamas et donc, mécaniquement, de rediriger d'importantes masses d'eau vers la Durance, à hauteur de Mallemort. Une perspective qui est loin de faire l'unanimité. Les mises en garde du Gipreb ne sont certes pas exemptes d'arrière-pensées. Le groupement a justement été créé pour étudier une solution alternative, la très coûteuse dérivation vers le Rhône. Mais le syndicat mixte d'aménagement de la vallée de la Durance émet également les plus grandes réserves.
"Phénomènes inquiétants"
Le SMAVD se base sur les observations réalisées depuis 1994 à la suite du plafonnement à 2,1 milliards de m3 le volume moyen annuel d'eau douce rejeté dans l'étang de Berre. "après un peu plus de 10 ans de ce nouveau régime, plusieurs phénomènes inquiétants se sont faits jour sur la Basse Durance", peut-on lire dans la contribution du syndicat à la récente enquête publique sur le projet d'avenant à la concession de Salon-Saint-Chamas. Entre Mallemort et Cavaillon, ce nouveau régime a provoqué un abaissement du lit de la rivière, les restitutions se faisant sans apport de galets. Conséquences sur le moyen et le long terme : l'érosion des berges, la fragilisation des ouvrages d'art et la "baisse de la nappe d'accompagnement de la Durance dont on connaît l'importance pour l'alimentation en eau potable de centaines de milliers d'habitants de la région" précise le syndicat. Plus loin, entre Bonpas et le Rhône, c'est un phénomène inverse qu'on observe. "La rivière y est moins pentue et on constate un enlimonement du lit, assure Henri Pignoly, directeur du SMAVD. Entre Avignon et Châteaurenard, il y avait en 1994 des souilles d'extraction de 12 mètres qui sont aujourd'hui proches du comblement ! en plusieurs points, les dépôts sont affleurants et commencent à se végétaliser. En l'état, un exhaussement (élévation) du lit de l'ordre de deux mètres est à peu près certain. Et, en fonction des décisions qui seront prises, les perspectives d'évolution sont assez alarmantes." En cas de crues exceptionnelles, les risques d'inondations seraient en effet, dans cette hypothèse, plus important en Basse Durance. Et le syndicat de rappeler que la mission interministérielle sur la Durance a souligné, dans le rapport Balland, remis en août 2002, les dangers des phénomènes d'ores et déjà observables.