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Questions à Philippe
Picon,
chargé de mission scientifique
au GIPREB
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Si la variabilité de la salinité est une caractéristique des lagunes
méditerranéennes, pourquoi cela pose-t-il problème pour l’étang
de Berre ?
« La variabilité des paramètres physico-chimiques est constitutive d’une
lagune méditerranéenne. La variabilité naturelle de la salinité est
étroitement liée à la morphologie de la lagune et de son bassin versant.
En effet, la salinité sera d’autant plus variable que la lagune sera peu
profonde et alimentée en eau douce par un bassin versant de grande
superficie. Dans ce cas là, les biocénoses sont adaptées aux conditions
difficiles liées à la variabilité du milieu.
Dans l’étang de Berre, doté d’une profondeur et d’une superficie
importantes, la salinité devrait varier relativement lentement, dans une
gamme étroite, permettant l’installation de biocénoses caractérisées par
une richesse spécifique élevée et composée d’espèces à forte valeur «
patrimoniale » (herbiers de zostères, moules, huîtres plates, loups,
daurades…).
Nous constatons aujourd’hui une situation radicalement opposée consécutive
des variations erratiques de la salinité, avec peu d’espèces,
caractéristiques d’un milieu fortement perturbé. Ces variations extrêmes
actuelles ne sont en rien comparables aux variations naturelles ».
Une lagune profonde est-elle forcément eutrophe ou est-ce une
spécificité de l’étang de Berre ?
« Les lagunes méditerranéennes ont une concentration naturellement élevée
en sels nutritifs comparativement à la mer méditerranée, qualifiée d’oligotrophe.
Néanmoins, en comparant l’étang de Berre aux autres lagunes
méditerranéennes françaises, (via les grilles de qualité du Réseau de
Suivi Lagunaire de l’Agence de l’Eau), on s’aperçoit que l’étang de Berre
est constamment situé à un fort niveau d’eutrophisation. A titre
d’exemple, cette grille de qualité considère une lagune comme étant de
très mauvaise qualité si le paramètre chl-a (chlorophylle a) dépasse 30 µ
g/l. L’étang de Berre quant à lui peut dépasser les 100 µ g/l ».
Qu’entend-t-on par richesse spécifique ?
« Elle correspond au nombre d’espèces présentes dans un milieu donné. La
richesse spécifique permet de caractériser l’état de santé global d’un
milieu. Ainsi, plus le nombre d’espèces présentes est élevé, plus le
fonctionnement du milieu est considéré comme équilibré. Concernant la
macrofaune benthique, on admet les valeurs suivantes :
- Nombre d’espèces / 0,1 m² < 7 = Richesse spécifique faible.
Le milieu est considéré comme très perturbé
- Nombre d’espèces / 0,1 m² > 7 et < 17 = Richesse spécifique moyenne
Le milieu est considéré comme instable
- Nombre d’espèces / 0,1 m² > 17 et < 42 = Richesse spécifique élevée.
Le milieu est considéré comme stable et marinisé.
Rappelons que l’étang de Berre est constitué d’une zone centrale azoïque
(sans vie), et que la richesse spécifique des bordures ne dépasse jamais 7
».
Si on compare l’étang de Berre à l’étang de Thau, on est surpris par
les écarts de densité et de richesse spécifique. Comment cela s’explique
t-il ?
« L’instabilité hydrologique permanente de l’étang de Berre fait que
seules les espèces les plus résistantes ou les plus opportunistes peuvent
survivre dans le milieu. L’écosystème de l’étang de Thau quant à lui en
équilibre, permet l’installation durable d’un grand nombre d’espèces. »
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