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Les trésors cachés de l’étang de Berre : Grande nacre, hippocampe…

Il y a dans l'étang de Berre, près de Martigues, un petit jardin sous-marin où les amateurs de photographies sous-marines trouveront matière : des espèces protégées de Méditerranée comme la Grande Nacre ou encore l’emblématique Hippocampe... Dans le cadre d’un inventaire photographique de la faune de l’étang de Berre, les chargés de mission scientifique du GIPREB ont plongé sur les quelques hectares où ces espèces peuvent vivre, là où la mer entre dans l’étang.

Le chenal artificiel, créé pour permettre aux pétroliers de rejoindre le port de la Mède, cache au fond de l’eau des trésors cachés : oursins, grandes nacres, hippocampes, crevettes, crabes, anémones, ... C’est grâce à l'influence de l’eau marine, que l'on retrouve ici une biodiversité aussi riche.

Recensés de longue date dans le canal de Caronte, ces espèces témoignent que l'eau de mer, pauvre en nutriments et bien oxygénée, est une alliée puissante pour la biodiversité des lagunes. Le potentiel de recolonisation de l’étang de Berre est bien présent, les sources de larves existent et le potentiel de dissémination est bien réel car les courants sont souvent très forts dans ce secteur.

 

Pourtant, dès lors que l’on s’éloigne de cette zone profonde, que l'on quitte ce jardin secret pour plonger plus loin, là où l'influence de la mer se fait plus discrète, c’est un spectacle d’une toute autre nature qui s’offre aux plongeurs : les crabes sont morts, les oursins sont plus petits puis se raréfient, l’absence de vie devient oppressante…

Ce qui ressort de ces observations, c'est que dans l'étang de Berre, il manque un pan de l’écosystème où les espèces marines côtoieraient les espèces lagunaires. Ici, plus qu'une sélection par le sel, c'est une sélection par l'oxygène qui se met en place. Dans les grands fonds de l'étang (entre -6m et -9,50 m), hors cette zone sous perfusion, les anoxies (absence d'oxygène) sont fréquentes et interdisent le développement de la faune benthique. Qui pourrait vivre en effet dans un monde où l’oxygène vient à manquer de façon régulière ne serait-ce que cinq minutes ?

C'est ce qu'avait pointé du doigt l'Union européenne avant de contraindre la France à réduire les rejets EDF. Aujourd'hui, force est de constater que si les zones côtières profitent d'une salinité plus stable et d'une meilleure transparence de l'eau, le problème de l'anoxie reste bien d'actualité.

Monsieur Hulot, ministre de l’Ecologie, aurait tout intérêt à enfiler une combinaison de plongée, pour comprendre la problématique de l’étang de Berre, lui qui dit à l’Assemblée nationale que l’étang est un étang d’eau douce… Nul doute qu’il apprécierait filmer des grandes nacres et des hippocampes malicieux…


Anoxie ou absence d’oxygène : la problématique de l’étang

Sans oxygène, pas de vie ! Cette molécule est indispensable à la vie aquatique, celle par laquelle les animaux vivants respirent…  C’est ce qui explique l’absence d’espèces vivantes dans une grande partie des fonds de l’étang. Seule la bordure côtière abrite la vie… Car certaines situations vont entrainer la diminution des concentrations en oxygène dissous dans l'eau et impacter les organismes aquatiques qui y vivent. 

Le manque d’oxygène va constituer un stress pour les organismes et notamment, par exemple, pour tous les poissons, qui vont s’enfuir vers la Méditerranée. Par contre, les autres organismes qui sont moins mobiles (crabes, moules, …) vont subir ce stress et vont modifier leur comportement, leur cycle reproductif, leur cycle de croissance.  Cela va impacter leur développement. Ce stress peut aller jusqu’à leur mort dans les situations où l’oxygène disparait complètement. On parle alors d’anoxie et l’ensemble des organismes qui ne peuvent pas fuir, meurent.

Dans l’étang de Berre, les apports en nutriments (Azote, phosphore) sont importants et agissent comme des engrais pour le phytoplancton présent. Celui-ci va se développer de manière excessive provoquant ce que l’on nomme un « bloom ». Ce phytoplancton a un cycle de vie très court et sa dégradation au fond de l’étang va induire une sur-consommation d’oxygène. Tant que l’oxygène peut diffuser depuis la surface, cette surconsommation va se limiter à provoquer une baisse d’oxygène dans les zones profondes. Cependant, les rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas apportent de grandes quantités d’eau douce qui se confrontent aux entrées d’eaux marine du canal de Caronte. Il se forme alors une halocline, c’est à dire une stratification entre une couche d’eau de surface plus douce, et une couche de fond plus salée. Ces deux couches ne se mélangent pas, et cette halocline forme alors une barrière empêchant la diffusion de l’oxygène depuis la surface. Les organismes vivant au fond et les bactéries ne sont plus alimentés par les échanges avec la surface, ce qui va entraîner alors une anoxie, c’est-à-dire l’absence d’oxygène au fond avec toutes les conséquences que cela représente, mortalité des organismes, production d’hydrogène sulfuré, accumulation de matières organiques.

Eutrophisation, stratification, voilà les causes des perturbations de l’écosystème de l’étang de Berre. Les chargés de mission du Gipreb travaillent de concert avec les chercheurs dans le cadre d’un programme intitulé « Prédhypo ».

 

Gros plan sur la grande nacre (source Doris)

C'est le plus grand mollusque bivalve de Méditerranée (et l'un des plus grands du monde avec les bénitiers tropicaux) : il peut dépasser 1 mètre. De forme triangulaire avec une extrémité pointue enfouie dans le sédiment et une extrémité postérieure arrondie, la grande nacre (Pinna nobilis) est une espèce protégée de Méditerranée. Les nacres sont implantées dans le sédiment et inclinées vers le courant. Elles filtrent leur nourriture : particules vivantes  ou mortes.

Longtemps exploitée par les romains qui tissaient des vêtements à l'aide de son byssus et fabriquaient des boutons avec sa nacre (en Calabre, en Sicile et à l'île de Malte), elle est aujourd'hui menacée par la régression des herbiers de phanérogames marines, par les ancres des bateaux qui brisent sa coquille et par les plongeurs amateurs de souvenirs.  

UNE ESPECE PROTEGEE 

Pinna nobilis est sur la liste des invertébrés dont "la destruction, la capture ou l'enlèvement, la naturalisation ou, qu'ils soient vivants ou morts, le transport, le colportage, la mise en vente, la vente ou l'achat" sont interdits (arrêté du 26 novembre 1992). Elle est également citée dans la législation communautaire (annexe IV de la directive habitat 92/43/CEE concernant la conservation des habitats naturels ainsi que la flore et la faune sauvage). Elle figure enfin dans l'annexe II de la convention de Barcelone (1995) qui liste les espèces Méditerranéennes en danger ou menacées.

 

Gros plan sur l’hippocampe (source Doris)

Ce poisson étrange dont la tête rappelle celle d'un cheval, peut atteindre une longueur maximale de 12 à 15 cm. La taille d'un individu est strictement proportionnelle à son âge, qui peut atteindre 4 à 5 ans.

Sa queue préhensile de section carrée permet à l'hippocampe de s'accrocher au substrat ou à enlacer sa partenaire au moment de la copulation.

Sa coloration est variable, avec possibilité de mimétisme par rapport au milieu environnant. On peut voir des hippocampes presque noirs, ou verts, ou à marbrures brun rougeâtre sur des éponges ou à taches blanches et brun très foncé sur le sable. Le mâle se reconnaît à la poche incubatrice, flasque ou rebondie selon les phases de reproduction, alors que la femelle garde la taille fine en toutes saisons, et le corps normalement annelé. En phase de pré-ponte, la femelle a un abdomen rebondi, mais elle est encore plus facile à reconnaître car la « cassure » entre abdomen et queue est bien visible, là ou la poche du mâle, même rabougrie, introduit une continuité.

L'hippocampe a une bouche minuscule, il se nourrit de zooplancton, des petits crustacés,   des œufs de poisson et petits crustacés benthiques se déplaçant sur le fond. On le voit souvent allongé, la bouche au ras du sable en train de chercher ses proies invisibles. Il les approche lentement et profite de sa mâchoire au bout de son tube allongé et pour effectuer un mouvement d'aspiration. Il ne se nourrit que de proies vivantes. 

UNE ESPECE PROTEGEE

Cette espèce est protégée ou soumise à réglementation :
- au niveau communautaire : application de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) (Convention de Washington) au sein de l'Union européenne : Annexe B.
- au niveau international : Protocole relatif aux aires spécialement protégées et à la diversité biologique en Méditerranée (Convention de Barcelone) : Annexe II.