Retour à l'accueil
  • A la une

17,9 hectares de zostères en 2017, loin des 1500 hectares attendus par l’Europe

En 2017, le Gipreb a réalisé une mise à jour de la cartographie des herbiers de zostères à l’échelle de tout l’étang de Berre. Les zostères sont des plantes marines qui jouent un rôle majeur dans les écosystèmes lagunaires. Elles font partie des espèces de référence, au titre de la Directive Cadre sur l’Eau, pour lesquelles un taux de recouvrement de 50 % est nécessaire pour atteindre le bon état écologique. En se basant sur des photographies satellite et aériennes ainsi que des campagnes de vérité-terrain, la surface couverte par les herbiers a été estimée à 17,9 ha, ce qui représente 1,2 % de l’objectif de recolonisation de la DCE.

 

La cartographie de 2017 a permis de mettre en évidence une progression des herbiers de zostères naines dans l’étang de Berre. Ils colonisent maintenant 17,9 ha contre 4.4 ha en 2014. Cette progression s’est faite majoritairement à partir des herbiers existants (Pointe de Berre, Arc, bassin de délimonage et étang de Vaïne) par coalescence des tâches existantes, colonisation latérale mais aussi développement en profondeur. Les herbiers descendent jusqu’à 2 m de profondeur et certaines petites taches peuvent être observées plus en profondeur.

Par regroupement de taches, un herbier s'est constitué sur la bordure littorale est (Bouquet) ; d'autres nouvelles taches ont également fait leur apparition sur cette même bordure littorale et dans une moindre mesure sur la côte ouest (Ranquet, Figuerolles). Il sera intéressant de suivre le devenir de ces taches pour voir si elles pourront constituer des herbiers dans le futur. En effet, les taches de zostères sont fragiles, peuvent apparaître et disparaitre d'une année sur l'autre et ne jouent pas un rôle écologique majeur à la différence des herbiers. Ponctuellement des taches (quelques m²) de Zostera marina ont également été observées au cours des différentes prospections de terrain. Cette espèce qui était considérée comme disparue de l'étang de Berre semblerait avoir bénéficié de l'expérience de transplantation réalisée par le Gipreb en 2010. Ce qui n'a pas été le cas pour la zostère naine.

Malgré cette progression, les surfaces couvertes restent faibles par rapport aux objectifs du Conseil scientifique du Gipreb à savoir un herbier continu de 0 à 3 m de fond à l’exception de la partie sud (Jaï) soit un recouvrement de 1 980 ha. La surface actuelle (17,9 ha) ne représente que 0,9 % de cet objectif. Il est important aussi de rappeler qu’historiquement, avant 1966 (mise en place de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas) les herbiers recouvraient une surface totale de 6 000 ha.

Vis-à-vis des objectifs de la Directive Cadre sur l’Eau, à savoir un recouvrement de 50 % des surfaces potentiellement colonisables par des espèces de référence (1 500 ha), les zostères restent le principal élément déclassant sur lequel, il apparaît difficile de recouvrer un bon état écologique à l'horizon de l'échéance 2027.

Cartographie des herbiers de zostères: principaux herbiers en 2017

 

Cartographie des herbiers de zostères: objectifs et etats des lieux en 2017

 

COMMENT SONT CARTOGRAPHIEES LES ZOSTERES

La cartographie des herbiers de zostères s’effectue à partir de photographies satellites, de photographies aériennes haute résolution et de vérités terrains.

Les photographies aériennes et satellites ont été réalisées en juin 2017. Il s’agit de la période optimale, car les herbiers sont bien développés, peu recouverts par les épiphytes et la clarté de l’eau permet d’obtenir une bonne visibilité. Les photographies sont ortho-rectifiées pour représenter parfaitement une surface plane et sont géo-référencées, ce qui signifie positionnées précisément dans l’espace au moyen de points GPS au sol. Les photographies sont ensuite traitées dans un système d’information géographique (SIG), logiciel informatique qui permet de réaliser des cartographies. Les photographies sont analysées, et la surface de chaque herbier ou tache est précisément calculée.

Parallèlement, un travail de terrain est indispensable pour valider ou infirmer la présence de taches et enlever les doutes d’interprétation. En effet, en photographie aérienne, la couleur des herbiers peut se confondre avec des roches, des moulières. Il est aussi parfois difficile de reconnaître des herbiers recouverts d’algues comme les ulves ou les cladophores. Ce travail de terrain est primordial pour obtenir une cartographie au plus proche de la réalité. Pour cela, un GPS haute-précision (moins de 1 m) est utilisé pour cartographier les taches sur le terrain.

C’est le recoupement des trois sources d’information : photographies satellites, photographies aériennes et vérités terrain qui permet d’établir une cartographie précise des herbiers de zostères de l’étang de Berre.

Exemple de cartographie  de taches de zostères à Figuerolles (taches à distinguer avec des moulières, la roche ou des algues)

Cartographie des herbiers de zostères: exemple de Figuerolles 

 

QUAND LE GIPREB DEVELOPPE DES TECHNOLOGIES DE POINTE

Au cours de cette campagne 2017, dans le cadre d’un appel à projet de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, une nouvelle approche de cartographie a été réalisée utilisant l’imagerie hyperspectrale. Une photographie classique comporte pour chaque pixel, des informations pour trois bandes spectrales (rouge, vert, bleu). Une image hyperspectrale contient beaucoup plus d'informations pour chaque pixel car l'acquisition porte sur un très grand nombre de bandes spectrales (jusqu'à 160 dans le cadre de notre étude). Actuellement, la société partenaire du Gipreb pour ce projet (Hytech-imaging) développe des algorithmes de comparaison de spectre et les premiers résultats sur les herbiers de zostères seront disponibles début 2018.

La cartographie hyperspectrale est d’ailleurs à l’étude pour devenir dans le futur la méthodologie officielle pour estimer le recouvrement par les espèces de référence dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (projet en cours d’IFREMER).

Les herbiers de zostères : indicateurs du bon état écologique

Ce sont des plantes et non des algues : elles disposent d’un système racinaire développé, font des fleurs et des graines. On dit que les zostères sont des « ingénieurs d’écosystème », c’est-à-dire que la présence d’un herbier de zostère crée un écosystème à forte valeur ajoutée. En effet, les bénéfices écologiques des herbiers de zostères sont multiples : leurs racines limitent la remise en suspension des sédiments, leur forte production photosynthétique permet la production d’oxygène dans l’eau, leurs feuilles abritent une large biodiversité d’épiphytes (organismes vivants sur les feuilles) et surtout ces herbiers sont des lieux de reproduction, de nurseries et d’abri pour de nombreuses espèces aquatiques, de poissons notamment. Les herbiers constituent ainsi des « hot-spots » de biodiversité. A l’échelle d’une lagune leur présence est donc primordiale pour un fonctionnement équilibré. Leur présence dans un milieu témoigne d’une bonne qualité écologique (faible niveau d’eutrophisation).

Zoom sur les zostères : Dans l’étang de Berre, on trouve deux espèces de zostères : la zostère naine (Zostera noltei) et la zostère marine (Zostera marina). La zostère naine possède des feuilles fines (1 mm de largeur), de 60 à 80 cm de haut et peut supporter des dessalures plus importantes. La zostère marine supporte moins les eaux douces, possèdent des feuilles plus larges et plus hautes. Les deux espèces se reproduisent de manière sexuée (production de fleurs et graines) mais la principale voie de développement est la reproduction asexuée par bouturage.