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Etat écologique de l'étang de Berre 2017

L’action du syndicat mixte GIPREB s’inscrit dans une démarche de réhabilitation environnementale du milieu aquatique de l’étang de Berre, dans une perspective à terme de retour à un écosystème équilibré de lagune méditerranéenne profonde. Le GIPREB a pour objet, entre autre, de suivre l’évolution de l’étang au travers de l’Observatoire du milieu. Le présent rapport décrit les résultats du suivi du milieu 2017 tout en les replaçant dans une trajectoire historique.

 

1.1      Conclusion sur l’état du milieu en 2017

L’année 2017 s’inscrit dans la continuité des années 2015 et 2016 avec une pluviométrie plus faible que la moyenne des 10 dernières années.

Dans ce contexte, les différents paramètres physico-chimiques de la colonne d’eau confirment une tendance à la diminution de l’eutrophisation en ce qui concerne le phytoplancton (chlorophylle-a) et les nutriments. Si on se réfère à la DCE ou au suivi RSL, les valeurs de ces paramètres correspondent à des masses d’eau en bon ou très bon état écologique. La concentration en matière en suspension est stabilisée depuis environ 2012, et 2017 est l’année où la clarté de l’eau est la plus importante.

A propos de la problématique de l’oxygène, même si les épisodes d’hypoxie voire d’anoxie sont plus courts et moins fréquents qu’auparavant, ils limitent toujours l’installation de peuplements pérennes et diversifiés de macrofaune benthique dans les zones les plus profondes de l’étang (supérieures 7 m) qui représentent 48 % de la surface totale. En bordure côtière, les peuplements sont moins contraints par l’oxygène et sont plus diversifiés notamment dans les zones les plus sous influence des eaux marines. Sur la bordure la plus littorale (<3 m) de fond, le développement des palourdes (Ruditapes philippinarum) se poursuit. Les moulières sont également en progression.

Concernant le compartiment macrophyte, on observe une progression marquée des magnoliophytes, en particulier la zostère naine. La cartographie réalisée en 2017 montre une surface couverte par les herbiers de zostère de 18 Ha, en forte augmentation depuis 2014 (4,4 Ha). Cependant, cette surface ramenée aux objectifs de bon Etat tel que défini par la DCE restent très faible (1 % de l’objectif). En parallèle, la structure du peuplement de macrophytes s’améliore : le compartiment végétal est en augmentation dans l’étang à la fois en abondance et en diversité taxonomique. En complément, les espèces présentes sont le signe clair d’une salinité plus élevée de l’étang.

Face à des apports par les rejets EDF qui sont maintenant stabilisés depuis plusieurs années (en apports totaux et variation annuelle), il semble apparaître à présent que la variabilité interannuelle de l’écosystème de l’étang de Berre est directement modulée par la variabilité climatique.

1.2      Trajectoire écologique

Le diagramme de Schramm (Schramm, 1999, [5]) est une représentation schématique des changements relatifs des producteurs primaires (phytoplancton, macrophytes) et des paramètres physico-chimiques dans un gradient d’eutrophisation. C’est un diagramme adapté aux lagunes polyhalines (Le Fur, 2018, [6]).

Figure 53 : Diagramme de Schramm (1999), modifié par T.Laugier : état de l’étang de Berre avant 2000, avant 2005, et en 2017. « Espèces climax » correspondent à des espèces de référence comme les zostères, et « macroalgues opportunistes » correspondent à des algues du type ulves.

 

La Figure 53 présente ce diagramme en y plaçant la situation de l’étang de Berre avant 2000, entre 2000 et 2005, et la situation potentielle en 2017. Dans cette trajectoire écologique, la situation en 2017 est ainsi caractérisée par :

  • une diminution de la concentration en nutriments et en phytoplancton,
  • le démarrage du développement des herbiers de zostères sur la bordure côtière,
  • une augmentation de la clarté de l’eau,
  • la présence régulière d’épisodes d’anoxie en particulier au centre de l’étang, et une richesse spécifique faible de la macrofaune benthique,
  • la présence persistante des algues opportunistes nitrophiles telles que les ulves, les cladophores ou les entéromorphes,
  • Des variations interannuelles de l’écosystème qui sont à présent modulées par les variations climatiques.

Cependant, et comme le note Le Fur (2018, [6]), la notion de trajectoire écologique est complexe: les changements observés au cours d’un processus d’eutrophisation (ou d’oligotrophisation) ne sont pas linéaires et peuvent être soumis à l’hystérésis. De plus, il est très fréquent d’observer des retards dans les réponses des écosystèmes suite à une diminution des apports externes (notion de résilience). En complément, Le Fur (2018) note que l’hystérésis peut également conduire à des restaurations seulement partielles d’un écosystème, suggérant ainsi que des efforts complémentaires de restauration active sont à mener (poursuite de la diminution des apports, ingénierie écologique, réhabilitation).

 

L’état de l’écosystème de l’étang de Berre en 2017 suggère une tendance à l’amélioration, mais il reste encore dans un état eutrophe et instable : dans quelle direction l’écosystème évoluera-t-il dans l’état actuel des apports ? Cette question reste encore ouverte, et vous en apprendrez plus en lisant notre prochain numéro, parution prévue en 2019 !

1.3      Etudes à venir

En 2018, l’observatoire du milieu se poursuit et va se compléter sur certains compartiments. En effet, afin de compléter les critères DCE, il apparait particulièrement important de s’intéresser aux fonctions et services écosystémique d’un écosystème.

Au niveau ichtyologique, l’étude sur les pêcheries va se terminer fin 2018 et une étude sur les juvéniles de poissons (JUVABERRE) va débuter. Cette étude vise à étudier la fonctionnalité écosystémique de nurseries de l’étang de Berre et de l’étang de Bolmon, et de proposer si besoin une stratégie opérationnelle de renforcement ou protection de cette fonctionnalité (via de la restauration écologique par exemple).

Une thèse de doctorat va également débuter en 2018 avec pour objectif de réaliser un modèle de gestion de la palourde japonaise dans un but de gestion durable de la ressource. Cette thèse étudiera notamment la biologie de la palourde dans l’étang de Berre (reproduction, croissance, mortalité) ainsi que les liens entre pression de pêche et disponibilité de la ressource.

Enfin, vu le rôle prépondérant des apports en nutriments sur les évolutions de écosystème de l’étang de Berre, une mise à jour du bilan des apports (datant de 2005-2006) sera lancée. Ce bilan devra notamment prendre en compte les apports des tributaires naturels (Arc, Touloubre, Cadière et Durançole) y compris en période de crues, les apports de la centrale hydro-électrique et devra aussi distinguer les différentes formes de ces éléments eutrophisants (formes particulaire, dissoute etc.) pour préciser leur rôle dans l'eutrophisation de l'étang. A la demande de l’Agence de l’Eau, ce bilan devrait également être accompagné d’une étude sur la notion de « flux admissibles » (flux de nutriments permettant de maintenir un bon état 

> Documentation téléchargeable :