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Etat écologique de l'étang de Berre 2011

La surveillance des communautés aquatiques de l'écosystème est une des missions fondatrices du Gipreb au travers de l'Observatoire du milieu. Il s'agit de témoigner de l'état de vitalité de l'écosystème et mieux comprendre sa dynamique ; de fournir un outil d'aide à la décision permettant d'orienter les actions de gestion en fonction de la réponse des milieux ; d'informer sur l'évolution du système.

 

Le suivi écologique porte sur des :

-  indicateurs physiques : salinité, température, oxygène dissous, pH-redox, turbidité,

-  indicateurs chimiques et biologiques : teneurs en sels nutritifs, populations phytoplantoniques, algues et phanérogames, macrofaune benthique, moules, poissons,

-  indicateurs de la qualité bactériologique des eaux (pour la pratique des usages nautiques)

-  indicateurs de la contamination dans les sédiments

Il répond aux quatre grandes problématiques que sont le contrôle des apports par les bassins versants, le contrôle de l'eutrophisation, la contamination et le niveau de réponse des biocénoses et habitats, la pratique des usages.

 

Description de la qualité du milieu


Les apports

Comme pour tout milieu lagunaire, l’écosystème de l’étang de Berre est largement conditionné par la nature et la quantité des apports en provenance de son bassin versant : eau douce, limons, nutriments, contaminants. Les apports d’eau douce proviennent à la fois des eaux de pluies qui arrivent jusqu’à l’étang via le bassin versant et ses tributaires mais aussi des apports de la Durance via le canal usinier EDF.

La Provence est l’une des régions les plus sèches de France avec des cumuls annuels de précipitations de moins 600 mm sur toute la basse Provence et moins de 500 mm autour de l’étang de Berre. La caractéristique du régime de précipitations méditerranéen est son extrême irrégularité : à une longue période de sécheresse estivale succède généralement un automne très arrosé. Souvent les précipitations automnales (de septembre à novembre) contribuent, en 3 mois, à plus du tiers des cumuls annuels. Ainsi, après trois années marquées par une hydrologie élevée (2008 à 2010 avec des cumuls annuels de précipitations compris entre 608 et 818 mm), l'année 2011 présente des conditions hydrométéorologiques plutôt sèches proches de la tendance observée de 2002 à 2007. Les 505 mm de précipitations annuelles cumulées en 2011, rapportées à la surface de l’étang, équivalent à des apports en eau douce de 78 millions de m3, respectivement 1,6 et 1,2 fois inférieurs aux apports de 2009 et 2010.

Entre 2010 et 2011, les tributaires naturels Arc, Touloubre, Cadière, ont également vu leurs apports en eau diminuer : en 2011, les trois rivières ont apporté un total de 207 millions de m3 d’eau (contre 238 en 2010), dont 93 pour l’Arc et la Touloubre et 21 pour la Cadière. Après avoir culminé à près de 7 milliards de m3 par an en 1977, les apports en eau de la Durance dans l'étang de Berre, par le canal usinier de la centrale hydro-électrique de Saint-Chamas, ont été régulés par voie réglementaire, en 1993 puis en 2005. Depuis 2005, les apports en eau douce oscillent entre 662 et 1139 millions de m3 et sont de 920 millions de m3 pour l'année 2011.

Les apports solides (matières particulaires) par les tributaires naturels dépendent de l’hydraulicité et sont donc très variables d’une année à l’autre. Ils varient de 2 000 à 80 000 tonnes par an, sans toutefois prendre en compte les épisodes de crues. Ces dernières peuvent contribuer jusqu’à 99 % des flux de matières en suspension. Comme pour les apports en eau, les apports en limons par le canal usinier de Saint-Chamas ont été limités. En 2011, les apports solides (42 481 tonnes) sont du même ordre  que ceux de 2004 à 2009 avec cependant deux pics pour les années 2008 et 2010 (respectivement 74 674 et 62 536 tonnes).

Les apports en sels nutritifs, azote, phosphore suivent globalement les tendances des apports d’eau douce et de matière en suspension par les tributaires. Ainsi, de l'année 2010 à 2011, les apports en azote total et en phosphore total par les tributaires naturels (Arc, Touloubre, Cadière) sont respectivement passés de 988 tonnes à 680 tonnes d'azote et de 31 à 29 tonnes de phosphore.

Les nitrates apportés à l’étang de Berre par le canal usinier de Saint-Chamas représentent environ 50 % des apports totaux en nitrate et 15 % des apports en phosphore total. Les apports à l’étang concernent également les apports atmosphériques, les eaux de ruissellement les apports industriels et stations d’épuration selon la répartition suivante (estimation réalisée pour l’année
2008) :

  STEP Industries Canal EDF Arc Touloubre Cadière Atmosphère Ruissellement total (t en 2008)

Azote total

(tonnes/an)

57 96 1 085 652 211 100 77 100 2 278

Phosphore total

(tonnes/an)

 

6 9 30 69 28 3 2 60 203


Enfin, les apports diffus en nitrates par la nappe fluviatile de l’Arc ont été estimés à 40t de N-NO3 en 2001.

 

Qualite de l'eau et eutrophisation

La répartition spatiale et temporelle de la salinité dans l’étang de Berre permet de distinguer deux grandes masses d’eau. Depuis 2005 et la mise en place des nouvelles modalités de rejets d’eau douce de la centrale EDF, cette structure s’est maintenue.

 C’est toujours le cas pour 2011 : la couche 1 à 5 m de profondeur est très homogène au cours de l’année avec une salinité comprise entre 14,8 et 29 g/l au cours de l’année, selon la saison et les apports en eau douce. Au-delà de 6 m de profondeur la stratification haline isole la couche de fond plus salée (salinité de 35 au maximum en profondeur) réduisant ainsi les échanges diffus, ce qui contribue au maintien de conditions hypoxiques, voire anoxiques, quasiment permanentes à partir de 7 m de profondeur.

La notion d’eutrophisation se réfère à un « enrichissement » des milieux aquatiques en sels nutritifs, essentiellement le phosphore et l'azote. Les conséquences en sont diverses : développement excessif de phytoplancton et de macrophytes nitrophiles, poussées d’espèces de phytoplancton potentiellement toxiques, hypoxie ou anoxie du milieu
mortelles pour la faune, augmentation de la turbidité de l’eau et diminution de la lumière
disponible pour les végétaux benthiques. L'étang de Berre constitue ainsi un milieu
globalement eutrophe, avec de fréquentes effloraisons algales (phytoplanctons et
macroalgues) et des phénomènes d’appauvrissement en oxygène de ses eaux.

L’azote minéral composé des nitrate, nitrite et ammonium, en concentrations importantes, constitue le stock de nutriments susceptible d’être assimilé par le phytoplancton. L'année 2011 se distingue des deux années précédentes par un automne particulièrement doux combiné à une augmentation des apports en nutriments en octobre-novembre 2011 résultant des crues des tributaires naturels et de turbinages plus importants de l’usine hydro-électrique EDF.

La variabilité saisonnière reste importante, les plus fortes valeurs en nitrate sont relevées en hiver (jusqu’à 15.6 μmol/l en surface) à la suite d’apports accrus par les tributaires et d’une consommation faible. Les concentrations en ammonium, élément issu de la dégradation biologique, comme les teneurs en chlorophylle-a, sont plus élevées en période chaude (notamment en août 2011). Les concentrations élevées en phosphate témoignent du caractère anoxique des eaux de fond (0.9 μmol/l en août). En effet, la diffusion dans l'eau du phosphate stocké dans le sédiment est facilitée par les faibles niveaux d'oxygène dissous.

Malgré une diminution des concentrations en sels nutritifs dans l’étang amorcée au début des années 2000, l’étang de Berre est classé pour l'année 2011 dans un état « moyen » à « mauvais » en terme d’eutrophisation, sur la base des indices retenus par le Réseau de suivi lagunaire en Languedoc-Roussillon et par la DCE. Comme les années précédentes, les principaux paramètres déclassants sont la biomasse chlorophyllienne et les teneurs en oxygène dissous. La transparence de l’eau, directement conditionnée à la charge en matière particulaire (phytoplancton notamment) reste faible dans l’étang. La couche euphotique (où parvient seulement 1 % de la lumière incidente de surface) était atteinte à 7.5 m de profondeur en moyenne pour l’année 2011 avec un minimum de 3.9 m en novembre résultant de blooms phytoplanctoniques.

Suivi patrimonial de la qualité sanitaire des eaux : Bactériologie

Ce suivi initié depuis 2003 par le GIPREB à la demande des acteurs de l’étang de Berre, institutionnels, usagers professionnels et particuliers a vocation à renseigner les usagers du nautisme sur la qualité sanitaire des eaux en dehors des périodes et zones habituelles de baignade.

Les prélèvements sont réalisés par le GIPREB selon une fréquence mensuelle sur les 10 stations du suivi hydrologique et  les 11 stations correspondant aux mises à l’eau des bases nautiques, soit 252 analyses annuelles. Les analyses sont confiées par le GIPREB à un laboratoire agréé par le ministère de la Santé pour la mesure des deux paramètres réglementaires : l’abondance en bactéries Escherichia coli et Entérocoques.
La grande majorité des résultats obtenus au cours de l’année 2011 sont caractéristiques d’une qualité d’eau globalement « bonne » pour le plan d’eau et de « bonne à mauvaise » pour les mise à l’eau, au regard des seuils s’appliquant à la qualification de l’état sanitaire des eaux de baignade (sans application réglementaire pour la pratique du nautisme). En effet, certaines rampes de mise à l’eau ont été momentanément déclassées par de mauvais résultats, induits par des épisodes orageux et des eaux de ruissellement conduisant à des pollutions locales. La qualité sanitaire des eaux de l’étang est donc globalement satisfaisante et reste très majoritairement conforme vis-à-vis des activités nautiques.

Populations zooplanctoniques

Les fortes perturbations anthropiques exercées sur l’étang de Berre depuis des décennies ont conduit à l’établissement d’une communauté zooplanctonique pauvre et caractéristique d’un milieu perturbé, dominée par deux espèces dans les années 1980-90 (le rotifère Brachionus plicatilis et le copépode introduit Acartia tonsa). Les changements hydrologiques et biologiques, résultant de la diminution des rejets par le canal EDF depuis 2004-2005, ont permis une diversification des espèces zooplanctoniques avec notamment l’établissement d’espèces côtières (ex : le copépode Acartia clausi) et d’espèces allochtones (le copépode d’Atlantique Eurytemora affinis et celui de Mer Rouge Pseudodiaptomus cf. marinus).

La diversification des populations de zooplancton s’est aussi accompagnée par la présence de plus en plus importante d’organismes gélatineux zooplanctophages, notamment la méduse Aurelia aurita et le cténaire Mnemiopsis leidyi. Cette dernière, originaire de la côte Est des Etats-Unis et du Golfe du Mexique a été observée pour la première fois en 2005 dans l’étang de Berre, et demeure aujourd’hui l’espèce de gélatineux la plus abondante au cours de l’année. Du fait de leurs caractères euryhalins et de l’absence de seuil de satiété de M. leidyi, cette espèce présenterait un impact potentiellement fort sur le réseau trophique, entrainant une diminution importante de l’abondance en zooplancton et par effet cascade une hausse de celle du
phytoplancton. Aurelia aurita et Mnemiopsis leidyi font donc l’objet d’une étude plus approfondie afin d’appréhender leurs impacts sur l’état de santé écologique de l’écosystème.

Source : thèse de Floriane Delpy, soutenance prévue en 2012.

Macrophytes et phanérogames

Les peuplements de macrophytes de l’étang de Berre présentent des signes d’importantes perturbations. Les herbiers de magnoliophytes (phanérogames) ont fortement régressé, ils ne sont plus présents qu’à l’état de vestige et ne constituent plus de peuplement fonctionnel. Les Chlorobiontes nitrophiles, telles que les Ulves  proliférent, tandis que le développement des Rhodobionthes se limite à quelques espèces pionnières, globalement en constante augmentation depuis 2003. Cette situation perdure en 2011, sans que les herbiers ne montrent de réels signes de recolonisation malgré une observation ponctuelle de zostères sur un nouveau site.

31 stations littorales sont suivies en plongée sous-marine annuellement et un indice d’abondance est calculé pour chacune des espèces de macrophytes présentes. En ce qui concerne les phanérogames, l’espèce Ruppia cirrhosa est observée de façon ponctuelle sur une station, Potamogeton pectinatus n’est plus présent et Zostera noltii est observée sur 3 stations (delta de l’Arc, pointe de Berre, étang de Vaïne). La représentation des herbiers de Zostera demeure extrêmement faible au regard de l’ensemble de l’étang de Berre. Par ailleurs, les herbiers restent cantonnés au proche rivage, généralement à moins de 50 m de distance de la côte.


Les Chlorobiontes, sont représentées dans l’étang de Berre par les espèces du genre Ulva en lames ("laitues de mer") et en tubes (ex. Enteromorpha) et Cladophora dont les populations se sont globalement développées depuis le début des années 1990. Les ulves en particulier ont montré des proliférations maximums dans les années 2002-2004. De plus, on remarque une nette augmentation de l’abondance cumulée des Chlorobiontes de 2010 à 2011. Notons que les échouages massifs d’ulves sur les rivages et dans les faibles profondeurs, outre les nuisances qu’elles génèrent, constituent une contrainte supplémentaire à la croissance des herbiers de phanérogames.


Les Rhodobiontes Gracilaria et les Ceramiales (Polysiphonia, Callithamnion) sont également bien représentées le long du rivage. Entre 2010 et 2011 leur abondance cumulée a également augmenté. Elles restent le deuxième groupe d’espèces le plus abondant, après les Ulves, au sein de l’étang de Berre. Ces algues rouges s’accumulent également dans les faibles profondeurs et le long du rivage, sous l’action du vent et des courants.

Suivi des herbiers de zosteres et Transplantations expérimentales

De par leur importance patrimoniale (Zostera noltii est une espèce protégée), les herbiers
de zostères font l’objet d’un suivi particulier dans l’étang de Berre qui porte sur les
surfaces couvertes et les principaux indicateurs de vitalité. A l’échelle de l’étang de Berre,
les herbiers de Z. noltii restent à l’état de vestige et ne peuvent être considérés comme
fonctionnels sur le plan écologique.

 Les surfaces couvertes par les herbiers de Z. noltii sur les deux sites témoins de l’Arc et de la pointe de Berre, sont relevées à l'aide de photographies aériennes couplées à des vérités terrain. Pour le site de l’Arc, la surface couverte par les herbiers a diminué jusqu’à leur quasi disparition en 2007 puis stagne depuis 2008 (autour de 300 m² environ soit 0.2 % de la surface potentiellement colonisable par les herbiers sur ce site). A la pointe de Berre, après avoir augmenté à partir de 2007, la surface couverte varie peu en 2010 et 2011 (près de 5 000 m² soit 6 % de la surface potentiellement colonisable sur ce site). Notons que l’augmentation de surface d’herbier à la pointe de Berre se produit essentiellement par coalescence des taches existantes (diminution du nombre global de taches et augmentation de leurs tailles moyennes) sans que l’on observe une progression de l’herbier vers le large.

Le suivi de la vitalité des herbiers est réalisé par la mesure de paramètres morphologiques standardisés : densité de faisceaux, biomasse endogée (rhizomes + racines), biomasse épigée (feuilles) et biomasse des épiphytes, relevés par des mesures in situ et par des prélèvements, positionnés de manière aléatoire au sein des taches d’herbier. Le protocole d'étude a porté préférentiellement sur des méthodes éprouvées et standardisées, et suit les objectifs et recommandations de la Directive Cadre Eau (2005). Les relevés pouvant être réalisés in situ ont été favorisés, dans le but de limiter les prélèvements afin de réduire l’impact sur les herbiers et le traitement de matériel (préparation et tri des échantillons).

Les paramètres de vitalité, marqués par une évolution saisonnière liée notamment à la croissance estivale des feuilles, rendent compte d’un herbier dans un état de vitalité globalement faible (notamment en ce qui concerne les densités de faisceaux et les biomasses) par rapport à d’autres lagunes ou herbiers proches (anse de Carteau dans le golfe de Fos par exemple). Par ailleurs les paramètres de vitalité sont très nettement supérieurs sur le site de Berre par rapport au delta de l’Arc.


Enfin, une transplantation expérimentale de deux espèce de zostères, Z. noltii et Z. marina a été réalisée en juin 2009. Après 2 ans de suivi (juin 2009 à juin 2011), les taux de survie des transplants sont faibles (en moyenne de 10 %), relativement homogènes selon les espèces et les techniques utilisées, mais semblent stabilisés. Des périodes de forte mortalité ont eu lieu au cours des trois mois suivant la transplantation et pendant les deux périodes estivales durant lesquelles le réchauffement de l’eau, le développement important d’épiphytes sur les zostères et d’algues sur les fonds (du genre Ulva, Gracilaria), ont engendré des nécroses des transplants. A celles-ci s’intercalent d’autres périodes (automne/hiver) où les transplants se stabilisent ou croissent selon les sites. Une croissance régulière des transplants est observée sur l’embouchure de l’Arc, l’Anse des Merveilles et la Pointe de Berre. La croissance des zostères se faisant par des faisceaux qui rayonnent à partir du transplant de départ, le diamètre maximal des transplants ayant survécu a été également suivi. Les taux d’élongation sur l’ensemble des sites sont comparables pour les deux espèces de Zostères (Z.noltii de 8 à 130 cm et Z.marina de 10 à 95 cm). Enfin les conditions du milieu, telles que la lumière disponible sur le fond ont également été relevées au cours des deux ans de suivi.

Macrofaune benthique

Les espèces de la macrofaune benthique présentes dans l’étang de Berre appartiennent majoritairement à la biocénose Lagunaire eurytherme euryhaline. Cet assemblage est essentiellement présent sur la bordure côtière et s’appauvrit vers le large, avec l’augmentation de la profondeur. La présence d’espèces à affinité marine (biocénose des Sables vaseux de mode calme), qui constituait l'essentiel du peuplement jusque dans les années 60, est notée qu’à proximité du débouché du chenal de Caronte, qui relie l’étang avec le golfe de Fos. Le peuplement global pour 2011 est caractérisé par des richesses spécifiques et des abondances faibles, dans un état majoritairement « mauvais » à «pauvre» selon l’indice M-AMBI tel qu’utilisé actuellement dans le cadre de la DCE.

Comme en 2009-2010, les peuplements de la bordure côtière sont dominés par des bivalves (74 %) suivis par les polychètes (21 %) tels que Nereis succinea. L’espèce Brachydontes marioni, bivalve indigène des lagunes méditerranéennes, est redevenue majoritaire comparée à l’espèce introduite Musculista senhousia (respectivement 32 % contre 23 %), l’abondance de cette dernière ayant été divisée par deux par rapport à l’année 2010.  En 2011, la richesse spécifique reste très faible, 8 espèces en moyenne, la station la plus diversifiée (13 espèces) étant située au sud-ouest de l’étang sous l’influence directe des entrées d’eaux marines par le chenal de Caronte. De façon générale, les espèces les plus abondantes sont celles capables de supporter de fortes variations de salinité et de température. Les peuplements les plus dégradés sont observés au niveau de l’anse du Ranquet et de l’étang de Vaïne.

La zone centrale, plus profonde, reste très appauvrie en abondance par rapport à la bordure côtière. Dans les secteurs les plus profonds (9 m), particulièrement sensibles aux épisodes d’anoxie, il s’agit plutôt de présence ponctuelle de quelques individus. Cette zone de l’étang apparaît ainsi d’une grande fragilité au regard de la macrofaune benthique, l’absence de tout individu vivant pouvant y perdurer plusieurs mois.

Les années 2010 et 2011 ont montré des changements par rapport aux années précédentes avec des crises estivales peu ou pas marquées. Néanmoins, cette relative stabilité des peuplements dans le temps n’a pas favorisé une diversification des peuplements. De plus, la crise anoxique observée à l’automne 2011, liée à un bloom phytoplanctonique dû à de forts apports du bassin versant et à des températures élevées, montre la grande fragilité des peuplements vis-à-vis des conditions instables de l’écosystème.

 Ichtyofaune

L’inventaire ichtyologique, réalisé par des pêches expérimentales, et le suivi des pêcheries constituent deux volets complémentaires de l’évaluation des stocks.

L’inventaire ichtyologique, achevé en fin d’année 2010, a permis de donner une description de la nature du peuplement en place, des variations spatiales et temporelles dominantes, ainsi que de l’état de santé global des peuplements de poissons. Les principales conclusions de ce recensement des populations de l’étang ont été présentées dans le rapport de synthèse du suivi écologique 2009-2010.

En ce qui concerne la pêcherie, les objectifs du suivi ont été de décrire les activités de pêche actuelle et de caractériser et quantifier les espèces d’intérêt halieutique. La mise en œuvre de ce suivi s’est appuyée sur 5 volets:

  • La caractérisation préalable de la pêcherie locale (bibliographie et enquête)
  • L’analyse des déclarations volontaires des captures par les pêcheurs auprès des Affaires Maritimes
  • Des enquêtes de débarquements à quai dans les différents ports de pêche de l’étang
  • Des enquêtes par embarquements d’enquêteurs scientifiques au moment des pêches
  • L’évaluation de l’effort de pêche

Pour la stratégie d’échantillonnage, 4 ports principaux (Martigues, Saint-Chamas, Berre, Marignane) et 3 ports secondaires (La Mède, Istres, Champigny) ont été retenus.

L’activité en terme d’espèces-cibles, de principaux métiers et de leur répartition au cours de l’année semble avoir globalement peu évoluée depuis les années 1980 . Cependant, le nombre de pêcheurs professionnels et la taille de la flottille active ont considérablement diminué depuis. On compte aujourd’hui une cinquantaine de patrons pêcheurs seulement contre 200 en 1977 et une soixantaine de bateaux actifs au maximum contre 118 à 135 en 1988-1989.

La pêcherie dans l’étang de Berre reste essentiellement centrée sur l’exploitation d’espèces lagunaires (anguilles, muges) et d’espèces marines effectuant une partie de leur cycle de vie en lagune (loup, daurade).

Ainsi, l’essentiel de l’activité est réalisée avec la capéchade (ou trabaque) à poste fixe, principalement entre avril et octobre avec une diminution à la fermeture de la pêche à l'anguille (15 juillet au 15 août).  L’activité de pêche se distingue des autres pêcheries lagunaires de Méditerranée française par l’utilisation soutenue des filets calés et encerclants à Muges. Durant la période d’étude, l’effort de pêche sur l’étang de Berre a varié de 0 à 203 engins recensés par jour .

Comme pour la plupart des lagunes méditerranéennes françaises, la pêcherie de l’étang de Berre reste une pêcherie à « risque » contrainte par sa dépendance au milieu extérieur pour le recrutement des juvéniles et par les conditions du milieu (eutrophisation, crises anoxiques estivales). De plus, du fait du nombre restreints d’espèces cibles (4),  l’avenir de la pêcherie de l’étang de Berre est intimement dépendante de l'état du stock d'anguilles et des mesures du prochain plan de gestion de cette espèce, qui prendront effet en 2012 et qui pourront limiter encore l'accès à cette ressource dont l'avenir à moyen terme reste incertain.

La diversification des captures et les reports d’effort seraient sans doute largement facilités par une poursuite de l’amélioration globale du milieu qui permettrait d’augmenter l’exploitation de la dorade en particulier et à terme, d’envisager aussi l’exploitation de nouvelles formes de ressources (palourdes, oursins avec une marinisation accrue du milieu).

 Contamination Chimique des sediments

La contamination des sédiments de l’étang de Berre a été très importante par le passé avec une chronologie qui diffère entre le grand étang et l’étang de Vaïne.

Dans le grand étang, les niveaux maximum de contamination ont été atteints dans les années 1950-1960. Dans l’étang de Vaïne deux périodes de contamination ont pu être mises en évidence : dans les années 1930 pour tous les métaux et autour des années 1980 pour le cobalt (Co), le chrome (Cr) et le nickel (Ni). A partir des années 1970, les niveaux de contamination ont fortement diminué sous l’influence des réglementations sur les rejets industriels : jusqu’à 90 % pour le cadmium (Cd) et le mercure (Hg), 80 % pour le plomb (Pb), 70 % pour l’arsenic (As), 50 % pour le zinc (Zn) et 20 % pour le cuivre (Cu). L’ouverture de l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas en 1966 et le rejet de fortes quantités de limons faiblement contaminés en provenance de la Durance se sont également accompagnés d’une dilution de la contamination dans les sédiments de surface.

Les concentrations en Eléments traces métalliques des sédiments de surface actuels de l’étang de Berre sont les plus faibles depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, les sédiments se caractérisent par des niveaux de contamination faibles (As, Ni, Zn) à modérés (Cd, Cu, Cr, Pb, Hg). Les tests de toxicité effectués sur le polychète Nereis succinea montrent que certains ETM étudiés ne constituent pas, à priori, un risque particulier pour l’écosystème benthique du fait de leur faible niveaux de contamination dans les sédiments de surface (As et Ni) ou de leur faible biodisponibilité (Cu). Pour l’évaluation du risque que constitue Co et Zn dans les sédiments, d’autres bio-indicateurs tels que le bivalve Brachidontes marioni devraient être testés, ce qui par ailleurs pourrait être pertinent dans le cas d’un développement d’activités ostréicoles ou mytilicoles dans l’étang. En 2011, les niveaux de contamination les plus élevés (Cd, Cr, Pb, Hg) se retrouvent dans l’étang de Vaïne et la zone Sud-ouest du Grand Etang à l’embouchure du chenal de Caronte et le long de la digue du Rove probablement attribués à des rejets récents en ETM par les industries du pourtour de l’étang. Cela nécessite donc de prendre des précautions lors d’éventuels travaux pouvant s’accompagner de remise en suspension de sédiments. Par ailleurs, si les ETM sont majoritairement piégés dans les sédiments, des flux "dissous" vers la colonne d’eau ont pu être mis en évidence, favorisés notamment par les conditions anoxiques dans la zone sud du grand étang. Le rôle de tels apports sur la dégradation de la qualité des eaux et de l’écosystème de l’étang reste néanmoins à confirmer et à évaluer.

Source : Dynamique et biodisponibilité des éléments traces métalliques dans les sédiments de l’étang de Berre. Thèse de doctorat de Sylvain Rigaud, présentée et soutenue publiquement le 10 juin 2011.

Conclusion

En 2011, l’étang de Berre présente encore les caractéristiques d’un milieu fortement dégradé. La salinité dans l’étang se maintient entre 14.8 et 35 et les apports globaux en sels nutritifs tendent à diminuer. Pour autant, cette évolution récente des conditions hydrologiques ne s’est pas accompagnée d’une amélioration significative des indicateurs biologiques, macrophytes et macrofaune benthique.