Etudes des pêcheries

La pêche participe de la culture et de la vie locale de l’étang de Berre, entretenant une certaine tradition et affirmant le caractère marin de l’étang. C’est une pêche aux petits métiers, centrée sur l’anguille qui exige des techniques et un matériel spécifiques. Aujourd’hui, elle représente cependant une activité relativement marginale en termes d’emplois et de chiffres d’affaires.
 Pour dresser un portrait de l’activité de pêche sur l’étang de Berre, nous avons retenu les données les plus récentes, à savoir l’étude sur les pêcheries de l’étang, commanditée par le GIPREB.
28 patrons pêcheurs , répartis sur les 10 ports de l’étang, exercent leur activité sur l’étang de Berre mais 4 d’entre eux pratiquent la pêche exclusivement en mer. Nous retiendrons donc le chiffre de 24 pêcheurs. Cette donnée est cohérente avec les informations de la Direction départementale des affaires maritimes qui indique qu’il y a 28 navires de pêche professionnelle en activité sur l’étang de Berre en 2009. 71 % des pêcheurs pêchent uniquement sur l’étang de Berre. Pour les autres, l’étang représente 78% de leur chiffre d’affaires.

On estime à 291 tonnes la quantité de poissons pêchés en 2009 sur l’étang de Berre. Les muges représentent 48 % des captures, les anguilles 37 % tandis que les daurades et les loups atteignent 15 % des captures. Cette situation de 2009 peut être comparée à celle de 1987-1988, où 467 tonnes ont été pêchées, avec 59 % de muges et 39 % d’anguilles. Les données de 2009 sont compatibles avec les résultats d’une étude sur l’anguille qui estime entre 110 et 150 tonnes la quantité d’anguilles pêchées dans l’étang de Berre.
La production halieutique moyenne exprimée en kilogrammes par hectare est un indicateur qui permet de comparer la productivité de différents milieux. Pour les étangs littoraux méditerranéens, (hors coquillages, élevages et aquaculture), il est de l’ordre de 40 à 60 kg/ha selon Aboussouan et Gerbal. Cependant les chiffres varient beaucoup selon les étangs étudiés. Ainsi, la production est estimée entre 50 et 80 kg/ha pour l’étang de Palo en Corse avec les anguilles et les muges comme productions principales. Les chiffres bruts cachent en fait que plus de 70 % des lagunes ont une production qui varie entre 10 et 80 kg/ha/an, alors qu'un petit nombre dépasse, grâce aux aménagements et aux efforts de gestion, 200 kg/ha/an .
Sur l’étang de Berre, la production halieutique moyenne est de 19 kg/ha en 2009 (291 000 kg / 15 500 ha). Comparativement, elle est de 148 kg/ha sur l’étang de Thau (1 110 000 kg / 7 500 ha).
Le chiffre d’affaires de la pêche sur l’étang de Berre s’élève à 1,2 millions d’euros en 2009.
On aboutit à un chiffre d’affaires de 4011 € par tonne (1 168 420 €/ 291 tonnes) sur l’étang de Berre. Comparativement, il est de 3549 € sur l’étang de Thau (3,94 M€ pour 1 110 tonnes). Sur cet étang, il s’élève à 4728 € par tonne lorsque l’on prend en compte les palourdes (400 tonnes pêchées pour une valeur de 3,2 millions d’euros, soit un chiffre d’affaires total de 7,14 millions d’euros).
Si l’on rapporte le chiffre d’affaires global au nombre de pêcheurs, on constate qu’un pêcheur réalise un chiffre d’affaires annuel moyen de 49 000 € (1 168 420 € / 24 pêcheurs) sur l’étang de Berre. (Sur l’étang de Thau, il est de 24 000 € par pêcheur. Toutefois, près des deux tiers des pêcheurs sur cet étang sont aussi conchyliculteurs.)
L’évolution de la pêche sur l’étang de Berre au cours desprochaines années dépendra non seulement de l’évolution de l’état écologique de l’étang mais aussi du contexte national et européen de la pêche.
Au niveau français, la surexploitation des ressources halieutiques est chronique et quasi-générale. La baisse du nombre de marins et de navires est continue depuis 1938. Au cours des 25 dernières années, on note une diminution de 57 % des navires (- 59 % pour les navires de moins de 12 mètres) mais une hausse de 65 % de la puissance moyenne nominale. Grâce à cette hausse de la puissance nominale et au progrès technique, la capacité de capture individuelle et la productivité par navire n’ont cessé d’augmenter. A partir de 2003, on remarque cependant une baisse de la production, aussi bien en tonnage qu’en valeur.
En outre, des mesures de gestion des stocks sont prises, essentiellement au niveau européen, afin de limiter la pression sur les ressources. L’anguille est ainsi soumise à un règlement européen (CE 1100/2007) instituant des mesures pour reconstituer le stock et devant se traduire par l’élaboration de plans de gestion. Les menaces portant sur le stock d’anguilles, aussi bien au niveau mondial qu’en Méditerranée, pourraient aboutir à une interdiction de la pêche à l’anguille en vue de protéger cette espèce. Ces mesures de gestion pourraient être rendues plus sévères et s’étendre à un nombre croissant d’espèces si les pressions sur les stocks sont de plus en plus fortes.

C’est dans ce contexte général que s’inscrit l’évolution de l’étang de Berre. Si l’état écologique de l’étang reste similaire à celui d’aujourd’hui, les espèces disponibles à la pêche ne devraient pas beaucoup évoluer à l’horizon 2030, selon le conseil scientifique. Cependant, si la salinité se maintient au taux actuel, le développement d’espèces marines à forte valeur ajoutée comme la dorade ou le loup pourrait se confirmer, à l’image de ce qui est constaté depuis la mise en place de l’expérimentation de moindre rejet d’eau douce.
Cette évolution des espèces ne doit pas faire oublier l’évolution des pêcheurs sur l’étang de Berre. En quinze ans (1996-2009), le nombre de navires a diminué de 28 % dans le quartier maritime de Martigues soit une baisse annuelle moyenne de 2,5 %. La baisse constatée sur le quartier maritime de Martigues et sur l’étang de Berre en particulier s’inscrit en effet dans un contexte national similaire de réduction du nombre d’embarcations et de tensions sur les ressources.
Globalement, la pêche est une activité en déclin même si les pêcheurs qui continuent dans cette voie peuvent réussir à maintenir une activité suffisante pour vivre.