Frédéric Mattéo succède à William Tillet à la tête de la prud'homie

20 ans à la tête de la prudhomie, William Tillet a été de tous les combats et en particulier celui de l'étang de Berre.
Frédéric Mattéo veut fédérer le monde de la pêche. Nouvellement élu premier prud'homme à la suite de William Tillet, il se veut rassembleur.
La pêche est un univers rugueux, un de ceux dans lesquels on s'exprime davantage avec le coeur qu'avec la pensée. S'il reste un travail de solitaire, le metier de pêcheur a, pourtant, besoin d'unité. C'est au travers de la prud'homie de pêche que cette cohésion peut s'exprimer.
C'est, en tout cas, le sentiment de Frédéric Mattéo, le nouveau premier prud'homme des pêcheurs du quartier de Martigues. Ce jeune (35 ans) patron-pêcheur port-de-boucain, qui a succédé à William Tillet, est à l'avant-garde de nombreux combats. Ainsi, au moment de la cnse de la filière de la pêche. Aujourd'hui, l'homme se veut rassembleur et aimerait faire taire les dissensions pour que tous les pêcheurs ne parlent plus que d'une voix. Une mission qu'il sait, par avance, compliquée.
"Le premier objectif que je me fixe, dit-ll, c'est que tous les pêcheurs puissent travailler dans de bonnes conditions. Le quartier de Martigues, qui va de Sausset-les-Pins à Port-Saint-Louis, est un des plus importants de France. Pour défendre nos intérêts, il faut être unis, et rassembler au-delà des intérêts personnels. C'est une nécessité".
L'homme sait que ce challenge "n'est pas facile" et il va consacrer les quatre années de son mandat à cela. Pour réussir, il entend bien valoriser le savoir-taire de ces "artisans" de la mer. "Car les pêcheurs, ici, sont avant tout des artisans, ajoute-t-il. Nous ne sommes pas des gros faiseurs, comme en Bretagne ". Et s'il entend bien se battre sur cette reconnaissance tant attendue, Frédéric Mattéo veut, également, faire le ménage dans la profession en luttant contre les braconniers et en favorisant "la pêche durable" tout en continuant le travail de son prédécesseur.
Ce dernier, justement, mise sur le sang neuf apporté par Frédéric Mattéo pour redynamiser la profession.
"Il y a beaucoup de travail à faire mais on ne nous en donne pas les moyens, déplore William Tillet. Dans n'importe quelle structure, vous avez des chargés de mission, pas chez nous. On doit se débrouiller pour tout".
Lorsque l'on sait que la prud'homie de Martigues rassemble 650 professionnels de la mer, qu'elle s'occupe de secteurs aussi variés que la pêche à pied, la pêche au thon, la mytiliculture et qu'elle est tribunal d'exception (il s'agit d'une chambre consulaire qui peut juger ses pairs sans qu'ils aient la possibilité de faire des recours), on mesure mieux la complexité de la mission du nouveau prud'homme.
William Tillet, lui, a pris beaucoup de plaisir mais va s'octroyer désormais un peu de temps. "Etre prud'homme, c'est participer à 200 réunions par an là où il n'y en avait qu'une vingtaine il y a quelques années encore ". Et c'est, sans doute, prendre beaucoup de coups "Car le milieu de la pêche est égoïste", argumente l'ancien patron des pêcheurs.
Ainsi, en regardant ses quasi-20 ans de mandat, William Tillet se dit "partagé entre ceux qu'on a aidés et n'ont jamais été reconnaissants et aux autres qui nous ont remerciés mille fois pour un petit service".
Le pêcheur se dit aussi fier des combats menés pour la réhabilitation de la pêche dans l'étang de Berre et d'avoir pu "tripler le
territoire de pêche grâce aux discussions menées avec le Grand Port maritime de Marseille".
"J'ai réussi beaucoup de choses maîs, aujourd'hui, je quitte un poste fatigant pour profiter de la vie ". Frederic Matteo sait
donc à quoi s'attendre.
Stéphane Rossi
La Provence
Le braconnage, un véritable fléau
Rarement le braconnage n'aura autant fait réagir les pêcheurs ; pressés par les prix des carburants et les taxes toujours plus
importantes, nombreux sont, aujourd'hui, ceux à s'élever contre certains de leurs "confrères" qui braconnent au vu et su de
tout le monde, notamment dans l'étang de Berre. "C'est devenu une véritable calamité", dénonce un pêcheur, sous couvert
d'anonymat. "On paie nos rôles, nos taxes, et à côté de ça, vous avez des gars qui ne déclarent rien et calent des milliers de
mètres de filets dans l'étang sans que personne ne fasse rien".
"Ces mecs tuent la pêche, ajoute un autre professionnel. Il n'est pas rare que certains d'entre-nous en arrivent aux mains. C'est insupportable".
" Un jour, ça risque de mal finir, annonce un autre pêcheur. On a le sentiment que l'honnêteté ne paie pas. Eux, agissent en toute impunité sans que les Affaires maritimes agissent". SR