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L'étang de Berre tente d'effacer les maux de l'industrialisation

L'étang de Berre, une des plus grandes lagunes méditerranéennes d'Europe, dont l'écosystème a été fortement dégradé par l'industrialisation et l'urbanisation, entame une nouvelle étape de sa difficile réhabilitation avec un projet de réouverture du tunnel du Rove. La ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet a donné cette semaine dans la cité phocéenne le coup d'envoi de ce chantier, au coût estimé de ll millions d'euros. Après le lancement de l'appel d'offres par le Grand Port maritime de Marseille (GPMM), qui s'est vu confier la maîtrise d'ouvrage, les travaux débuteront en 2013 pour une mise en service fin 2015.

 

Ouvert en 1926 à des fins de navigation, le tunnel maritime du Reve permettait de relier le port au Rhône en passant par l'étang, mais cet ouvrage ambitieux a été fermé en 1963 à la suite d'un effondrement.
Objectif de sa réouverture, en réflexion depuis plusieurs années: réalimenter en eau de mer l'étang de Berre et ainsi "améliorer la qualité de l'eau en terme de salinité", explique Laurent Roy, à la tête de la Oreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement).
Une démarche "expérimentale" critiquée par l'Union régionale vie et nature (URVN) qui craint "l'introduction d'espèces invasives" et "des transferts massifs des substances toxiques accumulées" dans le canal.
Les études réalisées "démentent cette hypothèse", assure M. Roy, estimant au contraire que ce projet marque "une étape supplémentaire vers la réhabilitation de l'étang, après la régulation des rejets (trop volumineux, nldr) d'eau douce de la centrale
hydroélectrique EDF de Saint-Chamas, la mise aux normes des stations d'épuration et la réduction des apports polluants" des usines.
Car l'étang, dont les 155 km2 de superficie sont coincés entre la deuxième ville de France et l'un des principaux complexes pétrochimiques de l'Hexagone, a subi les assauts d'une industrialisation et d'une urbanisation importantes, notamment à partir des années 1960. En 30 ans, la population a plus que doublé pour atteindre près de 250.000 habitants dans les dix communes du pourtour.
Un temps le royaume des pêcheurs, manadiers et agriculteurs, l'étang est vite devenu "le milieu récepteur de toutes les eaux usées", rappelle le syndicat mixte Gipreb (Gestion intégrée, prospective et restauration de l'étang de Berre). "Tout l'écosystème a été détruit, avec une accélération à partir de la mise en service de la centrale EDF en 1966", souligne son directeur Philippe Picon.
Certes, les rejets ont été "divisés par trois" (1,2 milliard de m3 d'eau douce) après le lancement par le gouvernement d'un plan de "reconquête" en 1994 et surtout la condamnation, dix ans plus tard, de la France par Bruxelles, mais "la qualité du milieu n'est
toujours pas revenue", déplore-t-il. Alors qu'on y trouvait avant-Guerre toutes sortes d'espèces, n'ont résisté que muges, anguilles, loups et daurades, et le nombre de pêcheurs est tombé "de 300 à une trentaine actuellement".
Pour les collectivités, seule une dérivation de ces rejets vers le Rhône pourrait redonner à l'étang de Berre son lustre d'antan. Lin projet jugé toutefois peu réaliste à ce jour du fait de son coût élevé (entre 1,5 et 2 milliards d'euros). Loin d'attirer autant de touristes que la côte méditerranéenne ou l'arrière-pays provençal, la lagune cherche à gommer l'image négative qui lui colle à la peau. "On va dans le bon sens", juge M. Picon : "la fréquentation des 14 plages augmente, les clubs de voile se développent. Les habitants se réapproprient" cette mer intérieure qui ne veut plus être un "dépotoir industriel".

Par Anne BEADE
MARSEILLE, 22 mai 2011 (AFP) -