L’état de référence vers lequel tendre

D’un point de vue écologique, les objectifs basés sur des indicateurs biocénotiques retenus au sein du Gipreb sont cohérents avec la notion de "bon état écologique" au sens où la directive cadre sur l'eau l'entend. L’étude de la trajectoire historique de l’étang de Berre nous montre que le début de la période 1925 – 1965 constitue un état de référence adapté à ces objectifs et en phase avec le projet défendu par les acteurs locaux.
 
Cette période correspond aux évènements suivants :
- la fin de l'approfondissement du canal de Caronte (1925)
- l'ouverture du tunnel du Rove (1925)
- le début de l'affirmation de la vocation industrielle des rives de l'étang par l'industrie pétrolière et pétrochimique notamment.
L’état écologique historique des milieux à cette période donne une image précise du milieu. Elle ne peut cependant pas correspondre à un objectif parfaitement atteignable, dans la mesure où certaines conditions ont fortement évolué depuis cette époque et ne sont pas maîtrisables directement par le projet : il en est ainsi de la qualité de l’étang de Berre et des apports des bassins versants du Bolmon et du canal. L’état de référence est donc une déclinaison de l’état historique de cette période, nuancé par les pressions actuelles sur lesquelles le projet n’a pas de levier d’action directe.
Description de l’écosystème de référence
La salinité de l’étang de Berre est globalement homogène comprise entre 24 et 32 g/l, avec des valeurs maximales à 36 g/l. La salinité de l’étang de Bolmon témoigne de l’influence des eaux de Berre, mais aussi désormais de celle des eaux du canal du Rove, elle est comprise entre 8 et 35 g/l selon les zones de l’étang et la saison. La majeure partie des fonds de l’étang de Berre est constituée de la même biocénose SVMC florissante (jusqu’à 101 espèces de la macrofaune benthique recensées), avec d’importantes zones de moulières et des herbiers de Zostères dont la surface est estimée à 6 000 ha. Dans l’étang de Bolmon, la biocénose LEE est florissante, les herbiers de Ruppia se sont largement développés et occupent la plus grande partie des fonds de l’étang. Dans le canal du Rove, on assiste à la colonisation de nombreuses espèces en abondance, à la fois par le golfe de l’Estaque (espèces franchement marines) et par l’étang de Berre (espèces plus euryhalines). Dans les petits fonds (darses, bassin de la Mède) on trouve également trace d’herbiers de Zostères qui accompagnent une biocénose riche dans les substrats meubles. Le stock ichtyologique est abondant et se compose d’espèces typiques des milieux lagunaires accompagnées d’espèces à affinité marine.
L'étang de Berre était le lieu d'une eutrophisation modérée où les nitrates pouvaient être considérés comme limitants vis-à-vis de la production phytoplanctonique. Les concentrations en nitrates étaient de l’ordre de 3 µM, avec quelques valeurs extrêmes au nord de l’étang, près des embouchures de l’Arc et de la Touloubre . Les concentrations en phosphate étaient généralement comprises entre 0.3 et 1 µM, les plus fortes valeurs atteignant 3 µM. La profondeur théorique de la couche euphotique était comprise entre 10 et 12 m, ce qui traduit une forte transparence de l’eau, indispensable au développement des herbiers et une faible production phytoplanctonique. L’étang bénéficiait d’une bonne oxygénation sur la colonne d’eau, avec l’apparition de brèves anoxies dans les zones profondes, notamment en période estivale.