L'Europe demande à la France de revoir sa copie
Le Marin - 30/12/05
Nouvel épisode du combat des pêcheurs de l'étang de Berre et des environnementalistes pour sauver leur plan d'eau : la Commission européenne a rejeté le plan proposé par la France.
Le 7 octobre 2004, la Cour européenne de justice avait en effet condamné l'Etat français pour non respect des accords internationaux sur la protection des milieux marins, à cause notamment d'EDF, exploitant de huit centrales hydroélectrique sur la Durance.
Une condamnation consécutive à la plainte de la Coordination des pêcheurs de l'étang de Berre. Ceux-ci ont, au fil des ans, vu mourir leur zone de pêche, pour une cause parfaitement connue : chaque année, les centrales hydroélectriques déversent 2,1 milliards de m3 d'eau douce dans l'étang par le canal de dérivation de Saint-Chamas, entraînant des centaines de milliers de tonnes de limons. Cette arrivée massive d'eau douce tue toute vie animale.
En réponse à la condamnation de l'Europe, la France avait proposé un lissage des rejets; c'est-à-dire qu'au lieu de faire arriver l'eau douce brusquement, les déversements auraient été étalés dans le temps. Le tout assorti d'études et d'une période transitoire de quatre ans.
Le lissage des rejets ne passe pas la rampe
Les fonctionnaires européens ne s'en contentent pas et la France va devoir corriger sa copie d'ici deux mois (pouvant être prolongé à cinq mois). Au delà, le risque encouru est une astreinte de 200 000 euros par jour. Les services de l'Etat ont donc intérêt à agir vite. "La préfecture a traité cela à la légère, sans respecter ses engagements, explique Bernard Niccolini, le président de la coordination Etang marin. On nous riait au nez ; maintenant ils doivent nous écouter." Pêcheurs, environnementalistes... Tous se réjouissent de cet avatar. "Depuis le début, nous répétons qu'il n'y a qu'une solution, celle d'un canal de dérivation vers le Rhône ou la Crau, poursuit Bernard Niccolini. Cela paraît cher mais c'est la seule solution satisfaisante à long terme." Pour autant, ils ne réclament pas la fermeture des centrales électriques. "Elles produisent une énergie propre dont la région a besoin. Pas question non plus de renvoyer les eaux dans la Durance, dont le lit a été urbanisé".
A l'origine de la condamnation, Jean-Claude Bourgault, créateur de la Coordination des pêcheurs, se dit "persuadé de tenir le bon bout". Et le coût estimatif des travaux (plus d'un milliard d'euros) pour réaliser le canal ne l'effraye pas. "Avec la réhabilitation de l'étang, c'est toute une économie qui va redémarrer. Pas seulement la pêche, mais aussi pour l'attractivité d'un département". EDF, avare de commentaires, se contente d'affirmer que les centrales (construites en 1965) ne sont pas encore amorties et que les solutions proposées sont techniquement délicates à mettre en oeuvre.