L'Europe ordonne de sauver l’étang de Berre
La Provence -21/12/05
La Commission européenne a mis la France en demeure de cesser la pollution de l’étang de Berre. L'instance juge insuffisant le plan visant à lisser les apports d'eau douce des usines EDF. Paris a deux mois pour réagir.
 Le 19 décembre, Bruxelles a solennellement demandé à la France de mettre fin dans les plus brefs délais à la pollution de l'étang de Berre. Cette "mise en demeure" est une nouvelle étape dans un dossier déjà ancien : le 7 octobre 2004, la cour européenne de justice avait condamné notre pays pour non respect des accords d'Athènes et de Barcelone sur la protection des milieux marins. EDF, via le canal de la Durance qui permet le fonctionnement d'usines hydrauliques rejette 2,1 milliards de m3 d'eau douce par an dans cette étendue d'eau salée. Cette condamnation formelle n'entraînait pas de sanctions financières. Mais Paris était obligé de proposer un plan pour faire cesser cette pollution. Ce plan, déposé en février dernier et mis en oeuvre par EDF depuis septembre, prévoyait le lissage régulier des apports d'eau douce et la réduction de 40 % des 100 000 tonnes de limons déversés annuellement. Selon EDF, ces mesures garantissent une salinité constante de 15 grammes par litre dans l'étang. c'est ce plan qui vient d'être jugé insuffisant par Bruxelles. La balle est dans le camp de Paris. La France a deux mois pour répondre à cette injonction. Si la réponse n'était toujours^pas satisfaisante, la commission fera paraître un "avis motivé" laissant à l'hexagone un nouveau délai de grâce de deux ou trois mois. Ensuite, la Cour européenne de justice se prononcera sur le montant de l'amende infligée à la France sur proposition de la commission. Une amende qu'on peut supposer, sans mauvais jeu de mots, assez salée...
"Un combat de David contre Goliath"
"C'est formidable !" Chacun de leur côté, Jean-Claude Bourgault, l'ancien président de la Coordination des pêcheurs de l'étang de Berre et Serge Andréoni, président du Gipreb, n'ont pas caché leur joie en apprenant la nouvelle. Il faut dire que la plainte que le premier avait déposée en 1998 au nom de son association est à l'origine de la première condamnation de la France par l'Europe. Jean-Claude Bourgault est content mais pas étonné : "Je m'attendais à cette décision de la Commission, qui est logique. La proposition de la France de lisser les rejets d'EDF a été faite pour noyer le poisson ! Le fonctionnement de l'usine de Saint-Chamas ne permet pas de réguler les rejets car c'est une centrale d'appoint". Ce pêcheur berrois vit cette "victoire historique" comme le combat de "David contre goliath". "C'est l'aboutissement d'un feuilleton juridique long et épuisant. Cela prouve que notre combat était légitime, même si les politiques nous ont laché". Qu'attend-il de la suite des évènements ? "Il faut que la centrale EDF ferme et arrête ses rejets d'eau douce et de limons immédiatement."
Dans une autre procédure devant la justice française, il affirme qu'EDF n'a pas les autorisations pour exploiter Saint-Chamas. Après une décision de la Cour de Cassation, la Cour d'appel de Lyon se prononcera en janvier.
Même satisfecit pour Serge Andréoni : "Je serai désolé que la France soit condamnée à une amende, mais il faut bien faire quelque chose pour sauver l'étang" gronde-t-il. "Nous avons toujours dit que le lissage était une mesure transitoire et non pas une solution définitive" ajoute le maire de Berre qui se dit favorable à un canal jusqu'au Rhône. "On nous parle d'un coût d'un milliard d'euros. Mais ce serait un milliard injecté dans une économie locale à 22 % de chômage. Ce serait la création de 2 ou 3 000 emplois pour un étang réhabilité. Nous pensons, contrairement à EDF, qu'une dérivation après Saint-Chamas est possible. Elle amènerait en outre les limons qui manquent à Port Saint-Louis. Nous accepterions des impossibilités techniques -s'il y a des cavités dans le sous-sol- mais pas des arguments financiers".