La France épinglée
Objectif méditerranée - 02/06
Bruxelles demande à la France de cesser de polluer l'étang de Berre par les rejets massifs d'eau douce du barrage EDF de Saint-Chamas. Faute de quoi, de grosses amendes pourraient être infligées;
 La Commission européenne durcit le ton avec la France. Elle l'a mise en demeure de faire cesser la pollution de l'étang de Berre et de respecter un arrêt de la Cour européenne de justice. Le 7 octobre 2004 en effet, la France avait été condamnée pour ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour "prévenir, réduire et combattre la pollution massive et prolongée de l'étang de Berre", et ce en violation de la Convention de Barcelone (1976) visant à la protection du milieu marin en Méditerranée. Tout est parti d'un recours des pêcheurs de l'étang, lesquels s'insurgent contre la disparition progressive de la faune et de la flore et contre la faillite de leur secteur. comble du paradoxe, c'est l'eau douce rejetée par la centrale EDF de Saint-Chamas qui est accusée de polluer l'étang et non les usines et les raffineries qui le bordent. Depuis 40 ans, l'aménagement hydroélectrique de la Durance et du Verdon par EDF, qui y a construit 19 centrales, engendre des rejets massifs d'eau douce dans l'étang, qui est aussi la plus grande lagune salée d'Europe. Située au bout de la chaîne assurant le quart de l'électricité consommée dans la région PACA, la centrale de Saint-Chamas y déverse chaque année 2,1 milliards de mètres cubes d'eau douce. Les effets sont dramatiques : réduction massive de la ressource en poissons, interdiction de la conchyliculture, prolifération d'algues néfastes, etc.
Depuis la condamnation de la France, EDF a commencé à lisser ses rejets d'eau pour éviter les à-coups -beaucoup plus néfastes à l'environnement que la baisse générale de la salinité-, mais ne les a pas réduits globalement. Elle s'est en outre engagée à réduire de 40 % ses rejets de limons. "La Commission estime que les mesures proposées par la France sont insuffisantes pour permettre dans les délais les plus brefs une amélioration nette de l'état écologique de l'étang", explique Blandine Pellistrandi, chef de la représentation de la Commission à Marseille.
"La Commission obéit à une logique de poursuite de contentieux, mais un des griefs va être éteint puisque les nouvelles dispositions d'exploitation vont faire l'objet d'une modification du cahier des charges de la concession d'ici à la fin du premier semestre 2006", commente-t-on au ministère de l'Ecologie, où l'on souligne le fait que des mesures complémentaires vont être étudiées, même si "beaucoup a déjà été fait".
Ce n'est pas de l'avis de Serge Andréoni, président du Gipreb : "Nous avons toujours estimé que la réponse de la France n'était pas satisfaisante. La solution, c'est la dérivation des rejets de la centrale de Saint-Chamas par un canal se jetant dans le Rhône." Une solution qui n'a pas été proposée en raison de son coût, lequel dépasse un milliard d'euros. Bruxelles souhaitant une solution rapide, la France prend donc le risque de se voir infliger de grosses amendes...