La France tenue de protéger l’étang de Berre
Le Marin - 18/02/05
Depuis près de 40 ans, la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas déverse annuellement 3,6 milliards de m3 d’eau douce dans
l’étang de Berre.
Soit 4 fois le volume de l’étang ! Ces arrivées massives d’eau douce détériorent le milieu et la France a été condamnée par la Cour de justice des Communautés européennes. Elle vient de déposer ses propositions pour assurer l’équilibre écologique des lieux ; Pendant 50 ans, les pêcheurs ont tenté d’attirer l’attention des pouvoirs publics. Aujourd’hui, ils commencent à retrouver espoir mais estiment que la centrale doit fermer.
la France doit réduire ou supprimer les apports d’eau douce
Sous la pression de la justice européenne, la France doit au moins diminuer, voire cesser, les apports d’eau douce dans l’étang de berre. Un impératif pour la ressource en poisson d’un plan d’eau à la santé renaissante
Vendredi 11 février, le ministre de l’Ecologie et du Développement Durable a transmis un ensemble de propositions à la Commission européenne, destinées à assurer l’équilibre écologique de l’étang de Berre. Ce document est une réponse à la condamnation de la France par la cour de Justice des communautés européennes, pour non respect de la Convention de Barcelone.
Depuis 1966, la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas déverse en moyenne 3,6 milliards de m3 d’eau douce provenant de la Durance dans l’étang de Berre. Soit environ 4 fois le volume de l’étang !
« Les arrivées massives d’eau douce détériorent le milieu, bouleversent l’écosystème et favorisent le développement d’algues qui eutrophient le plan d’eau »
explique le responsable scientifique du GIPREB (Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre). Déjà considéré comme un « mauvais élève » par l’Europe, la France (en l’occurrence, par l’intermédiaire d’EDF, qui exploite la centrale) a décroché le « bonnet d’âne » européen en ce qui concerne l’application du droit communautaire environnemental.
Un superbe plan d’eau
Si l’on oublie l’odeur parfois insoutenable des algues qui pourrissent et quelques changements de couleur inquiétants l’étang de Berre est un superbe endroit. Depuis plusieurs années, son état de santé s’est amélioré. C’est l’avis formel des pêcheurs, des riverains et des plaisanciers. Ils notent
« une qualité des eaux parfaitement convenable pour les sports
nautiques »
(Bertrand Manechez, directeur du club de voile de Martigues),
« des naissains de moule en abondance »
(William Tillet, 1er prud’homme de Martigues) ou encore « des polluants moins nombreux » (Philippe Picon, directeur du GIPREB).
N’en déplaise aux médias, l’étang va mieux et les riverains ne lui tournent pas le dos. On ne retrouvera certes pas le « paradis » du début du siècle dernier, mais on peut croire à des jours meilleurs. Preuves : les compétitions internationales (dériveurs, planches à voile) qu’on y organise ; les plagistes de plus en plus nombreux ; les coquillages (Mya arenaria, une sorte de praire) que certains pêcheurs ramassent et consomment. Un sentier littoral, les Merveillles de l’étang, en cours de réalisation, offrira un parcours pédestre d’une cinquantaine de kilomètres.
Les zones humides, désormais gérées par le Conservatoire du littoral, hébergent des milliers d’oiseaux migrateurs. Des postes d’observation ont d’ailleurs été aménagés par les communes à plusieurs endroits. Depuis 1973, les rejets industriels polluants ont été réduits de 97 %. La dernière « marée noire » date de 2001 et les moyens de surveillance ont été très renforcés.