Retour à l'accueil
  • Observatoire du milieu
  •   /  Suivi écologique

La génétique de la zostera noltii

Donne moi ta carte génétique et je te dirai qui tu es… C’est à peu près ce qui vient de se passer pour la plante aquatique la plus emblématique de l’étang de Berre, à savoir la Zostera noltii. Le Gipreb et la Stazione Zoologica Anton Dohrn de Naples se sont lancés dans une étude comparative de la diversité génétique des Zostères de l’étang de Berre avec d’autres populations de Méditerranée occidentale. L’occasion aussi de retracer l’histoire des Zostères de l’étang de Berre en recherchant quels ont pu être les liens existants (à travers l’échange de gènes) entre ces populations et d’autres herbiers de Méditerranée.

 

 

 Les Zostères aujourd’hui encore présentes sont issues des anciens herbiers de l’étang. Il est bon de se rappeler qu’au début du 20ème siècle, l’étang de Berre était un milieu écologiquement riche et que les herbiers de zostera occupaient la majeure partie des fonds de l’étang, de la surface à 6-7 mètres de profondeur, sur une étendue estimée à plus de 6000 hectares. L’industrialisation des rives, l’augmentation de la turbidité, les pollutions chimiques de l’eau et des sédiments et la mise en service de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas en 1966 ont entraîné une dégradation générale de la flore. Les ceintures continues d’herbier ont progressivement laissé la place à des taches reliques, de taille métrique à décamétrique, cantonnées à quelques secteurs de l’étang jusqu’à ne plus couvrir qu’environ 4000 mètres carrés.

Comment cette dégradation s’est-elle traduite du point de vue de la génétique ? Les pertes considérables de surfaces couvertes se sont-elles accompagnées au cours du temps d’un isolement géographique et génétique ?

Dans le domaine des plantes aquatiques, la recherche génétique est particulièrement en pointe, grâce au partenariat mis en place avec Gabriele Procaccini de la Station Zoologique de Naples, les analyses réalisées sur les échantillons de l’étang de Berre ont bénéficié des dernières avancées technologiques pour l’étude des génomes.

Première constatation, la diversité génétique des Zostères de l’étang de Berre (signe de brassage génétique et donc d’un bon dynamisme des populations) est relativement faible. C’est plus particulièrement le cas pour ce qui concerne les individus prélevés au droit du delta de l’Arc, dans la partie nord de l’étang (et donc la plus éloignée de la communication avec la mer via le canal de Caronte). Une faible diversité génétique implique une capacité d’adaptation plus faible et fragilise d’autant plus les herbiers reliques de l’étang en prise avec l’évolution du milieu.

En outre, la comparaison du patrimoine génétique des Zostères de Berre avec plusieurs populations de mer ouverte, en France (anse de Carteau, baie du Brusc) et en Italie (Livourne, Civitavecchia ou Ischia) montre clairement un niveau d’isolement important. Les échanges sont extrêmement réduits, ce qui confirme le risque d’un appauvrissement génétique des populations de Berre.

Des réimplantations expérimentales de Zostères, en provenance de l’anse de Carteau, sont en cours dans l’étang de Berre. Si les transplants survivent, il sera particulièrement intéressant de suivre, dans les années qui viennent, quelle influence aura eu cet apport génétique sur les populations reliques en place.