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Condamnation européenne

Le sort de l’étang de Berre entre les mains de la France

La Marseillaise - 11/02/05

L’Europe peut-elle accélérer la réhabilitation de l’étang de Berre ? Sommé de respecter la convention de Barcelone, l’Etat français devrait rendre aujourd’hui sa copie à la commission européenne. Une décision que l’ensemble des acteurs de la gestion de l’étang, après des années d’immobilisme, attendent avec impatience…

 

« Il n’y a aucune vie au milieu de l’étang et sur les rives, les animaux et végétaux n’ont pas le temps de s’implanter ». Pour Philippe Picon, directeur du GIPREB, Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, la condamnation européenne répond avant tout à une exigence de qualité de vie des riverains, qui « paient les erreurs d’aménagement du passé ».
Car l’instant est grave. « Il faut en sortir, il n’est pas raisonnable de sacrifier un lieu de cette taille » estime cet océanologue de formation. Si ce dernier note des « évolutions notables notamment avec la mise aux normes des stations d’épuration et des réductions des pollutions industrielles », le constat reste des plus inquiétants. Avec au centre des préoccupations, un problème de pollution « numéro 1 » : les rejets d’eau douce et de limon de la centrale EDF de Saint-Chamas. Soumis à un véritable stress écologique, c’est tout l’équilibre de cette lagune méditerranéenne unique en son genre qui se trouve bouleversé. « L’eau de mer, plus lourde, ne se mélange pas avec l’eau douce. Sans oxygène, le fond de l’étang est devenu une espèce de désert » déplore-t-il. 30 à 40 % du plan d’eau est concerné. Seuls les phytoplanctons résistent mais leur développement, anormal, « eutrophie le plan d’eau » précise Philippe Picon. Dérivation souterraine vers le Rhône, substitution d’énergies, les solutions, multiples, sont toujours à l’étude et les avis restent partagés sur leurs impacts environnementaux et économiques.
Une certitude cependant : l’utilisation de l’énergie hydraulique correspond à un réel besoin d’une population qui a doublé en trente ans, passant de 113 000 en 1968 à 230 000 aujourd’hui autour de l’étang. Autre variable de taille : le maintien de l’activité industrielle, qui représente encore bon nombre d’emplois.
Autant d’aspects dont la France devra tenir compte dans ces propositions. A la représentation marseillaise de la Commission européenne, on se félicite déjà de la (relative) « rapidité » de la procédure (entamée en 1999). Après négociations, l’Europe devrait prochainement se prononcer sur la recevabilité des mesures françaises, sous peine de sanctions financières…