Les chasseurs de la garrigue
NOUVELLES DU PETIT GIBIER

Au-dessus de Marignane, aménagements, chasse et gestion en concertation avec le Conservatoire du Littoral
 D'un côté, la mer Méditerranée et ses falaises calcaires, de l'autre, l'étang de Berre bordé par de grandes agglomérations et des usines pétrochimiques. Saisissant ce contraste ! Nous sommes au coeur des collines de la chaîne de l'Estaque, appelées aussi massif de la Nerthe. Cette Côte bleue s'étend sur une trentaine de kilomètres d'Est en Ouest entre Marseille et Martigues, au Sud des Bouches-du-Rhône. Au Nord, l'autoroute a cloisonné le massif et au Sud, c'est la mer qui fait barrage. C'est ici qu'évoluant les chasseurs bucco-rhodaniens du Groupement cynégétique marignanais (GCM).
Malgré l'urbanisation galopante, les chasseurs de Marignane ne se plaignent pas. « C'est notamment grâce au Conservatoire du littoral et des rivages lacustres que nous pouvons chasser», reconnaît Gérard Guidice, président de la société communale depuis 1982. En effet, l'association cynégétique ne disposant que de quelques centaines d'hectares communaux et privés pour quelque 280 chasseurs, la chasse se pratique en grande majorité sur les terrains du Conservatoire. Au départ, les chasseurs étaient inquiets de voir des terrains cédés au Conservatoire du littoral. « Nous
étions avant tout soucieux de voir perdurer notre passion, puis nous voulions garder les mêmes modes de chasse », argumente le président du GCM. Un climat serein s'est rapidement instauré dès 1983, date à laquelle la première convention liant
l'établissement public à la société de chasse a été signée.
La particularité de cette convention est de permettre aux chasseurs de Marignane, ville fortement urbanisée, de pouvoir chasser dans les garrigues de la commune voisine d'Ensuès-la-Redonne. Autre particularité, les chasseurs peuvent bénéficier d'une centaine d'hectares de marais et étangs, classés Znieff (zone naturelle d'intérêt écologique, floristique et faunistique), inscrits à l'inventaire national de zones humides. Selon la zone humide, marais ou étang, la chasse peut se passer la nuit à la hutte, à la botte, à la passée du matin ou bien encore à la passée du soir.
L'importance de la végétation
Dans ce secteur du département, pas de grand gibier, faute d'habitat, ni de corridor pour permettre les déplacements erratiques et le cantonnement des grands animaux comme le sanglier. En revanche, les perdrix rouges sont présentes en bonne densité et les lapins abondent sous les chênes kermès de la garrigue.
Autre espèce emblématique, les turdidés, surtout les grives musiciennes, mauvis et merles, viennent compléter les tableaux de chasse.
En période de migration, les oiseaux, ne voulant pas entreprendre la traversée de la grande bleue, arrivent au petit matin de la mer. Les bouquets de pins d'Alep, quant à eux, retiennent quelques oiseaux au long bec C'est sur une très courte période que les chasseurs peuvent tirer des bécasses des bois, hormis lors de tombées plus tardives.
En région méditerranéenne, la végétation est étroitement liée au climat et aux terrains secs. Dense, homogène sur les milliers d'hectares de la Côte bleue, la garrigue doit être aménagée pour accueillir du petit gibier. Ces aménagements
ne profiteront pas seulement à la faune chassable ; beaucoup d'espèces protégées, des insectes jusqu'aux oiseaux, sans oublier les reptiles, sauront en tirer profit.
Des garennes artificielles
La première action de l'équipe du GCM consiste à ouvrir le milieu par du débroussaillement mécanique, à l'aide d'un tracteur muni d'un girobroyeur. Ces opérations doivent être toujours mûrement réfléchies pour être efficaces.
La création de nombreuses lisières permettra notamment aux perdrix rouges d'installer leur nid dans les premiers mètres de végétation. Les lapins pourront se nourrir des jeunes repousses et du brachypode rameux, graminée
appelée en Provence la baouque, ou herbe à moutons, colonisatrice des espaces récemment débroussaillés.
La création et l'entretien d'un réseau de cultures faunistiques figurent aussi dans les actions prioritaires ; les chasseurs s'attellent à ensemencer des parcelles agricoles abandonnées depuis plusieurs décennies, faute de rentabilité. Certaines parcelles seront protégées jusqu'à la montée en graines, limitant l'abroutissement par les lapins et permettant aux perdrix d'en profiter durant de longs mois.
Quant aux repeuplements, les efforts sont portés sur la perdrix rouge et le lapin de garenne. Plusieurs centaines de celui ci sont lâchées massivement dans un nombre considérable de garennes artificielles.
Pour couronner le tout, un dispositif d'abreuvoirs et de mangeoires est implanté sur tout le territoire, offrant aux animaux de repeuplement une aide précieuse pour leur acclimatation.
La passion envers et contre tout
Dès 1992, la limitation des prélèvements est instaurée, mais c'est en 2006 qu'un carnet de prélèvements très abouti voit le jour. À l'aide de cet outil indispensable de gestion, le bureau du GCM peut désormais, non seulement contrôler les sociétaires en action de chasse, mais surtout tirer des informations non négligeables sur les tableaux de chasse. Avec plus de 80 % de retour des carnets, les analyses apportent des renseignements assez précis sur les effectifs de gibier prélevés ; les carnets ont mis par exemple en exergue une chronologie des prélèvements de lapins très étalée dans le temps, traduisant une abondance d'animaux en fin de saison.
La fatalité, les chasseurs marignanais ne la connaissent pas. Malgré l'urbanisation, les fréquents incendies, les flambées
de botulisme, l'équipe de bénévoles a fait face à l'adversité, en sachant investir dans des véhicules et du matériel leur
permettant de mener à bien des aménagements de grande ampleur.
Les repeuplements intelligemment menés, et la gestion rigoureuse des prélèvements ont parachevé la réussite des opérations dans ce coin de Provence.
BB
Plaisirs de la chasse
Un havre d'eau, mais pollue

L'étang de Bolmon (724 ha), propriété du Conservatoire du littoral, est séparé de l'immense étang de Berre (15300 ha) par le cordon du Jai, petite bande de terre. Cet étang subit de fortes pressions anthropiques. Les eaux du Bolmon accueillent deux rivières, La Cadière et La Raumartin, mais drainent aussi les eaux de ruissellement d'une station d'épuration, de zones urbanisées et industrielles. Conséquence, depuis 1995, le botulisme, intoxication résultant de l'action de neurotoxines paralysantes produites par des bactéries du genre Clostridium, sévit sur l'étang engendrant certaines années, la mortalité de plusieurs centaines d'oiseaux d'eau. Malgré ce triste tableau, ce petit espace naturel continue à vivre, voire même à se développer !