LES ÉLUS VEULENT PLUS CONTRE LA POLLUTION
La Commission européenne a inspecté hier les eaux de L'étang de Berne

C'est un vieux serpent de mer. Cinq ans après la condamnation de la France par Bruxelles concernant la pollution de l'étang de Berre, quatre représentants de la Commission européenne et trois du ministère de I Ecologie étaient sur le site, hier. Objectif, s'assurer que l'Etat francais réponde aux exigences européennes de réhabilitation de l'étang.
 Depuis quarante ans, l'usine hydroélectrique EDF de Saint-Chamas rejette en
effet d importantes quantités d'eau douce dans la lagune salée, bouleversant son écosystème. Après la condamnation européenne, l'Etat avait imposé à EDF dès 2005 un volume maximal de rejets d'eau douce et de limons par an, et l'obligation
de les lisser dans le temps.
Dérivation vers le Rhône
L'expérimentation, qui a duré quatre ans, vient de s'achever. « Le lissage n'a
servi strictement à rien », tranche Serge Andréoni, sénateur-maire (PS) de Berre-l'étang et président du groupement d'intérêt public pour la réhabilitation de l'étang de Berre (Gipreb). Depuis plus de vingt ans, écologistes et maires du pourtour du plan d'eau demandent une dérivation des eaux douces de Saint-Chamas vers le Rhône, grâce à la construction d'un canal. Un projet estimé entre 1 et 2 milliards
d'euros. Hier, ni le ministere, ni la Commission européenne n'avaient communiqué sur leur visite ou le bilan du lissage. « Ils sont venus écouter, ils n'ont pas beaucoup parlé », constate Serge Andréoni. Les élus locaux craignent que la solution du lissage perdure et que Bruxelles mette un terme au contentieux avec la France. Un retour à la case depart. « ll y a eu un réveil en 2004, depuis on retombe dans les mêmes errements», estime Vincent Burroni, maire (PS) de Châteauneuf-les Martigues. Autre souhait du Gipreb, la réouverture du tunnel du Reve, qui permettrait d'injecter de l'eau salée depuis l'Estaque vers l'étang de Bolmon, puis celui de Berre. Mais là encore, le projet traîne. Des ouvertures
expérimentales étaient initialement prévues l'an prochain. Elles seraient repoussées d'un an ou deux, affirment les élus. Pour Bernard Nicollini, écologiste
de l'association Etang marin, gagner du temps est une stratégie. «EDF arrive en fin de concession sur l'exploitation hydroélectrique de la Durance en 2015, analyse-t-il. Elle n a pas envie de faire des investissements qui risquent de ne pas lui profiter. »
• DELEGATION
Les élus de l'étang de Berre devraient être reçus « très rapidement » par la Commission européenne. Une rencontre avec le ministère de l'Ecologie est également au programme, le 17 ou 18 novembre.
LAURENT BERNERON