Pourquoi les acteurs politiques et socio-économiques du Gipreb proposent comme solution à la pollution de l'étang de Berre, la dérivation des rejets EDF respectueuse de la Durance et de la production hydro-électrique.
Les objectifs de réhabilitation de l’étang de Berre, portés par le GIPREB, ne seront atteints que par la réalisation d'une dérivation totale des rejets EDF dans le Rhône et de manière plus modeste mais néanmoins importante, par la réouverture du tunnel du Rove à la courantologie.
Mais attention, il serait illusoire d'envisager la dérivation totale des rejets EDF en dehors d'une approche globale intégrant le fonctionnement des deux bassins versants aujourd'hui étroitement liés par la chaîne de production hydroélectrique : l'étang de Berre et la Durance.
Répondant aux différentes problématiques socio-économiques, l'objectif de la dérivation totale des rejets en particulier répond à un vrai projet de développement durable n’hypothéquant pas l’avenir ni au plan énergétique, ni au plan écologique et patrimonial, ni au plan économique.
Les élus, les associations et les pêcheurs de l'étang de Berre souhaitent tout mettre en œuvre pour éviter que la France soit condamnée à payer des astreintes financières. Mais aujourd’hui ils s'inquiètent fortement des orientations qui sont prises par l'Etat pour faire face aux injonctions de l'Europe.
Les propositions initiales de modulation des rejets, avec le maintien des volumes d'eau à 2,1 milliards de m3/an ont, en effet, été fermement rejetées par la Commission européenne ; l’État est donc aujourd’hui contraint à faire de nouvelles propositions avec une baisse sensible des volumes d'eau et de limons. Mais ces mesures restent dans la même logique, en l'aggravant, de renvoi des eaux et des limons à la Durance. Elles conduisent donc à de nouveaux dommages pour les milieux concernés.
En effet, la solution qui consiste à diminuer la quantité d'eau rejetée dans l'étang et à la restituer en Durance est sans doute la plus à même de satisfaire dans l'urgence aux attendus du contentieux européen, elle aura, à terme, des conséquences très négatives au plan hydraulique, écologiques et économiques.
De plus,
alors que les effets sur la Durance d'une augmentation des restitutions à Mallemort auront un coût environnemental considérable,
et alors que cette approche limite encore davantage la capacité de production hydroélectrique, faisant l'impasse sur les engagements à tenir vis-à-vis de la production d'énergie renouvelable,
les bénéfices à attendre sur l'étang de Berre seront plus qu'incertains.
Le risque aujourd'hui est donc que la réhabilitation de l'étang de Berre soit effacée au profit d'une hypothétique amélioration partielle et pour un coût futur encore inestimable aujourd’hui.
Ainsi pour une économie de moyens sur le court terme, le nouveau dispositif des rejets qui pourrait être mis en place constitue un pari incertain sur l'avenir, qui ne prend pas en compte le simple principe de précaution.
Les élus, les associations et les pêcheurs défendent l'idée d'une vraie et ambitieuse réhabilitation de l'étang de Berre, soit un projet de développement durable, et ne peuvent que s'opposer à une amélioration au rabais. Toute tentative de réduction partielle des apports de la centrale ne peut être acceptée par eux qu'en tant que mesure transitoire en attendant un arrêt complet des rejets.
La dérivation des eaux du canal usinier vers l'embouchure du Rhône est la seule solution qui satisfasse à l'ensemble des enjeux : la réhabilitation de l'étang de Berre, la sauvegarde de la basse Durance, l’apport de limons vers le littoral camarguais et une production optimale d'hydroélectricité.
C'est pourquoi les élus, les associations et les pêcheurs membres du GIPREB estiment nécessaire que cette question de la dérivation ne soit pas éludée et prenne place dans les nouvelles propositions de l'Etat.