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un milieu dégradé, victime de son attrait

 
 

> Choisi comme site stratégique pour des implantations industrielles

>Forte augmentation de la pression démographique

>A une époque où on ne se préoccupait pas d'environnement

>Choix logique de l'étang comme milieu récepteur par EDF

>Interdiction de la pêche en 1957 et apparition des premiers conflits d'usage




















 

Des apports multiples à l'étang
L
e développement économique autour de l’étang de Berre et les flux de polluants qui y sont associés ont provoqué de profondes modifications de cet écosystème ainsi que des dégradations sévères et majeures
du milieu.


La centrale EDF de Saint-Chamas : un apport moyen d'eau douce de 2 milliards de m3/an, soit 2,1 fois le volume de l'étang
La centrale hydraulique EDF de Saint-Chamas est la principale contributrice des apports globaux d'eau douce à l'étang de Berre, en dépit des mesures de limitation prises à partir de 1995. L'apport est chiffré à 3,2 milliards de m3/an (moyenne 66/93) plafonné à 2,1 m3/an en 1995. Les apports annuels moyens globaux d'eau douce à l'étang représentent désormais 2,1 fois son volume total contre 3,3 fois auparavant.

Entre 1994 et 2000, après l'application des quotas"Barnier", les apports EDF ont représenté 88 % des apports d'eau douce à l'étang contre 8 % par les tributaires et 4 % par l'eau pluviale.

L'évolution de la salinité montre, en moyenne annuelle, un légère augmentation à partir de 1997, attribuable à la restriction des rejets par le plan Barnier : maximum de 25 pour 1000 en septembre 1998 et minimum de 8 pour 1000 en février 1998. L'apport EDF est de loin le facteur clef des variations de salinité dans l'étang de Berre.

100 000 tonnes de limons amenés chaque année dans l'étang par le canal usinier
Dans l'état actuel des connaissances les apports solides à l'étang depuis ces 40 dernières années sont dominés par les apports du canal usinier, malgré la limitation, dès 1999, des apports moyens annuels de limons à 100 000 tonnes et à 1 g/l de matières en suspension en moyenne journalière. Les apports naturels (Arc, Touloubre et Cadière) représentent toujours une part minoritaire, de l'ordre de 25 à 30 % des rejets à l'étang. La part des apports de sédiments marins par le chenal de Caronte est inconnue mais pourrait s'avérer localement significative.

37% de la capacité de traitement des stations d'épuration du bassin versant de l'étang de Berre non conforme
La situation des apports directs des stations d'épuration à l'étang s'est récemment améliorée : déplacement des points de rejet de Miramas et Rognac en 2000 et 2002, suppression de la station d'épuration d'Istres-romaniquette début 2005, mise en séparatif du collecteur unitaire de Miramas, etc

Les apports des stations d'épuration aux cours d'eau du bassin versant sont contrastés : les foyers majeurs sont Vitrolles sur le sous-bassin versant de la Cadière, Salon-de-Provence sur celui de la Touloubre et Aix-en-Provence concernant l'Arc, en dépit du fonctionnement satisfaisant de cette dernière.

La station de Vitrolles est responsable de l'essentiel de la dégradation du système Cadière-Bolmon. Une nouvelle station d'épuration est attendue pour fin 2007 environ.

Pour les tributaires, la plupart des stations plus modestes (moins de 20 000 équivalent habitants) ne sont pas encore aux normes en terme de déphosphatation et nitrification. Au total, 18 des 33 stations actuelles (>2000EH) ne sont pas aux normes. Elles représentent 37 % de la capacité de traitement installée soit 177 400 équivalents habitants.

Pour l'ensemble du bassin versant naturel, 77 % de la capacité de traitement en EH est conforme en 2005. Cela représente 45 % du nombre de stations d'épuration et 631 500 équivalent habitant.

Ces apports sont majoritairement issus des superficies imperméabilisées du tissu urbain. Une approche par sous-bassin riverains et par bassin versant des tributaires permet d'isoler certains points noirs.

>le secteur Miramas-Saint-Chamas se caractérise par des surverses régulières d'effluents domestiques non-traités (réseau unitaire) dans la baie de Saint-Chamas, milieu sensible du fait du confinement.

>sur le bassin de l'Arc, les pollutions pluviales sont importantes. La forte urbanisation de ce secteur, associée aux rejets des zones industrielles et commerciales, sont responsables d'apports chroniques de micropolluants dans l'eau, essentiellement en hydrocarbures et en métaux lourds

>sur la Touloubre, dont le bassin versant présente un caractère beaucoup plus rural (180 hab/km 2 contre 310 hab/km 2 pour l'Arc), les pollutions dues aux ruissellements pluviaux sont moins cruciales.

>la Cadière, à une échelle géographique plus réduite, concentre une urbanisation dense sur son bassin versant ainsi qu'une forte représentation des activités industrielles et commerciales : 10 zones d'activités occupent 500 ha du bassin versant et regroupent 400 entreprises. La gestion des eaux pluviales de ces zones et les rejets des industries sont mal maîtrisés.

Les apports pluviaux urbains : une conséquence de l'implantation forte des activités industrielles et commerciales
Lors des orages, les eaux pluviales sont pour l'essentiel rejetées au milieu sans traitement préalable. La zone industrielle des Estroublans à Vitrolles est considérée comme le point noir principal pour les milieux récepteurs : Cadière et Bolmon (47 % d'imperméabilisation). Les installations classées pour la protection de l'environnement sont réglementairement équipées de bassin d'orages de capacité décennale.

Le bilan des apports annuels de temps sec et de temps de pluie (hors canal EDF) fait apparaître la contribution majoritaire de la pollution pluviale urbaine en terme d'apports de plomb (74 %), de zinc (71 %) et d'hydrocarbures (79 %).

Les activités agricoles : une source non négligeable d'apports en azote et phosphore
En zone rurale, la pollution des cours d'eau émane de foyers ou sources ponctuelles (élevages, caves viticoles) et des apports diffus provenant du lessivage des terres agricoles. Les apports en azote et phosphore au bassin versant de l'étang issus du lessivage des terres agricoles seraient respectivement de l'ordre de 590 et 35t/an (à comparer aux apports eDF de 2 800 et 50t/an, des tributaires de 1 050 et 220 t/an en 1999 et des industries, de 53,78 et 10,43 t/an en 2001).

Les rejets industriels : une amélioration notable, mais des progrès restent à faire
En 1972, avec l'adhésion des gros industriels au Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles, des normes sévères, aujourd'hui respectées, ont été fixées. Aujourd'hui, les entreprises ont donc considérablement réduit les effluents liquides rejetés.

La part industrielle des apports à l'étang en 2001 était de 2 % en matière d'azote et de phosphore, de 4 % en matière de DBO, de 5 % en matière de DCO et d'une part non négligeable en ce qui concerne les rejets de mercure, plomb et cadmium (cependant les données chiffrées sur les rejets aqueux sont très partielles et ne permettent pas de bilan exhaustif). Une pollution industrielle "historique" marque les sédiments au droit des principaux sites industriels.

Il faut rajouter aux gros industriels riverains de l'étang dont les rejets aboutissent directement dans le milieu aquatique, les petites et moyennes entreprises riveraines de l'étang ainsi qu'un certain nombre de zones industrielles déversant leurs effluents aqueux dans les cours d'eau du bassin versant de l'étang.

Le bilan des apports dans l'étang de Berre : le rejet d'EDF principal apport de matière organique et de nitrates
Selon les données à disposition, le canal usinier EDF est le principal apport de matières organiques dans l'étang (60 % du flux total de DBO contre 24 % aux tributaires), du fait de l'importance du débit hydraulique de l'apport et non de la concentration en pollution dans l'eau douce déversée. Il constitue également l'apport prépondérant d'azote à l'étang (66 %) mais se situe très en deçà du cumul des tributaires naturels en ce qui concerne les apports de phosphore (15 % contre 63 %).

Les rejets des stations d'épuration riveraines constituent des apports majeurs et concentrés par temps sec, mais minoritaires en termes de flux globaux annuels, surtout en ce qui concerne l'azote. Ainsi le canal EDF est le principal vecteur de nitrates vers l'étang. Il participe certainement de façon prépondérante au maintien d'une pollution de fond de la masse d'eau.

Des dégradations sévères et majeures du milieu
L’impact le plus direct des flux d’eau douce rejetés à l’étang par le canal usinier d’EDF est la variation de salinité (spatiale et temporelle) qui induit deux phénomènes dommageables à l’écosystème :

> une instabilité hydrologique mal supportée par certaines biocénoses dont la biocénose des sables vaseux de mode calme (SMVC) qui regroupe des espèces à affinité marine. Cette instabilité est synonyme d’une appauvrissement de la biodiversité de l’étang.
> une stratification haline qui participe à la persistance des conditions anoxiques des eaux profondes.

Un très fort niveau d’eutrophisation
Conséquence directe des apports massifs de nutriments via la pollution domestique, agricole, pluviale et les apports du canal usinier, l’étang de Berre souffre d’un très fort niveau d’eutrophisation. La valeur de 30 µg/l de chlorophylle-a correspondant au seuil entre une situation mauvaise et une situation très mauvaise, est largement atteinte puisque les teneurs dans l’étang varient entre 30 et 180 µg/l. 

L’eutrophisation se manifeste par deux phénomènes souvent alternés dans le temps, selon l’importance des rejets d’eaux douces et des charges nutritives associées :

> un développement des ulves et une diminution des concentrations en chlorophylle a, (consommation du phytoplancton par des organismes filtreurs -> augmentation de la transparence de l’eau -> terrain favorable au développement des ulves),
> des efflorescences phytoplanctoniques répétitives tout au long de l’année. Ces populations se développent dans les eaux de surface chargées en sels nutritifs et dont la salinité moyenne a diminué.

Les coûts induits par l’eutrophisation sont directs (ramassage des macroalgues sur les rives) et surtout indirects (manque à gagner pour toutes les activités nautiques dépendantes de la qualité des eaux).

La disparition des espèces emblématiques de l’étang
Une autre réponse majeure à ces apports réside dans l’évolution des espèces et populations des phanérogames et des macroalgues depuis les années 70.

>Les herbiers de phanérogames saumâtres Potamogeton pectinatus et Ruppia cirrhosa sont en régression, ces deux espèces n’étant plus signalées que dans une seule station avec une baisse significative de leur abondance. 

>Les herbiers de phanérogames marines sont dans un état très dégradés, même si l’on observe une relative stabilité à proximité immédiate du bord. Zostera marina, qui n’était plus signalée depuis 1973 a refait son apparition au sud en 2001 (toutefois sa présence actuelle n'est pas confirmée.


L'instabilité hydrologique permanente de l'étang de Berre fait que seules les espèces les plus résistantes ou les plus opportunistes peuvent survivre dans le milieu.