Un étang peut en cacher un autre

En 2007, l'État signait avec la Région un contrat quinquennal pour la réhabilitation de l'étang de Berre. Son but: répondre aux exigences européennes. Ses objectifs : rétablir la qualité sanitaire de l'eau,retrouver un fonctionnement équilibré des écosystèmes et développer les activités traditionnelles et de loisirs.
Aujourd'hui, comment l'étang de Berre se porte-t-il? Que reste-t-il à faire?
Triste constat après quatre ans d expérimentation les résultats du suivi écologique réalise par le Gipreb montrent que la diminution des rejets d eau douce par la centrale EDF ne suffit pas à réhabiliter l'étang. «Tous les indicateurs biologiques sont, dans le rouge» s'exclame Philippe Picon, le directeur du Gipreb. « De 2005 à 2010 la biodiversité n a pas augmenté alors que les rejets sont passés de 2,1 milliards de m3 a 1,2 milliard de m3 poursuit-il. Ainsi, il n'y a quasiment plus de vie dans 30 a 50 % de l'étang ».

A Martigues la municipalité s'est toujours battue contre la fermeture de la centrale EDF de Saint Chamas mais aussi contre le déversement des eaux dans l'étang. « Nous sommes depuis le début favorables au projet de dérivation des eaux de la Durance vers le Rhône » rappelle le maire.
Le Gipreb a réfléchi a trois scénarios possibles permettant la faisabilité du projet tout en préservant l'outil de production énergétique La première option est la création d un canal qui longerait l'Est de l'étang de Berre pour rejoindre l'embouchure du Rhône. La seconde est la solution dite du « siphon ». L'eau passerait dans un tunnel sous l'étang de Berre. La troisième option serait un mélange des deux autres. L eau emprunterait le tunnel au début pour finir en canal jusqu'au Rhône. Le coût de l'opération s échelonnerait entre 1 et 2 milliards d'euros sur cinq à six ans de travaux. Mais la dérivation risque encore de se faire attendre. Actuellement tous les acteurs s'accordent à dire que c'est la seule solution qui permettrait la réhabilitation de l'étang mais l'ampleur et le coût du projet font encore reculer l'Etat. « II s'agit
pourtant de sauver le plus grand étang salé d Europe » répète Gaby Charroux. Alors voie sans issue ? Pas si sûr. Une
étude sur la faisabilité technique et l'efficacité de la réouverture du tunnel du Rove a été réalisée par le Gipreb. II s agit par un système de pompage d'injecter de l'eau de mer dans l'étang. « Cela permettra d accélérer le renouvellement de l'eau et de résoudre en partie le problème d oxygénation. L'eau met actuellement deux mois pour se renouveler avec le canal cela sera possible en quinze jours » explique Philippe Picon.
Sauver le plus grand plan d'eau salé d'Europe
Les travaux sont prévus pour 2013 par le Grand Port Maritime de Marseille pour un coût total estimé à 8 millions et demi d'euros. La réouverture du tunnel du Rove ne résoudra qu'en partie les maux de l'étang. Mais attention un étang peut en cacher un autre... « Un écosystème dégrade ne signifie pas une eau de mauvaise qualité pour la baignade » martèle Philippe Picon. « Dans une piscine municipale il nya pas de vie et pourtant les gens n hésitent pas à s'y baigner » poursuit-il. Pour le directeur du Gipreb il ne faut pas avoir peur de développer les usages. « Il reste beaucoup à faire par rapport au potentiel tounstique qu offre le site. II faut changer le regard porté sur l'étang ». A Martigues l'aménagement des rives de l'étang passe par le comblement de l'anse de Ferrieres et la création d un jardin public. « II s agit par ce remblaiement d éviter que les algues ne s'accumulent sur place et ne sentent mauvais » explique le maire.
« Entre le ramassage le transport et le dépôt, cela coûte 100 euros la tonne pour amener les algues à la décharge ». II n existe actuellement pas de filière de traitement de ces plantes aquatiques. Au prochain conseil municipal une demande sera adressée au préfet pour déclarer la cause d utilité publique. II est vrai que derrière la rehabilitation se cachent de véritables enjeux économiques environnementaux mais aussi humains. « En ces temps de crise l'amélioration du cadre de vie peut être un veritable amortisseur social » conclut Philippe Picon.
Notez-le
// Le Gipreb
II était un groupement d'intérêt public, il est devenu depuis le 1er janvier un syndicat mixte. La structure a désormais la compétence pour entreprendre des travaux. Quant aux initiales Gipreb, elles deviennent Gestion intégrée, prospectives
et restauration de l'étang de Berre
Gipreb 04 42 74 15 51
gipreb@gipreb fr
www.etangdeberre org
Un étang à double vitesse
De nombreuses espèces n'arrivent plus à prospérer dans l'étang, pourtant la bonne qualité de l'eau autorise les baignades.
Un étang à double face. Voilà comment peut désormais se résumer la situation actuelle de l'étang de Berre. D'un côté les études bacteriologiques menées par le Gipreb (groupement d intérêt pour la réhabilitation de l'étang de Berre) attestent de la bonne qualité de l'eau et invitent donc à la baignade. De l'autre, la vie a du mal à se développer. Une ambiguïté qui résulte d un constat simple : l'étang de Berre a connu le pire mais se dirige vers le meilleur. « En 2021 il faudra que l'étang soit en bon état écologique explique Philippe Picon direcleur du Gipreb. C'est ce que. stipule la directive cadre sur l'eau de l'Europe qui est commune à tous les états membres. Le bon état de l'eau doit être atteint pour 2015 mais l'étang de Berre a une dérogation jusqu en 2021. Cela signifie quil va falloir prendre des décisions fortes. Sinon on encourt une amende ou une mise en demeure » Aujourdhui si l'on peut donc se baigner sans problème dans divers endroits de l'étang, biologiquement l'état de santé reste inquiétant. « C'est tout le paradoxe de cet étang, poursuit le responsable. Le niveau de contamination a fortement baissé depuis la mise en place du secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles (SPPP1) maintenant le niveau est plus qu'acceptable. En revanche d'un point de vue biologique de nombreuses espèces ont disparu notamment différents types d herbiers qui constituaient un abri et servaient de nourriture aux espèces animales. Depuis 2005 les indicateurs sont mauvais même si la salinité de l'eau s'améliore."

Deux raisons peuvent expliquer ces mauvais résultats. La stratification de l'eau et l'eutrophisation. « La stratification est due aux rejets de la centrale EDF. L'eau douce qui est déversée dans l'étang ne se mélange pas avec l'eau salée. L'eutrophisation, elle, résulte de l'activité autour de létang. Activité industrielle, agricole, humaine. Elle se caractérise par un apport trop important d azote et de phosphore. L'eau perd de sa transparence, ce qui pose un problème puisque les plantes ont besoin de lumière pour vivre ».
Baignade autorisée

Quant aux solutions elles restent peu nombreuses. « Les rejets urbains passent par des stations d'épuration aux normes très strictes pour le traitement de l'azote et du phosphore. II sera difficile de faire mieux. Les industries sont également soumises à des normes rigoureuses et les quantités rejetées sont faibles. L'agriculture représente une source importante de rejet, on travaille avec eux pour trouver un système d'épuration. Enfin reste l'usine EDF. Actuellement on réfléchit à une possibilite de dérivation du canal. Réduire encore les rejets dans l'étang est possible seulement cela signifie qu'EDF fera tourner davantage l'usine de Ponteau. C'est-à-dire augmenter les rejets atmosphériques. Ce n'est pas envisageable."
Si l'étang de Berre est donc encore en mauvaise santé, tout est fait ou sera fait pour qu'il retrouve à terme son charme d'antan mais surtout son écosystème. « Cet étang est une vraie entité fédératrice conclut le directeur. Le réhabiliter signifierait le retour d une activité plus importante de pêche, du tourisme, un retour du lien social ».
Retrouver les plaisirs d antan autour de l'étang de Berre deviendra sans doute bientôt une réalité. « Dans d'autres lagunes on a constaté que lorsque tous les niveaux sont bons la recolonisation est très rapide. Je pense que l'étang de Berre n'échappera pas à la règle ».
Trois questions à....
Bernard Niccolini, Président de la coordination de l'étang marin
Quelles sont les missions de l'étang marin ?
Nous regroupons une soixantaine d'associations d'activités diverses et pas seulement environnementalistes. Notre objectif commun est de retrouver les usages de l'étang d'autrefois. Je suis natif de Marseille, et quand j'étais jeune, on allait se baignait au Jai, à Marignane. L'eau était plus chaude qu'à Marseille et l'on se régalait de moules et de palourdes. Nous sommes pour une cohabitation des riverains et des industries. L'étang de Berre est un véritable poumon bleu pour la région, on a trop tendance à l'oublier.
Pensez-vous pouvoir retrouver un jour l'étang de votre enfance?
Cela fait 20 ans que je me bats pour la réhabilitation de l'étang de Berre. On n'y est pas tout à fait arrivé, mais on en prend le chemin. On a déjà acquis la réouverture du tunnel du Rove qui permettra par un dispositif de pompage de l'eau de mer de la déverser dans l'étang de Berre pour le réoxygéner. Les travaux sont prévus pour 2013. Cela représente
déjà une avancée importante. De plus il faut prendre en compte la limitation des rejets d'EDF, même si nous continuons de nous battre pour un arrêt total de ces derniers par procédé de dérivation des eaux de la Durance vers le lit du Rhône.
Quels sont les enjeux de la dérivation de la Durance?
Elle est incontournable. C'est le seul moyen de permettre le retour à un étang marin et de stopper les rejets d'eau douce. Une étude socio-économique, réalisée à la demande de l'Etat démontre non seulement la faisabilité du projet mais aussi sa rentabilité. Tout le monde y trouverait son compte. La dérivation permettrait d'utiliser à fond le potentiel
hydroélectrique de la Durance et de profiter d'une énergie renouvelable. De plus, les travaux créeraient 16000 emplois directs et 6000 emplois indirects une fois la dérivation achevée. Cela se traduirait par un développement touristique
et économique de la zone. Avec le Gipreb, la réhabilitation est déjà enclenchée, la dérivation la révélera.

Si les pêcheurs continuent à travailler sur l'étang, ils n'osent néanmoins pas investir.
« Les pêcheurs en sursis »
Anguilles, loups, dorades, muges... L'étang de Berre est peuplé de toutes sortes d'espèces. « II n'a jamais perdu son potentiel halieutique, insiste William Tillet, premier prud'homme de pêche à Martigues. L'étang a toujours été est une zone très poissonneuse et une source importante de revenus. Cependant, du fait des rejets EDF, les poissons étaient perturbés et repartaient. Avec la limitation des rejets par la centrale, on constate une nette amélioration. Il y a moins de limon et la faune marine est plus abondante. » Depuis trois ans, l'étang permet la naissance et le développement d'importants naissains de moules. « La qualité de l'eau s'est nettement améliorée, elle est passée de D, note dite « insalubre » à B, note dite « bonne » selon un classement de la Direction départementale des territoires et de la mer effectué il y a trois ans » .Oui mais voilà, tout n'est pas rose pour autant. Pour les pêcheurs, l'étang restera en sursis tant que l'Etat n'apportera pas la solution de la dérivation de la Durance. « On vit au jour le jour tout en étant à la merci d'EDF, livre William Tillet. Le matin, en se levant, le pêcheur a toujours un regard inquiet sur la centrale et n'ose pas investir ». L'avenir ? William Tillet y pense pourtant avec optimisme « L'étang possède une fabuleuse capacité de régénération. Il y a deux ans, on a même trouvé des petits thons qui nageaient après des sardines. D'après nos études, si EDF ne crache plus, dans dix ans on pourrait revenir à l'étang des années 1940. Notre seule contrainte serait alors les limitations de Bruxelles sur la quantité à pêcher. »
Destination étang de Berre
Entre les sports nautiques, la pêche et les balades, il existe un vrai brassage d'activités à pratiquer sur ou autour de l'étang.
Loin de l'image industrielle très souvent associée au site, se cache un autre étang. Celui des paysages sauvages des petites criques et des sentiers discrets oùla nature se livre dans toute sa splendeur. Mais peut-on pour autant parler de l'étang de Berre comme d'une destination touristique ? « Martigues n'est pas une ville construite au bord de mer mais sur la mer » disait Alexandre Dumas. Pour Laurent Châteaux, directeur de I Office de tourisme, cela ne fait aucun doute. L'étang de Berre constitue un formidable potentiel touristique pour la ville. « II renforce l'image de Martigues comme ville d eau insiste-t-il. S'il n'est pas encore une destination touristique, il peut le devenir avec le développement des activités nautiques et de loisirs."
L'activité incontournable à pratiquer autour de l'étang est la grande randonnée, le GR51. En passant entre autres par le jardin de la Rode, le site archéologique de Tholon puis le grand parc de Figuerolles, il est possible de découvrir des paysages de toute beauté. « Les gens ne s'imaginent pas que le pourtour de l'étang cache un poumon vert de cette
importance » ajoute Jean François Gonzalez le directeur du parc de Figuerolles. La façade Ouest de l'étang est en effet longée par un massif boisé qui s étend largement au delà de Martigues. « C est un choc visuel pour ceux qui découvrent le site et un formidable terrain de jeux pour les sportifs les promeneurs et les chasseurs » L'année dernière des aménagements ont été réalisés sur l'anse de Figuerolles. « On a crée une aire de pique nique des jeux pour enfants et une passerelle pour relier le site à Saint-Mitre mais nous voulons éviter de trop domestiquer le secteur car certaines zones restent sauvages et donnent ainsi un sentiment déroutant voire inattendu."
D après une enquête de satisfaction réalisée par le personnel, le grand parc de Figuerolles a accueilli près de 86 ooo visiteurs de juin à août dernier dont les deux tiers venaient des alentours (Aix en Provence Arles Marseille ).
L'étang, mondialement connu pour ses activités nautiques
L'an dernier, le cercle de voile de Tholon organisait les championnats du monde de planche à voile. « L'étang permet d'accueillir des manifestations de grande envergure explique Bertrand Manechez, le directeur du club. Nous avons déjà reçu jusqu'à 1200 bateaux » poursuit-il. Le site est particulièrement propice a la pratique des sports nautiques. « C'est un point d eau ferme bien venté et l'eau est plus chaude que celle de la Méditerranée." Pour Bertrand Manechez, le développement touristique de l'étang passe par celui des activités de plaisance « Notre projet est de développer un point nautique a Figuerolles pour l'été 2011 ». Catamarans, planches à voiles, pédalos ou kayaks, l'idée est de proposer des cours particuliers, de la location de matériel et l'accueil de groupes. Le Cercle nautique a fait une demande de labellisation Point plage auprès de la Fédération française de voile. Du cote de la Ville, la création d'un jardin public avec le comblement de l'anse de Ferrières reste la priorité. « Ce projet nous tient particulièrement à coeur livre Nadine Megel directrice générale adjointe du service Tourisme Animation de la Ville. II sera le début de toute une série d'actions concernant
l'étang. Nous aimerions créer une liaison maritime entre le Fort de Bouc où il existe un embarcadère et le parc de Figuerolles. Ce serait une facon de faire le lien entre les deux sites touristiques que sont la Méditerranée et l'étang de Berre. Mais pour le moment il est impossible de déterminer la faisabilité du projet.» Si l'étang de Berre n'est pas encore une destination touristique en soi, il peut le devenir. Qui sait, un jour peut-être les touristes de la Côte Bleue ne pourront repartir sans une escale sur l'étang....

L'étang, toute une histoire
L'étang de Berre est aussi un important lieu de fouilles archéologiques. Avec le site de Tholon, les archéologues ont mis au jour un village gallo-romain datant de l'Antiquité et ne désespèrent pas un jour de découvrir au fond de l'eau un port romain. « Des fouilles sous marines avaient en effet permis de découvrir l'existence de digues à environ 50 m du rivage, explique Jean Chaussene-Laprée, archéologue. Cela laisse donc supposer que le site pourrait être encore plus grand.» En attendant de mettre au jour cet hypothétique port, le site verra en 2011 démarrer des travaux de mise en valeur et de restauration. Financé par la municipalité et la Fondation des bâtiments de France, ce projet prévoit la restauration des réservoirs en pierre de taille, du bassin du lavoir et des sols anciens existants (calades). A terme, le site sera ouvert au public, pour cela des travaux de sécurisation des lieux sont prévus, notamment la pose de garde-corps et de passerelles, l'installation d'escaliers. Pour la mise en valeur, de nouvelles plantations viendront embellir le lieu. « L'objectif est de créer un parc, confie Didier Respaud-Bouny, architecte de la société Paysage, responsable du projet. Durant les travaux, le public pourra venir s'y promener. Tholon est encore un lieu de fouilles.»
Grâce a cette réhabilitation, c'est toute la complexité du site qui sera mise en lumière. « // y a des habitats de pêcheurs datant de l'Antiquité, un lavoir du XIX' siècle et juste à côté l'urbanisation moderne avec le lycée. C'est un beau projet.» Ainsi revivra Maritima Avaticorum.
Chronologie
// Les dates-clés
• 1910 : Henry Fabre fait décoller le premier hydravion
• 1922 : construction de l'aéroport de Marseille Provence
• 1925 : mise en service du canal du Rove
• 1928 : la première raffinerie s'installe à Berre l'Etang
• 1957 : la pêche est interdite dans l'étang en raison de l'accumulation de pollution
• 1966 : déversement des eaux de la Durance
• 1971 : création du Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions et des risques industriels
• 1991 : création du Siseb, Syndicat intercommunal pour la sauvegarde de l'étang de Berre
1993-1995 :limitation des rejets de limons et des apports d'eau douce Premiers suivis écologiques et rétablissement du droit de pêche
1999 : limitation des rejets solides
• 2000 : création du Gipreb
• 2009 : opération de revegetalisation
Pratique
Bon a savoir
Le parc de Figuerolles est intégré dans les prélèvements de l'Agence Régionale de Santé et fait l'objet d'analyses par le Gipreb pour à terme pouvoir l'ouvrir à la baignade.
Le parc de Figuerolles
0442491142
Cercle de voile
Base deTholon, 18 bd Touret de Vallier
0442801294
www cvmartigues net
Martigues aviron club
7 quai Sainte Anne
0442404050
www gei2004 com/mac
Jeune lance martégale
0609324498
Office de tourisme
0442423110
SORAYA HAMDAN // GWLADYS SAUOEROTTE
FRANÇOIS DÉLÉNA // FREDERIC MUNOS
Reflets, février 2011