Un pavé dans la mare
Reflets - février 2005
L’enjeu était de taille : il s’agissait –et il s’agit toujours !- depuis des années, de faire cesser la pollution de l’étang de Berre. La condamnation de la France par la Cour européenne de justice pour « pollution massive et prolongée » de la plus grande lagune méditerranéenne , autrement dit cet étang qui fait couler autant d’encre que de salive- et trop peu de sel !- est un gros pavé dans la mare. Rappelons que ce sont les rejets d’eau douce en provenance de la Durance par la centrale EDF de Saint-Chamas qui, depuis 1966, ont détruit l’équilibre salin de l’étang. En vertu de deux conventions (protocole d’Athènes et convention de Barcelone) la Cour européenne de justice a donc, par un arrêt du 7 octobre, condamné la France à remédier à cet état de fait avant deux ans. Sous peine, ensuite, de pénalités sonnantes et trébuchantes, « en général assez élevées ». a l’origine de cette procédure, la coordination des pêcheurs de l’étang de Berre et leur avocate Italienne Dona Viscardini qui peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir remporté la première manche d’une véritable bataille du pot de terre contre le pot de fer ! Ces derniers ne représentent en effet que les petits métiers qui, en Méditerranée sont tout de même forts de 1900 entreprises, contre 150 pour les gros métiers. Les responsables de la coordination des pêcheurs de l’étang de Berre sont très optimistes : ils pensent carrément que c’est Saint-Chamas qui fermera et que les deux ministères concernés seraient « prêts à lâcher EDF ». Ce qui, pour l’heure est loin d’être confirmé. Interrogé, Paul Lombard, maire de Martigues, se félicite de ce résultat. « Il y a, je l’ai toujours dit, co-responsabilité de l’Etat et d’EDF. Au moment de la construction de cette centrale, lors de l’enquête de commodo et incommodo, deux maires avaient dit non : mon prédécesseur Francis Turcan et le maire communiste de Berre l’étang, Roger Martin. Nous savions à l’époque que « verser un seau d’eau dans une tasse » ne serait pas sans conséquences graves pour l’équilibre de l’étang. Il faut faire classer au patrimoine naturel européen cette mer intérieure unique en Europe. Et que des fonds européens concourent, avec l’Etat et EDF au financement d’une solution. Solution dont je ne préjuge pas : EDF possède, avec ses ingénieurs, la capacité de produire une étude qui réponde à la problématique telle qu‘elle se pose. » Affaire à suivre de très près.