Une fermeture à la fois "symbolique et concrète"
L'analyse de Philippe Mioche, universitaire

Philippe Mioche est professeur des universités, spécialisé en Histoire contemporaine. II travaille notamment à Aix sur le thème de l'histoire industrielle.
Selon vous , la fermeture de la raffinerie de Berre est-elle un symbole fort dans l'histoire industrielle de la région ?
"La place des raffineries sur le territoire de l'étang de Berre est ancienne et importante. Elle s'y est développée dès les années 20, l'Etat obligeant alors la raffinerie du brut sur le territoire. Cette activité, qui s'est ensuite appuyée sur le développement de la
pétrochimie, a joué un rôle précurseur sur la question de l'aménagement de l'ouest de Marseille. En ce sens, oui, c'est symbolique, et à la fois très concret, dans le sens où il existe encore une activité de pétrochimie".
Cette décision marque-t-elle une nouvelle étape dans la désindustrialisation de la Provence ?
"La désindustnalisation est une question très difficile à cerner, selon les approches que l'on adopte si l'on se place du strict point
de vue de l'emploi, de nombreux paramètres rendent le constat compliqué. D'abord en raison de l'externalisation - par exemple, avant, une femme de ménage qui travaillait dans une usine était comptabilisée au sein du personnel de cette entreprise. Désormais il s'agit d'une activité de service. De plus, certains autres secteurs se sont "industrialisés", comme l'agriculture. Si, en
revanche, on adopte l'approche de la création de richesse, cela devient plus clair depuis 1960, on constate une érosion de la part de la production industrielle provençale sur le territoire national. II fut un temps où la Provence était un acteur fort de l'industrie
française, c'était entre 1860 et 1960, avec une apogée en 1930. Reste qu'il y a des situations contrastées sur la région. II y avait, en 1946, 6000 emplois à la mine, dans le bassin houiller. Et désormais, en 2011, il y en a 6000 dans la microélectronique à
Roussel. La reconversion industrielle y avait été anticipée bien avant la fermeture de la mine. Ce sont les Charbonnages de France qui ont initié cette reconversion".
Peut-on aujourd'hui imaginer une reconversion industrielle autour de l'étang ?
"Ce n'est pas à moi de le dire. Cependant, il faut s'attarder sur la spécificité de la raffinerie. Cette activité consacrée àl'énergie
a aussi une facette environnementale. Or, les recherches récentes montrent que, du fait de la progression du consensus environnementaliste, il y a une acceptabilité moindre de la part de la population face à certaines industries. Par rapport à il y a
encore 30 ans, ou la prionté était accordée à l'emploi, la population est beaucoup moins tolérante par rapport aux activités
industrielles".
La Provence
Propos recueillis par Julien DANIELIDES