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Condamnation européenne

Une solution française limitée

La Marseillaise - 22/02/06

Si la France n'a toujours pas officiellement répondu aux injonctions de la Commission européenne pour limiter la pollution de l'étang de Berre, l'Etat semble s'orienter vers un lissage des rejets d'eau douce de la centrale électrique de Saint-Chamas. Une solution de transition pour les riverains et les collectivités locales...

 

EPINGLEE par l'Europe, la France devra faire une nouvelle proposition pour remédier à la pollution de l'étang de Berre sous peine de sanctions financières. En décembre dernier, la première réponse de "lissage" des apports en eau douce par la centrale de Saint-Chamas, en clair des rejets plus réguliers et moins importants pour perturber le moins possible l'écosystème, n'a pas satisfait la Commission européenne. L'Etat français avait deux mois pour revoir sa copie et semble aujourd'hui s'orienter vers une nouvelle réduction des rejets.

Si rien n'a été précisément fixé, Nelly Olin, ministre de l'Ecologie et du Développement Durable, et François Loos, ministre délégué à l'Industrie, ont rencontré le 21 février dernier le commissaire européen à l'environnement, Stavros Dimas. Réunion au cours de laquelle, ils ont présenté "la procédure en cours pour réviser le décret d'autorisation de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas et imposer à l'industriel EDF une réduction des rejets d'eau douce dans l'étang."

La dérivation comme solution pérenne

Des discussions "constructives", assure le ministère de l'Ecologie... Mais inquiètent les riverains de l'étang.

Une délégation composée du président du Gipreb, de représentants du Conseil général, régional, des communes du pourtour de l'étang et des pêcheurs, a d'ailleurs jugé utile de rappeler à Bruxelles quelques élements cruciaux du dossier, lors d'une rencontre le 17 février dernier. Comme la nécessité de trouver une solution pérenne à un problème qui dure depuis des décennies... "Nous exigeons que le problème de l'étang soit comptabilisé dans la gestion globale de l'eau, tout nous démontre que Berre et Durance sont liés et indissociables" explique Serge Andréoni, maire de Berre et président du Gipreb. Pour ce dernier, la réduction des apports d'eau douce ne peut être qu'une possibilité transitoire. "L'Etat proposera sans nul doute de passer de 2,1 milliards de mètres cubes d'eau douce par an à 1,4 ou 1,6, ce qui soit dit en passant permettra d'atteindre les 60 000 tonnes de limons promis mais cela reste insuffisant" analyse l'élu.

Maintenir la production d'énergie propre

Forte des nombreuses études financées par l'Etat lui-même au sein du Gipreb; la délégation a demandé à ce que soit pris en compte le projet de dérivation des eaux vers le Rhône avec entre autres la création d'un syphon sous l'étang. Le tout pour un coût estimé de un à un milliard et demi d'euros...

"Ce qui n'est pas si cher au regard des 100 000 à 200 000 euros par jour d'astreinte financière" estime Serge Andréoni qui voit là le moyen de maintenir une source d'énergie propre "dans le respect des directives européennes", pour le bien être de l'étang et "de ses 350 000 riverains". Mieux, "si on sauve l'étang, entre la pêche, l'agro-alimentaire, l'aquaculture et la réparation navale, on peut créer de 3 à 4 000 emplois" espère ce dernier.

Les études concernant le projet de dérivation devraient être bouclées fin 2006. D'ici là, "nous suivrons le dossier de près et nous saurons prendre nos responsabilités" prévient le président du Gipreb.