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Une flotille de 53 navires Port
d’Istres : 3 navires, 3 patrons Port
de Champigny : 1 navire, 1 patron Port
de La Mède : 3 navires, 2 patrons Port
de Berre l’Etang : 5 navires, 5 patrons Port
de Saint-Chamas : 15 navires, 10 patrons Port
de Marignane : 10 navires, 7 patrons Port
de Martigues : 16 navires, 14 patrons la
pêche rétablie dans l’étang de Berre depuis 1994 Depuis la loi 94-114 du 10/02/94 abrogeant la loi 57-897 du 07/08/57, toute les formes de pêche sont rétablies dans l’étang de Berre, tant celle professionnelle que celle de loisir, en pêche à pied, pêche sous-marine et pêche au moyen d’une embarcation. interdite dans l’étang de Bolmon depuis 2000Pour raisons sanitaires, suite à une forte mortalité de la faune aquatique constatée le 28 avril 2000, le préfet a pris un arrêté portant interdiction temporaire de la pêche sous toutes ses formes dans l’étang de Bolmon. 2005 : Un été salé Avec
une moyenne de 30 grammes de sel par litre d’eau au mois d’août, l’étang
de Berre a retrouvé cet été une salinité proche de celle d’avant
1966, date de l’ouverture de la centrale hydroélectrique de
Saint-Chamas. En raison de la sécheresse, la salinité moyenne de l’étang
est remontée sur l’ensemble de l’année. Des loups, des dorades, des
soles, des gambas, des sardines et même du thon, les espèces marines
sont à nouveau revenues dans l’étang pour le plaisir des pêcheurs…
Ils disent même qu’il y a plus de poissons dans l’étang de Berre que
dans la Méditerranée ! Si Luigi Abadessa, maître de port aux Heures Claires à Istres n’avait pas été là, on aurait cru à une histoire de plus de comptoirs de bistrots. Un thon de 11 kilos dans l’étang de Berre, il faut l’avoir vu pour y croire… C’est le deuxième thon que Thierry Brocheriou, pêcheur Istréen, remonte de l’étang. Déjà l’an dernier à la fin août, il en avait pris un petit de six kilos. « Attirés par les sardines, très nombreuses dans l’étang ou par un banc d’anchois c’est probablement une vingtaine de thons qui sont entrés par Martigues» nous raconte Thierry. Mais ce thon ci, il faisait la taille ! Pour être commercialisable, un thon doit faire plus de neuf kilos. Et ceux qui se promenaient au petit port des Heures Claires ce jour là, sont repartis avec une tranche de thon… Habituellement,
Thierry pêche le mulet à la seinche (tiraso) ; technique qui
consiste à repérer les bancs de mulets, à les encercler, un peu de
bruit et les filets sont remontés. Mulets, loups, blanquettes (petites
dorades), plies, et à l’occasion des rougets-grondins, des sars, des
marbrés. « Rascasse, poulpes de roche, calamars, seiches,
c’est pas du poisson qu’on a l’habitude de relever tous les jours…
alors c’est vrai que ça nous a fait plaisir de remonter du poisson de
mer cette année… ». Thierry reconnaît avoir mieux travaillé
en poisson de qualité, essentiellement des loups et des dorades. « Des
dorades, des rougets il y en a toujours eu dans l’étang, souligne
Thierry, mais d’habitude ils sont sur Martigues et la Mède, parce qu’il
y a plus de profondeur et donc plus d’eau marine. De temps en temps par
vent d’Est, ils sont un peu poussés vers Saint-Chamas. Cette année,
comme il y a eu beaucoup plus d’eau de mer qui est rentrée que d’eau
douce déversée par la centrale, on a retrouvé des pêches comme en
Méditerranée. Ce
qui rend exceptionnelle aussi cette année, c’est la température de l’eau.
Celle-ci a été du mois de mai à novembre plus chaude que d’habitude.
« Le poisson, comme il n’a pas froid, il est
encore dans l’étang. Quand la centrale returbine, elle rejette de
l’eau froide et à 8-9 degrés, les muges repartent dans le golfe de Fos »
Ainsi la période la plus difficile pour les pêcheurs est de
décembre à février. Thierry pose alors quelques filets a anguille pour
passer l’hiver : 15 à 20 kilos d’anguilles par jour, des crabes
et des crevettes. « C’est pas la fortune, mais cela permet de gagner
notre vie quand-même ! ». C’est un mareyeur qui vient d’Italie
avec un camion-vivier qui charge les anguilles une à deux fois par
semaine. Loups, blanquettes, soles partent à Port de Bouc avec la
coopérative martégale. De mars à fin septembre, c’est le « coup
de feu » : c’est l’entrée des muges dans l’étang, il faut
faire l’année en six, sept mois. Au petit port des Heures Claires, ils sont encore là en novembre, les muges. On les voit sauter au large… Si le grand froid n’arrive pas, ils seront là jusqu’à Noël. Et les anguilles sont-elles parties dans la mer des Sargasses se reproduire ? Thierry est sceptique… 2005 :
Baisse des apports d’eau douce dans l’étang, remontée de la
salinité Les apports en eau douce dans l’étang ont été limités en 2005 du fait de la sècheresse (faibles apports EDF mais aussi des fleuves côtiers). La principale conséquence a été le maintien dans l’étang d’une salinité particulièrement haute, puisqu’elle n’est pas descendue en dessous de 18 g/l à la fin de l’hiver 2004/2005 et qu’elle a atteint la valeur de 30 g/l en été. Ces chiffres sont à comparer avec ce qui était observé les années précédentes : une salinité moyenne hivernale autour de 10 g/l (6,5 g/l en 2003 et 9 g/l en 2004) et autour de 25 g/l en été. Il est également intéressant de noter que la salinité théorique de l’étang en l’absence des apports de la centrale de Saint-Chamas se situe à 32 g/l, valeur presque atteinte cet été.
Evolution temporelle de la salinité moyenne (0 – 4 m) dans l’étang de Berre. Dans le cadre rouge : la salinité de septembre 2004 à novembre 2005. Les cercles noirs sont positionnés aux dates des plus faibles salinités moyennes relevées en 2004 et en 2005. Un étang stratifiél’étang de Berre se caractérise par une stratification des masses d’eau et qui délimite une couche d’eau saumâtre en surface et une couche d’eau de mer en profondeur qui rentre par le canal de Caronte. Cette stratification se produit essentiellement dans ses eaux centrales et profondes. Elle apparaît très nettement aussi bien en mars 2004 qu’en mars 2005, malgré une remontée significative de la salinité moyenne, mais elle est moins marquée du fait de la baisse des apports en eau douce. En revanche elle a disparu en août 2005. Toute la masse d’eau, du fond jusqu’à la surface, présente des salinités quasiment identiques.
profils de salinité relevés au centre de l’étang, dans la partie la plus profonde, en mars 2004 et en mars 2005. Un étang asphyxiéL’existence de deux masses d’eau de salinité différente a pour principale conséquence de générer une anoxie dans l’eau proche du fond, c’est-à-dire une absence quasi totale d’oxygène. Cette anoxie est bien présente en mars 2005, de façon similaire à ce qui était relevé en mars 2004. L’absence de stratification haline en août 2005 et par conséquent la présence d’une seule masse d’eau a permis de maintenir une teneur en oxygène relativement constante dans toute la masse d’eau elle est cependant faible et même proche de l’anoxie au fond en raison des températures estivales élevées.
profils de concentration en oxygène dissous relevés au centre de l’étang, dans la partie la plus profonde, en mars 2004 et en mars 2005. Des méduses qui résistent au froid ? Tout
le monde les a vues cet été et particulièrement les pêcheurs... qu’elles
ont même empêché de travailler. Tout le monde a cru voir des méduses,
mais il s’agissait en réalité d’animaux marins voisins des dits
cnidaires, dépourvus de cellules urticantes et appelés cténophores. Ils
étaient, cet été, en tellement grand nombre, que leur poids faisaient
plier les filets ! Les
pêcheurs ont espéré que le froid viendrait à bout de ces
« gélatineux », mais peine perdue ! Ils étaient déjà
là l’hiver dernier, ils sont encore là aujourd’hui, alors que la
température de l’eau est descendue autour de neuf degrés… Il
pourrait s'agir d'une espèce introduite (originaire des Etats-Unis), dont
le développement en mer noire, en mer Caspienne ou en Adriatique est bien
connu, à la suite de son introduction dans les eaux de ballast des
navires marchands. Le
vecteur d'introduction dans l'étang de Berre de ce cténophore doit être
étudié ainsi que son développement potentiel. Dans cet objectif, le
GIPREB s'est mis en relation avec le Centre d'océanologie de Marseille.
Des échantillons ont été prélevés et sont en cours d'identification.
On peut craindre que cette espèce soit invasive, confirmant ainsi les
inquiétudes des pêcheurs... Affaire à suivre ! De la mer des Sargasses
à
l’étang de Berre Les
anguilles, les pêcheurs de Saint-Chamas s’en sont fait leur
spécialité : ils sont encore une dizaine à caler leur trabaque (espero).
Seuls les « vrais » pêcheurs ont continué. Ceux qui attirés
par l’or vert (anguille) à l’ouverture de la centrale
hydroélectrique de Saint-Chamas et dont la pêche n’était pas le
métier sont partis depuis bien longtemps. La pêche est un métier et
dans l’étang il vaut mieux connaître les courants et la façon dont
souffle le vent… Chez les Roman, on est pêcheur de père en fils.
Franck fait partie de la quatrième génération… Si certains pêcheurs sur l’étang se sont diversifiés au niveau de leur matériel de pêche, n’hésitant pas parfois à quitter l’étang pour la pêche à l’oursin sur la Côte bleue ou pour la pêche aux thons, les pêcheurs de Saint-Chamas sont restés fidèles à l’anguille. Et quand il fait trop froid et que l’anguille se cache, ils se retrouvent au port pour réparer les filets. Mais les périodes de non-pêche sont de plus en plus courtes, essentiellement du mois de janvier à la mi-février. Deux gros
mareyeurs, venant de Port la Nouvelle et de Fos, récoltent les anguilles.
Les anguilles sont alors stockées dans des bassins puis acheminées vers
l’Italie. «Pour les Italiens, nous
confie Franck, l’anguille, c’est le saumon de Noël ». Difficile
de connaître des statistiques de pêche sur l’étang : il est de
tradition dans le milieu, de ne jamais dévoiler ce que l’on pêche…
« Tout dépend du temps et de la propreté de l’étang », souligne Franck, « vous
pouvez prendre entre 20 et 40 kilos d’anguilles par jour, comme ne faire
que 50 kilos par semaine ». Mais
Franck reconnaît que cette année, il a bien travaillé. « Pour
l’anguille, il faut de la salinité et un étang propre. Les deux
conditions étaient réunies en 2005. Du coup nous sommes un cran
au-dessus de la moyenne annuelle. Je ne vais pas dire qu’on est revenu
au temps de l’or vert, mais c’était du beau poisson. Nous avons fait
de la qualité, une anguille très vivace. Même au moment de la grosse
chaleur, les anguilles étaient plus vivaces, ce qui s’explique par des
fonds plus oxygénés». Franck sait
de quoi il parle quand il évoque l’or vert. C’est le nom donné à l’anguille
lors de l’ouverture de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas.
Agissant telle une chasse d’eau, la centrale EDF avait surpris les
anguilles avec ses lâchers volumineux. Habituellement cachées au fond de
l’étang, près des rejets des rivières, elles étaient remontées en
surface, se dispersant de tous côtés pour fuir le trop plein d’eau
douce. Les pêcheurs à l’époque avaient alors abandonné les moules,
qui ne pouvaient plus survivre pour ce nouveau produit si facile à
capturer. Le grand-père de Franck en a profité :
« La première fois qu’il a posé son filet, c’était comme
le poser dans un vivier. A peine avait-il fini de le caler qu’il était
déjà plein. A cette époque, il s’est fait tout et n’importe quoi,
et à force de puiser dans le stock, il en est moins resté… Maintenant,
seuls les vrais pêcheurs continuent et comme nous sommes sérieux, nous
nous régulons de nous-même. Et les anguilles sont revenues ». Et
la mer des Sargasses, Franck ? « Je dirais 70 %
de reproduction ici et 30 % là-bas…l’étang n’est pas une frayère
naturelle mais quand même, depuis quelques années, la pêche aux
anguilles va bien. C’est vrai aussi pour les loups d’ailleurs ». Lui
aussi a noté du changement dans l’étang. « On a vu arriver
des crevettes, des soles… Tout ce qu’il y a en mer, on l’a retrouvé
partout dans l’anse de Saint-Chamas. On a même pris des calamars. Les
fonds étaient plus propres et mieux oxygénés, moins d’odeurs, moins
de poissons morts. La nature a repris sa place, on l’a tous vu. Mais
dès qu’EDF a réouvert la centrale, on a travaillé une semaine et le
poisson est parti dans tous les sens. Il faut que la centrale arrête, il
n’y a pas d’autres solutions ».
Franck parle de son métier avec passion. Un métier de bosseurs prévient-il… Mais c’est le métier qu’il a choisi. Très peu pour lui d’aller pointer à l’usine. Il ne compte pas ses heures, travaille autant le week-end qu’en semaine, sous tous les temps, mais la liberté qu’il s’octroie sur l’étang, certes durement gagnée, va bien à son tempérament. Il ne quitterait pour rien au monde non plus son village natal, Saint-Chamas. « Un village de privilégiés » dit-il. « On a un bon boulot » avoue-t-il en souriant. Et quand on lui demande sa plus belle image de l’étang, il répond sans hésiter : « c’est le matin quand je m’en vais sur l’étang à Cadéraou. Il n’y a personne, c’est merveilleux… Quand il n’y a pas de vent, vous voyez cette côte sauvage où on ne peut pas accéder… De temps en temps, vous voyez passer un renard… Il n’y a pas de bruit et on ne distingue même pas les usines pétrochimiques… C’est le coin le plus beau de l’étang ». Sur
l’étang, on dit Monsieur Rampaud et on lui marque du respect. Pêcheur
de père en fils, Roger est tombé dans les filets quand il tenait à
peine debout… Aujourd’hui l’ancien en connaît long sur la pêche
dans l’étang de Berre. Monsieur Rampaud, c’est un passionné dit-on…
deux bateaux et quatre matelots, il n’y a pas, sans doute, un jour où
il ne sort pas sur l’étang… Avec les pêcheurs de Saint-Chamas, il
est aussi un spécialiste de l’anguille, mais de l’autre côté de l’étang
au petit port de la Mède … Roger, il l’a trouvé un peu trop salée cet été l’eau de l’étang… trop proche de la mer…Bien-sûr, Roger a son bateau au petit port de la Mède à Châteauneuf-les-Martigues, à proximité de Martigues. Et au mois d’août, à cet endroit, la salinité des eaux profondes était quasiment à la hauteur de celle de la mer, avoisinant les 36 grammes par litre (la mer étant à 37). « Trop d’eau douce, ce n’est pas bon, nous explique Roger en se tournant vers la centrale EDF, le limon de la Durance, c’est la catastrophe ! Mais le poisson, ce qu’il aime, c’est de sentir un peu d’eau douce et surtout c’est la nourriture de l’étang ! » La richesse nutritive de l’étang, comme dans toute lagune méditerranéenne, explique la présence en quantité du poisson: « Si en mer, il y avait autant de poissons que dans l’étang, nous dit Roger, on irait pêcher en mer… Le poisson, il entre se nourrir dans l’étang. Il y a 10 fois plus de poissons dans l’étang qu’en mer ! » Mais, cet été, Roger a été contraint de « monter » vers Saint-Chamas. Il trouve aussi qu’il y a moins d’anguilles que par le passé : « le paysan, il sème puis il récolte, nous, on ne sème pas… ». Roger se souvient lui aussi de la pêche aux anguilles, quand la centrale EDF a rejeté dans l’étang : « Tout le monde est devenu pêcheur, même des boulangers…Tant qu’il y avait du poisson en pagaille, cela allait mais quand çà a commencé à diminuer… La pêche c’est un métier ! On gagne beaucoup moins que par le passé, mais on gagne bien… » Roger a commencé à travailler à l’âge de 14 ans et l’anguille, c’est le poisson qui lui plaît. Alors
Monsieur Rampaud, croyez-vous à la mer des Sargasses ? « l’hiver,
on pêche l’anguille argentée qui s’en va de l’étang pour aller
pondre, aux Sargasses dit-on… Moi, je doute… J’ai vu des choses
exceptionnelles : au mois de janvier, on prend des civelles qui
sortent du Bolmon… Bien sûr les scientifiques me prendront pour un
fou ! » Petite histoire des Sargasses La reproduction des anguilles a lieu
au printemps dans la mer des Sargasses. La ponte intervient entre 400 et
700 mètres dans des eaux de 16 à 17 °C. A l’éclosion, les larves
(leptocéphales) remontent dans les eaux superficielles, dérivent pendant
un à deux ans dans l’Atlantique et sont amenées par la Dérive Nord
atlantique jusqu’aux côtes européennes ; elles se métamorphosent
alors en civelles avant de migrer en eau douce où s’effectue
l’alimentation et la croissance.
Devenues « anguillettes », elles poursuivent leur migration à
l’intérieur des terres puis deviennent « anguilles jaunes »
généralement considérées comme sédentaires (4 à 8 ans). La phase de
croissance se termine avec une seconde métamorphose qui voit la
transformation de l’anguille jaune en « anguille
argentée ». A ce stade les adultes partent vers la mer des
Sargasses (août-septembre) pour s’y reproduire ; ils circulent
dans les grandes profondeurs et l’augmentation de pression est un des
déclencheurs du développement des gonades.
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