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la pêche

 
 
Au 31 décembre 2005, la flotille de pêche totalisait 53 navires répartis en 42 entreprises. Ces armements regroupaient 51 personnes dont 42 patrons et 9 matelots. Les principales espèces pêchées sont l’anguille, le muge, la daurade, le loup et l’athérine.




















 

Une flotille de 53 navires

Port d’Istres : 3 navires, 3 patrons

Port de Champigny : 1 navire, 1 patron

Port de La Mède : 3 navires, 2 patrons

Port de Berre l’Etang : 5 navires, 5 patrons

Port de Saint-Chamas : 15 navires, 10 patrons

Port de Marignane : 10 navires, 7 patrons

Port de Martigues : 16 navires, 14 patrons

la pêche rétablie dans l’étang de Berre depuis 1994

Depuis la loi 94-114 du 10/02/94 abrogeant la loi 57-897 du 07/08/57, toute les formes de pêche sont rétablies dans l’étang de Berre, tant celle professionnelle que celle de loisir, en pêche à pied, pêche sous-marine et pêche au moyen d’une embarcation.

interdite dans l’étang de Bolmon depuis 2000

Pour raisons sanitaires, suite à une forte mortalité de la faune aquatique constatée le 28 avril 2000, le préfet a pris un arrêté portant interdiction temporaire de la pêche sous toutes ses formes dans l’étang de Bolmon.

2005 : Un été salé

Avec une moyenne de 30 grammes de sel par litre d’eau au mois d’août, l’étang de Berre a retrouvé cet été une salinité proche de celle d’avant 1966, date de l’ouverture de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. En raison de la sécheresse, la salinité moyenne de l’étang est remontée sur l’ensemble de l’année. Des loups, des dorades, des soles, des gambas, des sardines et même du thon, les espèces marines sont à nouveau revenues dans l’étang pour le plaisir des pêcheurs… Ils disent même qu’il y a plus de poissons dans l’étang de Berre que dans la Méditerranée !

Si Luigi Abadessa, maître de port aux Heures Claires à Istres n’avait pas été là, on aurait cru à une histoire de plus de comptoirs de bistrots. Un thon de 11 kilos dans l’étang de Berre, il faut l’avoir vu pour y croire…

C’est le deuxième thon que Thierry Brocheriou, pêcheur Istréen, remonte de l’étang. Déjà l’an dernier à la fin août, il en avait pris un petit de six kilos. « Attirés par les sardines, très nombreuses dans l’étang ou par un banc d’anchois c’est probablement une vingtaine de thons qui sont entrés par Martigues» nous raconte Thierry. Mais ce thon ci, il faisait la taille ! Pour être commercialisable, un thon doit faire plus de neuf kilos. Et ceux qui se promenaient au petit port des Heures Claires ce jour là, sont repartis avec une tranche de thon…

Habituellement, Thierry pêche le mulet à la seinche (tiraso) ; technique qui consiste à repérer les bancs de mulets, à les encercler, un peu de bruit et les filets sont remontés. Mulets, loups, blanquettes (petites dorades), plies, et à l’occasion des rougets-grondins, des sars, des marbrés. « Rascasse, poulpes de roche, calamars, seiches, c’est pas du poisson qu’on a l’habitude de relever tous les jours… alors c’est vrai que ça nous a fait plaisir de remonter du poisson de mer cette année… ». Thierry reconnaît avoir mieux travaillé en poisson de qualité, essentiellement des loups et des dorades. « Des dorades, des rougets il y en a toujours eu dans l’étang, souligne Thierry, mais d’habitude ils sont sur Martigues et la Mède, parce qu’il y a plus de profondeur et donc plus d’eau marine. De temps en temps par vent d’Est, ils sont un peu poussés vers Saint-Chamas. Cette année, comme il y a eu beaucoup plus d’eau de mer qui est rentrée que d’eau douce déversée par la centrale, on a retrouvé des pêches comme en Méditerranée. C’est la première année où on prend autant de soles. Avant, on prenait ce qu’on appelle de la solette qui fait 10 à 15 cm. Maintenant, c’est de la belle sole, tout à fait commercialisable, d’environ 250 g. Cela faisait des années qu’on n’en avait pas vu. Caler des filets à sole sur Istres, on me l’aurait dit six ans en arrière, j’aurais dit vous êtes fadas, vous allez filtrer l’eau ? Le problème c’est qu’on n’a pas de matériel. J’ai commandé ce qu’on appelle des solières, mais vont-elles tenir encore un petit peu ou vont-elles repartir à la mer ? Car si la centrale recrache trop d’eau douce, je ne crois pas que la sole appréciera…La sole est un poisson de fond, c’est là où il y a le plus de sel, en tout cas plus qu’en surface. Mais avec le limon que rejette la centrale… On a aussi une nouvelle crevette qui s’est installée, plus proche de la gambas et qu’on voit habituellement en mer. Ici, on a le gambaro qui a des yeux rouges. Prenez aussi la moule par exemple, il y en a jusqu’à Saint-Chamas. On voit des naissains partout. Tous les cordages arrières de bateaux sont envahis par 10-15 cm de moules. Jusqu’à 4 m 50, il y a de la moule. La salinité était là, cette année, et le poisson est venu.. Le problème, c’est que s’ils font couler la Durance, la salinité va chuter. D’ici, on le voit quand la centrale crache : c’est de suite marron, sale. Ce qui s’est passé cette année et que je n’avais jamais connu sur l’étang, c’est qu’à cinq mètres on voyait le fond. La transparence de l’eau était exceptionnelle ». Thierry est heureux de pouvoir regarder à nouveau son étang avec fierté. Les habitants du port n’avaient jamais vu jusque là le fond du port. « Les touristes, ajoute Thierry, ne comprennent pas en quoi l’étang est pollué. Je leur explique qu’on est pollué par de l’eau douce ! mais le problème essentiel, c’est le limon qui se dépose au fond. Faire de l’énergie propre, c’est bien mais si de l’autre côté tu pollues… Si l’Etat devait payer pour la pollution qu’il produit, le courant il coûterait bien cher ! De l’eau douce qui arrive dans l’étang, il y en a de partout et cela nous suffit, la Cadière, l’Arc, la Touloubre, l’étang de l’olivier».

Ce qui rend exceptionnelle aussi cette année, c’est la température de l’eau. Celle-ci a été du mois de mai à novembre plus chaude que d’habitude. « Le poisson, comme il n’a pas froid, il est encore dans l’étang. Quand la centrale returbine, elle rejette de l’eau froide et à 8-9 degrés, les muges repartent dans le golfe de Fos » Ainsi la période la plus difficile pour les pêcheurs est de décembre à février. Thierry pose alors quelques filets a anguille pour passer l’hiver : 15 à 20 kilos d’anguilles par jour, des crabes et des crevettes. « C’est pas la fortune, mais cela permet de gagner notre vie quand-même ! ». C’est un mareyeur qui vient d’Italie avec un camion-vivier qui charge les anguilles une à deux fois par semaine. Loups, blanquettes, soles partent à Port de Bouc avec la coopérative martégale. De mars à fin septembre, c’est le « coup de feu » : c’est l’entrée des muges dans l’étang, il faut faire l’année en six, sept mois.

Au petit port des Heures Claires, ils sont encore là en novembre, les muges. On les voit sauter au large… Si le grand froid n’arrive pas, ils seront là jusqu’à Noël. Et les anguilles sont-elles parties dans la mer des Sargasses se reproduire ? Thierry est sceptique…

2005 : Baisse des apports d’eau douce dans l’étang, remontée de la salinité

Les apports en eau douce dans l’étang ont été limités en 2005 du fait de la sècheresse (faibles apports EDF mais aussi des fleuves côtiers). La principale conséquence a été le maintien dans l’étang d’une salinité particulièrement haute, puisqu’elle n’est pas descendue en dessous de 18 g/l à la fin de l’hiver 2004/2005 et qu’elle a atteint la valeur de 30 g/l en été. Ces chiffres sont à comparer avec ce qui était observé les années précédentes : une salinité moyenne hivernale autour de 10 g/l (6,5 g/l en 2003 et 9 g/l en 2004) et autour de 25 g/l en été. Il est également intéressant de noter que la salinité théorique de l’étang en l’absence des apports de la centrale de Saint-Chamas se situe à 32 g/l, valeur presque atteinte cet été.

Evolution temporelle de la salinité moyenne (0 – 4 m) dans l’étang de Berre. Dans le cadre rouge : la salinité de septembre 2004 à novembre 2005. Les cercles noirs sont positionnés aux dates des plus faibles salinités moyennes relevées en 2004 et en 2005.

Un étang stratifié

l’étang de Berre se caractérise par une stratification des masses d’eau et qui délimite une couche d’eau saumâtre en surface et une couche d’eau de mer en profondeur qui rentre par le canal de Caronte. Cette stratification se produit essentiellement dans ses eaux centrales et profondes. Elle apparaît très nettement aussi bien en mars 2004 qu’en mars 2005, malgré une remontée significative de la salinité moyenne, mais elle est moins marquée du fait de la baisse des apports en eau douce. En revanche elle a disparu en août 2005. Toute la masse d’eau, du fond jusqu’à la surface, présente des salinités quasiment identiques.

profils de salinité relevés au centre de l’étang, dans la partie la plus profonde, en mars 2004 et en mars 2005.

Un étang asphyxié

L’existence de deux masses d’eau de salinité différente a pour principale conséquence de générer une anoxie dans l’eau proche du fond, c’est-à-dire une absence quasi totale d’oxygène. Cette anoxie est bien présente en mars 2005, de façon similaire à ce qui était relevé en mars 2004. L’absence de stratification haline en août 2005 et par conséquent la présence d’une seule masse d’eau a permis de maintenir une teneur en oxygène relativement constante dans toute la masse d’eau elle est cependant faible et même proche de l’anoxie au fond en raison des températures estivales élevées.

profils de concentration en oxygène dissous relevés au centre de l’étang, dans la partie la plus profonde, en mars 2004 et en mars 2005.

 

Des méduses qui résistent au froid ?

Tout le monde les a vues cet été et particulièrement les pêcheurs... qu’elles ont même empêché de travailler. Tout le monde a cru voir des méduses, mais il s’agissait en réalité d’animaux marins voisins des dits cnidaires, dépourvus de cellules urticantes et appelés cténophores. Ils étaient, cet été, en tellement grand nombre, que leur poids faisaient plier les filets !

Les pêcheurs ont espéré que le froid viendrait à bout de ces « gélatineux », mais peine perdue ! Ils étaient déjà là l’hiver dernier, ils sont encore là aujourd’hui, alors que la température de l’eau est descendue autour de neuf degrés… Il pourrait s'agir d'une espèce introduite (originaire des Etats-Unis), dont le développement en mer noire, en mer Caspienne ou en Adriatique est bien connu, à la suite de son introduction dans les eaux de ballast des navires marchands.

Le vecteur d'introduction dans l'étang de Berre de ce cténophore doit être étudié ainsi que son développement potentiel. Dans cet objectif, le GIPREB s'est mis en relation avec le Centre d'océanologie de Marseille. Des échantillons ont été prélevés et sont en cours d'identification. On peut craindre que cette espèce soit invasive, confirmant ainsi les inquiétudes des pêcheurs... Affaire à suivre !  

De la mer des Sargasses à l’étang de Berre 

Les anguilles, les pêcheurs de Saint-Chamas s’en sont fait leur spécialité : ils sont encore une dizaine à caler leur trabaque (espero). Seuls les « vrais » pêcheurs ont continué. Ceux qui attirés par l’or vert (anguille) à l’ouverture de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas et dont la pêche n’était pas le métier sont partis depuis bien longtemps. La pêche est un métier et dans l’étang il vaut mieux connaître les courants et la façon dont souffle le vent… Chez les Roman, on est pêcheur de père en fils. Franck fait partie de la quatrième génération…

Si certains pêcheurs sur l’étang se sont diversifiés au niveau de leur matériel de pêche, n’hésitant pas parfois à quitter l’étang pour la pêche à l’oursin sur la Côte bleue ou pour la pêche aux thons, les pêcheurs de Saint-Chamas sont restés fidèles à l’anguille. Et quand il fait trop froid et que l’anguille se cache, ils se retrouvent au port pour réparer les filets. Mais les périodes de non-pêche sont de plus en plus courtes, essentiellement du mois de janvier à la mi-février.

Deux gros mareyeurs, venant de Port la Nouvelle et de Fos, récoltent les anguilles. Les anguilles sont alors stockées dans des bassins puis acheminées vers l’Italie. «Pour les Italiens, nous confie Franck, l’anguille, c’est le saumon de Noël ». Difficile de connaître des statistiques de pêche sur l’étang : il est de tradition dans le milieu, de ne jamais dévoiler ce que l’on pêche… « Tout dépend du temps et de la propreté de l’étang », souligne Franck, « vous pouvez prendre entre 20 et 40 kilos d’anguilles par jour, comme ne faire que 50 kilos par semaine ». Mais Franck reconnaît que cette année, il a bien travaillé. « Pour l’anguille, il faut de la salinité et un étang propre. Les deux conditions étaient réunies en 2005. Du coup nous sommes un cran au-dessus de la moyenne annuelle. Je ne vais pas dire qu’on est revenu au temps de l’or vert, mais c’était du beau poisson. Nous avons fait de la qualité, une anguille très vivace. Même au moment de la grosse chaleur, les anguilles étaient plus vivaces, ce qui s’explique par des fonds plus oxygénés». Franck sait de quoi il parle quand il évoque l’or vert. C’est le nom donné à l’anguille lors de l’ouverture de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas. Agissant telle une chasse d’eau, la centrale EDF avait surpris les anguilles avec ses lâchers volumineux. Habituellement cachées au fond de l’étang, près des rejets des rivières, elles étaient remontées en surface, se dispersant de tous côtés pour fuir le trop plein d’eau douce. Les pêcheurs à l’époque avaient alors abandonné les moules, qui ne pouvaient plus survivre pour ce nouveau produit si facile à capturer. Le grand-père de Franck en a profité : « La première fois qu’il a posé son filet, c’était comme le poser dans un vivier. A peine avait-il fini de le caler qu’il était déjà plein. A cette époque, il s’est fait tout et n’importe quoi, et à force de puiser dans le stock, il en est moins resté… Maintenant, seuls les vrais pêcheurs continuent et comme nous sommes sérieux, nous nous régulons de nous-même. Et les anguilles sont revenues ». Et la mer des Sargasses, Franck ? « Je dirais 70 % de reproduction ici et 30 % là-bas…l’étang n’est pas une frayère naturelle mais quand même, depuis quelques années, la pêche aux anguilles va bien. C’est vrai aussi pour les loups d’ailleurs ».  

Lui aussi a noté du changement dans l’étang. « On a vu arriver des crevettes, des soles… Tout ce qu’il y a en mer, on l’a retrouvé partout dans l’anse de Saint-Chamas. On a même pris des calamars. Les fonds étaient plus propres et mieux oxygénés, moins d’odeurs, moins de poissons morts. La nature a repris sa place, on l’a tous vu. Mais dès qu’EDF a réouvert la centrale, on a travaillé une semaine et le poisson est parti dans tous les sens. Il faut que la centrale arrête, il n’y a pas d’autres solutions ».

Franck parle de son métier avec passion. Un métier de bosseurs prévient-il… Mais c’est le métier qu’il a choisi. Très peu pour lui d’aller pointer à l’usine. Il ne compte pas ses heures, travaille autant le week-end qu’en semaine, sous tous les temps, mais la liberté qu’il s’octroie sur l’étang, certes durement gagnée, va bien à son tempérament. Il ne quitterait pour rien au monde non plus son village natal, Saint-Chamas. « Un village de privilégiés » dit-il. « On a un bon boulot » avoue-t-il en souriant.

Et quand on lui demande sa plus belle image de l’étang, il répond sans hésiter : « c’est le matin quand je m’en vais sur l’étang à Cadéraou. Il n’y a personne, c’est merveilleux… Quand il n’y a pas de vent, vous voyez cette côte sauvage où on ne peut pas accéder… De temps en temps, vous voyez passer un renard… Il n’y a pas de bruit et on ne distingue même pas les usines pétrochimiques… C’est le coin le plus beau de l’étang ».

Sur l’étang, on dit Monsieur Rampaud et on lui marque du respect. Pêcheur de père en fils, Roger est tombé dans les filets quand il tenait à peine debout… Aujourd’hui l’ancien en connaît long sur la pêche dans l’étang de Berre. Monsieur Rampaud, c’est un passionné dit-on… deux bateaux et quatre matelots, il n’y a pas, sans doute, un jour où il ne sort pas sur l’étang… Avec les pêcheurs de Saint-Chamas, il est aussi un spécialiste de l’anguille, mais de l’autre côté de l’étang au petit port de la Mède …

Roger, il l’a trouvé un peu trop salée cet été l’eau de l’étang… trop proche de la mer…Bien-sûr, Roger a son bateau au petit port de la Mède à Châteauneuf-les-Martigues, à proximité de Martigues. Et au mois d’août, à cet endroit, la salinité des eaux profondes était quasiment à la hauteur de celle de la mer, avoisinant les 36 grammes par litre (la mer étant à 37). « Trop d’eau douce, ce n’est pas bon, nous explique Roger en se tournant vers la centrale EDF, le limon de la Durance, c’est la catastrophe ! Mais le poisson, ce qu’il aime, c’est de sentir un peu d’eau douce et surtout c’est la nourriture de l’étang ! » La richesse nutritive de l’étang, comme dans toute lagune méditerranéenne, explique la présence en quantité du poisson: « Si en mer, il y avait autant de poissons que dans l’étang, nous dit Roger, on irait pêcher en mer… Le poisson, il entre se nourrir dans l’étang. Il y a 10 fois plus de poissons dans l’étang qu’en mer ! » Mais, cet été, Roger a été contraint de « monter » vers Saint-Chamas. Il trouve aussi qu’il y a moins d’anguilles que par le passé : « le paysan, il sème puis il récolte, nous, on ne sème pas… ». Roger se souvient lui aussi de la pêche aux anguilles, quand la centrale EDF a rejeté dans l’étang : « Tout le monde est devenu pêcheur, même des boulangers…Tant qu’il y avait du poisson en pagaille, cela allait mais quand çà a commencé à diminuer… La pêche c’est un métier ! On gagne beaucoup moins que par le passé, mais on gagne bien… » Roger a commencé à travailler à l’âge de 14 ans et l’anguille, c’est le poisson qui lui plaît.

Alors Monsieur Rampaud, croyez-vous à la mer des Sargasses ? « l’hiver, on pêche l’anguille argentée qui s’en va de l’étang pour aller pondre, aux Sargasses dit-on… Moi, je doute… J’ai vu des choses exceptionnelles : au mois de janvier, on prend des civelles qui sortent du Bolmon… Bien sûr les scientifiques me prendront pour un fou ! »

 

 Petite histoire des Sargasses

La reproduction des anguilles a lieu au printemps dans la mer des Sargasses. La ponte intervient entre 400 et 700 mètres dans des eaux de 16 à 17 °C. A l’éclosion, les larves (leptocéphales) remontent dans les eaux superficielles, dérivent pendant un à deux ans dans l’Atlantique et sont amenées par la Dérive Nord atlantique jusqu’aux côtes européennes ; elles se métamorphosent alors en civelles avant de migrer en eau douce où s’effectue l’alimentation et la croissance. Devenues « anguillettes », elles poursuivent leur migration à l’intérieur des terres puis deviennent « anguilles jaunes » généralement considérées comme sédentaires (4 à 8 ans). La phase de croissance se termine avec une seconde métamorphose qui voit la transformation de l’anguille jaune en « anguille argentée ». A ce stade les adultes partent vers la mer des Sargasses (août-septembre) pour s’y reproduire ; ils circulent dans les grandes profondeurs et l’augmentation de pression est un des déclencheurs du développement des gonades.  

 

 

Avant l’industrialisation de l’étang

L’étang est un milieu marin où l’ichtyofaune est diversifiée et abondante. Les prises concernent des espèces sténohalines (sardines, rougets, soles, daurades) ou franchement euryhalines (anguilles, mulets, loups, athérines). Les pêcheries produisent un tonnage de l’ordre de 250 à 400 t / an.

Avant la mise en service de la centrale EDF

Jusqu’en 1966, la salinité s’est stabilisée entre 28 et 33 g/l. Le peuplement de poissons est encore caractérisé par sa forte diversité (richesse spécifique = 34).
Les bancs naturels de moules sont encore exploités à cette époque. Les herbiers de zostères très étendus jouent un rôle fondamental d’abris et de nurseries pour les juvéniles d’espèces marines.
Même sans données quantitatives, la pollution industrielle forte a probablement contribué à dégrader l’écosystème, conduisant à l’interdiction de la pêche dans l’étang de Berre par la loi 57-897, se justifiant par l’accumulation de la pollution chimique dans la chair des poissons

Après la mise en service de la centrale EDF, dans les années70

Au début des années 70, les poissons appartiennent à des espèces euryhalines qui constituaient la majorité des pêches (anguilles, muges, loups, athérines), à des espèces à affinité marine qui restaient confinées dans la partie méridionale de l’étang sous influence des apports marins par le canal de Caronte et des espèces d’eau douce (cyprinidés) dans la zone nord de l’étang sous influence des apports des cours d’eau.
La baisse de la salinité moyenne a d’abord été très propice à la pêche des anguilles, au détriment des espèces à affinités marines (loups, daurades, huîtres et palourdes).

1994-1997

La majorité des espèces recensées sont essentiellement des espèces migratrices, fréquentant l’étang à un stade ou l’autre de leur vie. Les pêcheurs remarquent les flux et reflux saisonniers des populations de poissons : l’étang se « remplit » pendant l’hiver et le printemps, puis se « vide » en automne.

A partir de mars 1998

On observe l’entrée d’espèces cibles marines de la pêche aux petits métiers. Les statistiques de pêche restent imprécises, mais il y aurait un meilleur rendement de la pêche artisanale.


Les espèces-cibles pêchées dans l’étang de Berre sont aujourd’hui le muge, l’anguille, le loup, l’athérine et la daurade.
Les pêcheurs utilisent principalement deux types de filets :
- la trabaque : filet à poste fixe en forme de nasse, plus spécialement destiné à l’anguille,
- le filet maillant, posé sur de courtes durées, est l’arme de choix pour les captures massives de muges et de loups
L’embarcation-type de l’étang de Berre est une coque ouverte en polyester appelée « barge ». Ces embarcations possèdent un faible tirant d’eau pour pouvoir atteindre des zones de pêche peu profondes et sont généralement équipées d’un ou deux moteurs hors bord d’une puissance totale moyenne de 90 à 110 chevaux. Cette motorisation élevée rend possible les déplacements rapides sur la totalité de l’étang, quel que soit le port d’attache du bateau. Elle permet aussi aux pêcheurs de pratiquer une activité mixte étang-mer à partir des ports lagunaires.
Les ports de pêche :
Sur un ensemble de 10 ports dans l’étang de Berre, seul le port du Pertuis à Saint-Chamas est entièrement voué à la pêche. Les pêcheurs occupent partiellement 5 autres ports.
Ils disposent au total de 195 places sur 2 352 qui se répartissent de la manière suivante :
Berre l’étang, le port du Passet : 25 places
Istres, le port des Heures claires : 12 places
Marign ane, le port du Jaï : 18 places
Martigues, le port de Ferrières : 65 places, le port de l’Ile : 12 places, le port de Jonquières : 18 places
Saint-Chamas, le port du Pertuis : 25 places, le port du Sagnas : 20 places