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Vers une réhabilitation de l'étang de Berre

Ségolène Royal va réunir les parties prenantes et promet une décision rapide.

Un début de solution pour l'étang de Berre ? À quelques semaines de la fin de la mandature de François
Hollande, la ministre de l'Environnement relance le dossier de la réhabilitation de cette lagune salée des Bouches-du-Rhône, la plus grande de France. Ségolène Royal vient d'annoncer une réunion des parties prenantes (Port de Marseille, Agence de l'eau, élus et entreprises) et sa visite sur place pour une décision définitive. Une annonce prometteuse... comme d'autres ministres en avaient déjà fait en 2006 et 2011.
Aliette De Broqua
Le Figaro, 3 mars 2017

 

L'étang de Berre est dans «un mauvais état écologique », selon un classement de l'Observatoire national de la mer et du littoral publié en octobre dernier. Bordé de raffineries, d'industries chimiques et de communes rassemblant 300.000 habitants, il cumule les handicaps. Mais «le problème principal est l'apport d'eau douce », explique Olivier Radakovitch, chercheur au Cerege (Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement) et président du conseil scientifique du Gipreb. La centrale EDF de Saint-Chamas, point final de la chaîne de barrages du Verdon et de la Durance, déverse depuis des décennies des tonnes d'eau douce dans l'étang de Berre, perturbant son équilibre écologique et son écosystème.

«Il se met en place au fond de l'étang comme une bulle d'eau sans oxygène, et si l'étang n'est pas brassé, elle va s'étaler et épaissir de plus en plus»
«L'année où EDF a commencé à déverser l'eau douce, l'eau de l'étang a été renouvelée 4 à 5 fois. Le taux de salinité est ainsi tombé de 35 grammes de sel par litre à 5 grammes et l'écosystème a été totalement détruit. D'une centaine d'espèces benthiques on est tombé à cinq », souligne Olivier Radakovitch. La France a d'ailleurs été condamnée par l'Europe en 2004, et EDF a été contrainte de réduire sensiblement ses rejets d'eau douce (1,2 milliard de mètres cubes par an, contre 3,5 milliards
dans les années 1980).
Insuffisant. «La salinité est remontée à 25 grammes par litre, mais on vient de faire un état des lieux avec EDF et notre avis est négatif, avertit Olivier Radakovitch. L'étang va un peu mieux avec une reprise de certaines espèces comme les zostères, de grands herbiers qui permettent une réoxygénation, mais uniquement entre O et 2 ou 3 mètres de fond.»

Rétablir la courantologie
Au centre de l'étang, il y a toujours très peu d'espèces (entre 5 et 10). Les zones profondes souffrent de crises d'anoxie (absence d'oxygène), provoquées par les apports en nutriments (azote et phosphore notamment), le non-renouvellement de l'eau et son manque d'oxygénation. «Très longtemps, les scientifiques ont pensé que le problème de l'étang était la salinité, c'est pourquoi un lissage des apports d'eau douce a été demande à EDF. Mais il reste le problème de la stratification et du manque d'oxygène, ajoute Olivier Radakovitch. Il se met en place au fond de l'étang comme une bulle d'eau sans oxygène, et si l'étang n'est pas brassé, elle va s'étaler et épaissir de plus en plus.»
L'une des solutions, relancée par Ségolène Royal, est de rouvrir le canal du Reve reliant le nord de Marseille à l'étang. Ce tunnel de 7 kilomètres, construit dans les années 1910-1920 pour relier le port phocéen au Rhône, s'est partiellement effondré en 1963. La réouverture permettra de rétablir une courantologie entre la mer et l'étang et de régénérer l'eau dans le petit étang de Bolmon, contigu à l'étang de Berre, et dans la partie sud de ce dernier. Mais «ce n'est qu'une étape préparatoire à la réhabilitation totale, qui passe par une dérivation des eauxd'EDF vers le Rhône, plaide Serge Andréoni, président du Gipreb. C'est la seule solution pour sauver l'étang.»
Aliette De Broqua
Le Figaro, 3 mars 2017